Port fluvial de la Bénoué : entre économie de survie et risques croissants

Sur les rives de ce principal fleuve du nord- Cameroun, des centaines de personnes tirent chaque jour leurs revenus de l’extraction du sable, du transport fluvial, du maraîchage ou encore de la petite restauration. Mais derrière ces activités qui font vivre de nombreuses familles se cachent des dangers sanitaires, physiques et environnementaux.

Dès six heures du matin, le port fluvial de la Benoué, à Garoua, entre en mouvement. Les premières pirogues quittent les rives de ce principal fleuve du Nord Cameroun et véritable colonne vertébrale économique de la région, pendant que des groupes de jeunes se préparent à plonger dans le fleuve. Ici, l’extraction artisanale du sable reste l’activité dominante. Sans machines ni équipements de sécurité, entre 30 et 50 jeunes hommes travaillent chaque jour dans les eaux troubles de la Bénoué, selon Bouba, représentant des creuseurs.

Depuis sa pirogue étroite, Hamidou, 22 ans, raconte un travail qui ressemble à une épreuve physique permanente : « nous descendons à trois ou quatre mètres en apnée, sans masque. Au fond, on remplit les seaux au toucher parce qu’on ne voit presque rien. Le courant pousse fort. Chaque plongée est un combat. » Une fois remonté à la surface, le sable est chargé à la main dans des tricycles, des pick-up ou des camions-bennes destinés aux chantiers de Garoua. Selon les travailleurs, un camion de sable coûte environ 8 000 Fcfa, contre 5 000 Fcfa pour un pick-up et 2 000 Fcfa pour un tricycle. Le travail rapporte entre 5 000 et 10 000 Fcfa par jour, mais les corps s’usent rapidement. « Le sable mouillé est extrêmement lourd. À force de porter, les douleurs au dos deviennent permanentes », explique Moussa, chargeur.

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Restauration

Autour de cette activité principale s’est développée toute une économie de survie. Dès l’aube, des femmes installent marmites, théières et bassines de beignets pour nourrir les creuseurs avant ou après les plongées. Mama Amina fait partie des premières arrivées chaque matin. Sa petite restauration fonctionne au rythme du fleuve. « Les plongeurs dépensent beaucoup d’énergie. Avant même le lever du soleil, ils viennent boire du thé ou manger quelque chose de sucré pour tenir dans l’eau froide », raconte-t-elle. À quelques mètres, Fadimatou vend des beignets aux travailleurs pressés. « Ici, personne n’a vraiment le temps de s’asseoir. Ils prennent rapidement et repartent au travail », dit-elle en tendant un sachet encore chaud à un porteur couvert de sable. À midi, d’autres commerçantes prennent le relais avec des plats de riz et de sauce vendus autour de 500 Fcfa.

Mais la Bénoué ne sert pas uniquement à extraire du sable. Le fleuve reste aussi un axe commercial stratégique entre le Nord du Cameroun et certaines localités du Nigeria voisin. Environ 50 pirogues motorisées y transportent quotidiennement du ciment, des denrées alimentaires ou du matériel divers. « Le transport fluvial coûte moins cher que la route pour certaines marchandises », explique Ousmane, piroguier. Sur les berges, l’humidité laissée par les eaux favorise aussi le maraîchage. Djibril, maraîcher, parle pourtant d’une activité constamment menacée : « pendant la saison sèche, le fleuve nous laisse des terres très fertiles. Mais quand les pluies arrivent et que la Bénoué déborde, l’eau inonde les champs et détruit parfois toutes les cultures en quelques jours. »

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Risques sanitaires et environnementaux

Le week-end, certaines pirogues se reconvertissent même dans les promenades touristiques. Des familles et des visiteurs paient pour parcourir le fleuve au coucher du soleil, permettant à certains bateliers de gagner jusqu’à 10 000 Fcfa par sortie. Mais derrière cette vitalité économique, les risques sanitaires restent nombreux. Pour le Dr Paul Tassé, médecin généraliste, les travailleurs du fleuve sont exposés à plusieurs maladies liées à l’eau et aux conditions de travail.

Le médecin évoque également des douleurs chroniques, des blessures musculaires et des troubles respiratoires liés aux efforts physiques répétés et à l’absence d’équipements de protection. Au-delà de la santé humaine, l’environnement du fleuve subit lui aussi une pression croissante. Georges Manga Evina, expert en environnement, alerte sur les conséquences du prélèvement intensif du sable. « L’extraction anarchique modifie progressivement le lit de la Bénoué. Cela fragilise les berges, accélère l’érosion et augmente les risques d’inondation dans certaines zones riveraines », explique-t-il.  Selon lui, ces perturbations affectent aussi les habitats aquatiques et la biodiversité du fleuve. Pourtant, malgré les dangers, rares sont ceux qui envisagent d’abandonner ces activités.

Fadimatou Boubakary

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