Eau : Plus de 30% de la population de l’Est dans le besoin

L’entreprise publique en charge de la production et de la distribution de l’eau au Cameroun, approvisionne seulement 5 des 33 unités administratives de la région de l’Est, et qui ne sont ravitaillées qu’à hauteur de 40%.

L’Ecole maternelle bilingue d’application, située en plein ville de Bertoua, capitale de la région de l’Est, créée il y a une trentaine d’année n’a pas de point d’eau potable pour ses 164 apprenants. « Nous profitons juste de la proximité avec l’Ecole publique bilingue d’application pour trouver un peu d’eau chaque jour pour les besoins de ces enfants », explique la directrice de cet établissement scolaire, Madeline Meba. Au niveau de l’Ecole catholique St Augustin, située dans le même quartier, créée en 1989, le Directeur de la section francophone, Pierre Minang affirme que l’établissement dispose d’un point d’eau qui subi malheureusement, les odeurs nauséabondes des eaux usées de la Prison centrale de Bertoua qui partage la barrière avec l’établissement.

Dans le rapport 2018 de la carte scolaire sur l’accès à l’eau potable et l’assainissement Marius Sotto, Point focal nutrition à la délégation régionale de la santé publique, indique que « plus de 30% de la population de l’Est n’a pas accès à l’eau potable. La situation est plus grave dans les écoles primaires où seulement 26% des établissements disposent d’un point d’eau ». A l’origine de cette carence, le déficit de circuit de distribution de l’entreprise publique en charge de la production et distribution de l’eau, , CAMWATERqui approvisionne seulement 5 des 33 unités administratives de la région en eau potable.

Il s’agit des villes de Bertoua et Belabo dans le Lom-et-Djerem, Batouri, dans la Kadey, Abong-Mbang dans le Haut-Nyong et Yokadouma dans la Boumba et Ngoko.

Dans les 28 autres unités, chaque ménage se bat pour trouver le précieux sésame. « Quand on rentre de l’école, le premier reflexe est d’aller à la source puiser de l’eau », explique un jeune élève à Abong-Mbang qui précise que « même quand on se réveille à 4 heures du matin, on va toujours trouver de longues files à la source ». Plus grave, les rares villes qui bénéficient des installations de CAMWATER, selon les sources techniques de cette entreprise, ne sont ravitaillées en eau potable qu’à hauteur de 40%.

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Ce déficit est la conséquence de la vétusté des installations que l’entreprise actuelle, a hérité de la défunte Société Nationale de l’Eau du Cameroun (SNEC), et de la croissance démographique de la population. Ces installations fonctionnent depuis 1975 pour la station de Bertoua, 1985 pour celle d’Abong-Mbang, et depuis 1988 pour les stations de Belabo, Batouri et Yokadouma.

Projet

Pour palier à la pénurie d’eau, les Communes de Bertoua 1er dans le Lom-et Djerem et de Nguélébok dans la Kadey ont initié avec l’appui financier de l’Union Européenne au Cameroun, le Projet intégré à la décentralisation, afin de promouvoir la bonne gouvernance des ressources en eau et au service d’assainissement. Un projet évalué à 208.169.542 F CFA, qui devait s’étendre du 1er août 2017 au 31 juillet 2019. Olivier Cromwell Bembel D’Ipack, Maire de la Commune de Bertoua 1er explique  que « l’objectif du projet est d’apporter à ces deux municipalités dans leur essor de développement, un appui non seulement financier, mais aussi d’assurer la pérennisation des acquis, à travers le transfert des compétences en rapport avec la bonne implémentation des activités opérationnelles dont les services déconcentrés du ministère de l’Eau et de l’énergie et le ministère de la Santé publique en assurent l’accompagnement étatiqueLes bénéficiaires finaux du projet sont les populations vulnérables et les plus sensibles des deux Communes ». Le Fond mondial pour l’enfance (l’UNICEF) avec l’appui financier du gouvernement Japonais,a aussi mis en œuvre le« Projet de promotion des bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement dans 100 communautés de l’Est et l’Adamaoua », une composante du projet « Water, Sanitation and Hygiene » (WASH).

Sur un autre plan, des projets d’adduction en eau potable dans les localités de Dimako et Lomié dans le Haut-Nyong, ainsi qu’à Bertoua, exécutés par CAMWATER sont en cour d’achèvement. Ces programmes portent sur la construction d’un système de captage sur une retenue d’eau, d’une station de traitement de 600 m3/j (20h de fonctionnement) constituée d’un système de floculateur-décanteur-filtre autonettoyant), d’une bâche d’eau traitée de 70 m3, d’un bâtiment technique pour le dosage des réactifs et la salle des machines. L’avancement global des travaux à Lomié est de 97,7%. Au niveau de Bertoua, selon Farah Wanabi, chef de mission de contrôle CIMA International, les travaux connaissent un taux d’avancement de 46% et les chantiers seront livrés vers mars 2020. Cependant, note un expert en eau et assainissement, toutes ces initiatives citées plus haut sont loin de satisfaire les besoins réels des populations de l’Est en matière de l’eau potable et l’assainissement car elles ne touchent même pas la moitié des unités administratives.

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Maladie Hydriques

Le calvaire de la population de l’Est, ne se limite pas seulement à la quête d’une eau saine, la pénurie les expose également à de nombreuses maladies, voire même des décès.  Dans les localités frontalières qui ont accueilli près de 280 000 refugiés centrafricains depuis 2013 comme Garoua-Boulaï, Ketté et Kentzou, cette situation préoccupante engendre les risques de recrudescence des maladies hydriques (cholera, diarrhée).

La fièvre et la diarrhée, sont les principales causes de la mortalité infanto-juvénile dans la région, d’après l’enquête EDS-MICS 2011. Près de 18,2% d’enfants de moins de cinq ans souffrent de diarrhées dues aux mauvaises pratiques d’eau, d’hygiène et d’assainissement Par ailleurs, la prévalence de la diarrhée est liée entre autres au type d’installation sanitaire utilisée dans le ménage. Entre 2004 et 2014, les régions de l’Est et de l’Adamaoua ont enregistré 276 cas de choléra et 27 décès. Le choléra est dû aux émanations de l’insalubrité, généralement caractérisée par des pratiques non adaptées de l’hygiène environnementale et domestique, et surtout du mauvais traitement des eaux souillées et des déchets organiques

Par Sébastian Chi Elvido à Bertoua

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