Artisanat : À Bafoussam, le bambou se transforme en richesse

De la pépinière de Baleng aux salons d’exposition de la Mifi, de l’Ouest du Cameroun, le jeune artisan Brice Wezem révolutionne l’exploitation du bambou dans la région l’Ouest. En associant rigueur géométrique et conscience écologique, cet artisan bâtit une chaîne de valeur rentable et inclusive.

Sous un soleil ardent, ce vendredi 22 mai 2026, l’esplanade du Centre d’orientation professionnelle de Bafoussam abrite une attraction majeure, le stand de la marque « Bambou Camer ». Gobelets, veilleuses technologiques, perles et fauteuils issus de la transformation du bambou subjuguent le public de la région de l’Ouest. Ce matériau, jadis limité aux échafaudages, rivalise désormais avec la décoration moderne sous les mains de Brice Wezem.  Même la mère de cet artisan de 26 ans, autrefois opposée au projet, s’active aujourd’hui aux finitions. La rentabilité est là, une pièce est cédée entre 5 000 et 20 000 Fcfa selon l’acheteur. « L’art n’a pas de prix », rappelle l’artisan.

Devant son stand, les curieux s’extasient. Privé d’université après son baccalauréat C en 2020 pour financer les études de son cadet, cet artisan a converti ses compétences en géométrie dans le travail des fibres végétales grâce à des tutoriels internet. « Ma maman ne pouvait pas, à elle seule, supporter nos études supérieures », confie cet artisan issu d’une famille monoparentale. Son génie s’appuie sur la rigueur. « Le bambou exige de la précision. Sans un séchage d’une à quatre semaines, le meuble s’effondrera », précise Brice Wezem.

Cette maîtrise lui a valu de grandes distinctions. Classé premier national en arts plastiques, il est repéré par l’Organisation internationale pour le bambou et le rotin (Inbar), puis triomphe aux concours du ministère de la Jeunesse et de l’éducation civique (Minjec) en 2024 et du Salon régional de l’artisanat en 2025, empochant des prix (75 000, 150 000 et 150 000 Fcfa) qui lui permettent de s’équiper en machines. Son rêve actuel est de former les jeunes pour substituer le bambou à la matière plastique, nocive pour la santé, et sortir sa génération du chômage. Il ambitionne aussi de retourner sur les bancs pour perfectionner sa technique. Avec une matière première achetée à Mbouda, Foumbot et Bangangté pour environ 40 000 Fcfa par mois, Brice génère des recettes de 250 000 Fcfa tous les trente jours, réinvesties dans le personnel et le développement de sa structure

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Face à la déforestation à l’Ouest, le Dr Mathieu Duclos Fogang, président scientifique de la « Semaine du raphia du roi Negou II », estime que « la clé de la préservation réside dans la création d’une chaîne de valeur intégrée. Quand cette plante acquiert une valeur marchande, elle devient un actif à protéger ». Un engagement salué par Hilaire Tassa Nofewe, responsable du patrimoine de la chefferie Baleng. Trois ans après ses débuts, l’entrepreneur manage des collaborateurs à Dschang et Tyo-Village, et a développé une plantation pilote d’un demi-hectare à Baleng pour stopper la pression sur les massifs sauvages.

« Le bambou purifie nos poumons. Le détruire, c’est hypothéquer notre santé », martèle cet artisan multiprimé. Visant la création d’une véritable industrie inclusive d’ici 2029 pour y intégrer des jeunes sourds-muets ou aveugles, le jeune entrepreneur prouve qu’à force de concentration, l’économie verte peut devenir le plus solide rempart de la biodiversité. « Elle vise à concilier croissance économique et préservation de l’environnement », observe Prince Clovis Koagne, environnementaliste.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

Mots – clés :

Bambou

Ouest

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