Électricité au Cameroun : Après Eneo, que peut la Socadel ?
Au termes de 25 ans de gestion privée, l’État camerounais reprend un secteur de l’électricité plombé par 800 milliards de dette et une offre insuffisante.
Le 4 mai 2026, le président de la République Paul Biya a signé un décret portant changement de dénomination de la société en charge de la distribution de l’électricité au Cameroun. Par cette décision, le chef de l’État acte la fin de Eneo Cameroon, ex-filiale du fonds d’investissement britannique Actis, et la naissance de la Société camerounaise d’électricité (Socadel). « C’était une dynamique à partir du moment où, pour plusieurs raisons, l’État du Cameroun avait décidé de se réapproprier l’entreprise », réagit l’économiste Dieudonné Essomba.
En effet, cette mutation, qui intervient plus de deux mois après le règlement, le 10 février 2026, des 78 milliards Fcfa dus à Actis pour le rachat de ses 51 % de parts, permet à l’État de reprendre 100 % du contrôle de la distribution électrique. Dans cette nouvelle configuration, la Socadel désigne désormais l’entreprise en charge de la distribution, de la facturation et de la gestion commerciale de l’électricité. Elle succède sur les plans juridique et opérationnel à Eneo Cameroon. La ville-siège est fixée à Douala, avec possibilité de transfert sur le territoire national sur décision du conseil d’administration, présidé par l’ex-ministre des Finances, Antoine Tsimi, nommé le 4 mai 2026 par décret présidentiel.
La nouvelle équipe dirigeante a été mise en place le 5 mai 2026 lors d’un conseil d’administration présidé par le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba. Oumarou Hamandjoda, ancien directeur général adjoint de Eneo Cameroon, et Basile Ekobena, précédemment directeur de la régulation au sein de cette dernière, ont respectivement été nommés directeur général et directeur général adjoint de la Socadel. Leur nomination intervient dans un contexte de transition délicat, avec pour mission de stabiliser le service et de piloter la réorganisation de l’entreprise. Les statuts approuvés le même jour fixent le capital social de la Socadel à 43,9 milliards de Fcfa. « C’est vrai, le capital est insignifiant par rapport aux besoins exprimés. Mais je pense que ça va certainement évoluer. Il y a des régularisations qui vont se mettre en place, du fait des gros besoins dans le domaine de l’électricité », estime Célestin Tchacounte Lengue, économiste et analyste des politiques publiques.
800 milliards de dette et un réseau fragile
C’est dans un contexte particulièrement tendu que la Socadel prend fonction. Le secteur de l’électricité au Cameroun reste marqué par des contraintes structurelles persistantes : insuffisance de l’offre, fragilité du réseau, endettement estimé à près de 800 milliards de Fcfa et pression croissante sur la demande. À ces difficultés s’ajoute un accès encore inégal à l’électricité. Selon les données de la Banque mondiale, le taux d’accès national à l’électricité se situe autour de 65 à 70 %, avec de fortes disparités, plus de 90 % en milieu urbain contre à peine 25 à 35 % en zone rurale.
Face à cette situation de crise, que peut réellement la Socadel ? Les experts restent prudents. Pour Dieudonné Essomba, économiste, « il y a un changement d’orientation. Mais de manière opérationnelle, est-ce que cela va se traduire par une amélioration du service ? Ça, franchement, c’est difficile de le dire a priori. Tant qu’on n’a pas une claire perception des motivations des décideurs, il est difficile de dire ce qu’il faut faire pour que le secteur se porte mieux ». Son confrère Célestin Tchacounte Lengue tranche : « il faut d’abord que le gouvernement camerounais puisse régler tous ces problèmes antérieurs. Rembourser la dette, mettre en place le système de transport de l’électricité avec la Sonatrel. J’ai l’impression que nous sommes dans une impasse structurelle. Il faut trouver le moyen d’en sortir en étant un peu plus cohérent dans nos choix stratégiques ». Autrement dit, le problème du secteur électrique camerounais se situe moins dans la distribution que dans la production et le transport de l’électricité.
Sans énergie, pas d’économie
« Car, là, on a affaire à la clé du développement d’un pays. L’énergie, c’est l’économie. Sans énergie, il n’y a pas d’industrialisation », poursuit Célestin Tchacounte Lengue. Mais il insiste sur un point crucial : « ce n’est pas à la Socadel toute seule de trouver la solution. C’est un ensemble d’acteurs. Car elle peut bien avoir envie de distribuer l’électricité, mais s’il n’y en a pas assez, elle fait comment ? Le Cameroun n’a pas un problème de potentiel hydroélectrique. C’est la production qui a pris du retard, le transport aussi ».
Désiré Domo







