Hôpital de District de Deido: Il y a encore beaucoup à faire, car cet hôpital était auparavant un dispensaire
Pr. Servais Albert Fiacre Eloumou Bagnaka, directeur de l’Hôpital de District de Deido revient sur les innovations majeures mises en place dans son centre de formation sanitaire tout en évoquant les défis auxquels est confrontée cette structure.
Comment l’Hôpital de district de Deido a-t-il évolué depuis sa création et comment s’organise sa gouvernance aujourd’hui ?
L’Hôpital de district de Deido est une formation sanitaire de quatrième catégorie et constitue l’hôpital de première référence de l’arrondissement de Douala Ier. Situé au cœur de la communauté, il s’étend sur une superficie de 4 600 m², comprend 21 bâtiments et compte environ 230 agents. C’était un dispensaire avant de devenir hôpital départemental puis de district en 1988. À notre prise de fonction en février 2024, nous avons élaboré un projet d’établissement hospitalier couvrant la période 2024-2028. Celui-ci repose sur trois grands volets ( managérial, médical et soignant ) déclinés en 13 axes stratégiques et 256 actions concrètes.
Ces innovations s’inscrivent dans notre démarche, qui consiste à répondre à trois défis majeurs : le défi démographique, lié à la croissance rapide de la ville de Douala ; le défi géographique, en raison de notre position centrale ; et le défi concurrentiel, face à la montée en puissance des structures privées et à l’offre des autres hôpitaux publics.
Dans ce contexte, il était impératif de renforcer l’attractivité de notre formation sanitaire. Nous avons donc engagé des aménagements progressifs visant à améliorer à la fois les conditions d’accueil des patients et le cadre de travail du personnel. Notre devise reste claire : la satisfaction du patient est notre priorité, avec l’humain placé au cœur de toutes nos actions.
Dans un contexte de pénurie récurrente de sang au Cameroun, quelles stratégies votre hôpital met-il en place pour garantir un approvisionnement régulier et sécurisé de sa banque de sang ?
Dès notre arrivée, nous avons accordé une attention particulière à la mise en place d’une banque de sang conforme aux standards les plus exigeants, avec l’appui du Pr Guy Pascal Ngaba, de l’Hôpital gynéco-obstétrique de Douala, reconnu pour son expertise dans la création de ce type de dispositifs.
Le système repose sur un circuit rigoureux : le sang collecté au sein de notre formation sanitaire est d’abord prétraité, puis transféré à l’Hôpital gynéco-obstétrique de Douala pour l’ensemble des tests de sécurité transfusionnelle, notamment le dépistage du VIH, des hépatites B et C, ainsi que de la syphilis. Une fois validé, il est ensuite réacheminé vers notre structure pour être mis à la disposition des patients. Face au contexte de rareté, nous travaillons également sur la diversification et la sécurisation des sources d’approvisionnement. Nous nous appuyons à la fois sur les donneurs familiaux, dits de remplacement, et sur les donneurs bénévoles, que nous mobilisons à travers des campagnes régulières de sensibilisation et de promotion du don de sang.
Il est important de préciser que le sang n’est pas vendu. Les patients prennent uniquement en charge les coûts liés aux consommables et aux réactifs nécessaires à la sécurisation du processus transfusionnel.
Avec l’acquisition de ces appareils de dernière génération, peut-on s’attendre à une réduction des coûts des examens pour les patients, ou au contraire à une hausse des prix ?
En matière de tarification, il est important de préciser que nous ne disposons pas de la latitude nécessaire pour fixer librement les coûts des examens. Ceux-ci sont encadrés par le décret présidentiel de 1987 qui établit la nomenclature des actes dans les formations sanitaires publiques, avec des grilles tarifaires spécifiques pour les hôpitaux de district.
En tant qu’hôpital public, nous appliquons strictement ces tarifs réglementés. L’acquisition d’équipements de dernière génération ne nous autorise en aucun cas à procéder à une augmentation des prix. Notre mission demeure avant tout celle d’un service public. Toutefois, notre ambition est d’offrir aux patients des prestations de qualité, comparables aux standards du privé, tout en maintenant des coûts accessibles. Autrement dit, nous proposons des soins de haut niveau à des tarifs publics.
Quel est le nombre d’analyses que votre laboratoire peut réaliser quotidiennement et quel est votre volume actuel d’activités?
