Douala: la flambée du prix de la viande de boeuf inquiète
(Au marché 4/4) Depuis le mois de février 2026, la ville de Douala assiste à une hausse inquiétante du prix de la viande de bœuf, un aliment de base pour de nombreuses familles. Cette situation suscite inquiétude et perplexité aussi bien chez les commerçants que chez les consommateurs.
Marina, consommatrice régulière de la viande de bœuf fraîche, observe avec inquiétude la flambée du prix de cette chair rouge sur le marché. Pour cette mère de famille, depuis le mois de Ramadan en février 2026, cet aliment est devenu un produit de luxe. « De janvier à début février, je pouvais acheter un kilogramme de viande avec os à 2 800 F Cfa. Aujourd’hui, elle coûte 3 200 Fcfa. C’est compliqué! Nous ne pouvons plus manger comme avant », déplore Marina, rencontrée ce lundi 11 mai 2026 au marché de New Deido, dans l’arrondissement de Douala 1.
Comme elle, Adeline, habitante du quartier Logbessou à Douala 5, fait le même constat, mais les prix sont encore plus élevés. « Le kilogramme de viande avec os qui coûtait 2 800 F Cfa, se vend aujourd’hui à 3 500 F Cfa et celui sans os qui coûtait 3 000 F Cfa se vend à 4 000 F Cfa(.::) C’est énorme comme augmentation!», se lamente-t-elle.
Derrière les comptoirs, les petits marchands qui alimentent les marchés de quartier se retrouvent eux aussi dans une impasse. Les bouchers, en particulier, peinent à suivre le rythme imposé par cette inflation. « Cette augmentation des prix n’a pas été décidée par nous. Nous subissons aussi », confie Moussa Abdou, vendeur de viande au marché New Deido. « Parfois, nous partons à l’abattoir sans réussir à trouver de la viande et lorsque nous en trouvons, c’est à des prix très élevés. La situation est devenue très compliquée. Parfois, nous restons deux jours entiers sans être ravitaillés par des bouchers de l’abattoir », ajoute-t-il.
Selon Oumarou Ali, transporteur et vendeur de bœuf, la hausse des prix de la viande s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’augmentation des coûts de transport, la diminution des approvisionnements locaux et, surtout, la flambée des prix des aliments pour bétail. Une situation qui entraîne une hausse des prix du bœuf et une diminution du nombre d’abattages. Contacté par téléphone, le Directeur de l’abattoir de Douala n’a pas souhaité s’exprimer sur les facteurs à l’origine de cette situation liée à la viande.
A en croire l’économiste Aïcha Bouba, cette flambée des prix de la viande pourrait avoir des conséquences graves sur le poids des ménages déjà fragilisés. « Cette situation peut engendrer une inflation alimentaire soutenue, réduire le pouvoir d’achat des ménages, et accroître le taux de pauvreté», souligne-t-elle.
C’est d’ailleurs ce que met en évidence la dernière note de conjoncture économique du Ministère des Finances (Minfi) publiée le 17 janvier 2026. Ce document révèle que la production nationale de viande a reculé de 4,1% au premier semestre 2025, comparée à la même période en 2024.Une baisse que le Minfi impute à « la dégradation des pâturages du fait des changements climatiques et du mauvais état des routes qui allonge la durée des voyages, causant les pertes de bêtes.» Ainsi, la flambée des prix observée sur les marchés apparaît comme la conséquence directe des difficultés de production et d’acheminement du bétail. Face à cette situation, Aïcha Bouba recommande notamment « d’envisager des mesures telles que des subventions ciblées ou une réduction temporaire des taxes à l’importation sur le bétail, ainsi que le renforcement de la production locale.»
L’importance de ces enjeux se mesure également à la place qu’occupe la viande bovine dans la consommation nationale. Selon le dernier rapport de l’Institut National de la Statistique (Ins) sur la situation de la production et des importations du sous-secteur élevage, pêches et industries animales, publié en juin 2025, indique à son tour que, la production de viande bovine au Cameroun est estimée à 125 mille tonnes en 2021. Ce qui en fait la principale source de viande, avec 46% de la production totale. Elle est suivie par les viandes de volaille (19%), puis les viandes porcine, ovine et caprine, dont les volumes de production représentent 8%.
Hyacinthe TEINTANGUE