À ce jour, notre laboratoire réalise en moyenne environ 1 500 examens par semaine. Nous nous projetons à faire plus, mais cela nécessite une augmentation considérable de la fréquentation des malades. Il convient de souligner que notre laboratoire est doté d’équipements de pointe. Nous avons récemment acquis un appareil de type point of care, capable de réaliser sur place des examens spécialisés tels que les charges virales du Vih, les tests des hépatites B et C, ainsi que le GeneXpert pour le diagnostic de la tuberculose. Par ailleurs, la présence d’un biologiste qualifié au sein de l’établissement garantit la fiabilité des analyses et renforce la qualité de notre offre de soins.
Vous venez d’acquérir une ambulance. À quelle urgence répond-elle, alors que vous êtes situé à proximité de l’Hôpital Laquintinie et non loin de l’Hôpital général de Douala ?
L’acquisition de cette ambulance s’inscrit d’abord dans le cadre du projet Service d’aide médicale d’urgence ( Samu), piloté par le département du Wouri sous l’impulsion du ministère de la Santé publique. Grâce à cette dotation, l’Hôpital de district de Deido intègre désormais le réseau des formations sanitaires disposant d’un moyen d’évacuation médicalisée, lui permettant de participer pleinement au dispositif du Samu. Il convient de préciser que le transport des patients est gratuit, accessible via le numéro d’urgence 1510.
Par ailleurs, notre position géographique constitue un enjeu majeur. Situé en zone centrale et fortement fréquentée, notre hôpital accueille régulièrement des victimes d’accidents de la voie publique et domestique, des rixes etc. Dans certains cas, lorsque notre plateau technique ne permet pas une prise en charge optimale, il devient impératif de procéder à une évacuation vers des structures de référence telles que l’hôpital Laquintinie ou l’hôpital général de Douala. Cette ambulance, de type C, est une véritable unité mobile d’urgence, équipée pour assurer les premiers soins et garantir un transport sécurisé des patients dans des conditions optimales.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans la gestion de ce plateau technique et comment y faites-vous face ?
Comme toute structure, nous faisons face à des défis quotidiens. Le premier concerne les ressources humaines, l’utilisation d’équipements de pointe exige un personnel hautement qualifié, alors que nous subissons un déficit global d’effectifs. En tant qu’hôpital public, notre autonomie de recrutement et nos marges financières sont limitées pour renforcer directement les équipes. Pour y pallier, nous misons activement sur la formation continue de nos agents en interne et sur des partenariats pour mettre à niveau nos techniciens.
Le second défi, majeur, est le déficit énergétique. Notre groupe électrogène actuel de 60 KVA est largement insuffisant face à nos besoins réels, estimés entre 230 et 250 KVA. En cas de coupure du réseau public, nous appliquons un plan de contingence strict : nous priorisons l’énergie vers les services vitaux comme le bloc opératoire, la néonatologie et les urgences quitte à ralentir temporairement les activités moins critiques.
Face à ces réalités, notre management se veut pragmatique, nous optimisons chaque ressource pour que le plateau technique reste une chance pour les patients de Douala Ier, tout en plaidant auprès de notre tutelle pour une mise à niveau de nos capacités énergétiques.
Quel est votre futur chantier dans l’immédiat ?
Notre feuille de route reste le projet d’établissement hospitalier 2024-2028. Il y a encore beaucoup à faire, car cet hôpital était auparavant un dispensaire, et certains bâtiments très vétustes doivent être réaménagés. Dans l’immédiat, nous devons réaménager les urgences médico-chirurgicales et les urgences pédiatriques séparément, car actuellement enfants et adultes sont reçus au même endroit, ce qui n’est pas adapté.Toutefois, la réalisation de ces projets se heurte à des contraintes financières importantes.
L’État n’a pas les ressources suffisantes pour faire face aux sollicitations des formations sanitaires. Nous avons reçu pour le compte de l’année budgétaire 2026 – 2027, une subvention de 43 000 000 F CFA du Conseil régional du Littoral qui est la collectivité territoriale décentralisée (Ctd) responsable de notre hôpital. Cet argent va permettre de rénover le bloc opératoire et la maternité. C’est pourquoi, par votre canal, nous lançons un appel aux entreprises citoyennes, dans le cadre de leur responsabilité sociétale, afin qu’elles nous accompagnent dans ces efforts.
Propos recueillis par Hyacinthe TEINTANGUE







