Santé : 14 cas de lèpre enregistrés dans la région de l’Ouest en 2025

Ces cas recensés sur environ 150 nouveaux au niveau national, la région de l’Ouest représente près de 9 % des cas de lèpre au Cameroun en 2025. Une proportion modérée, mais qui confirme la persistance de la maladie dans cette partie du pays.

Paul N. garde encore sous ses mains et ses pieds les traces visibles de la lèpre. Installé derrière son étal de réparation de chaussures au « marché B » de Bafoussam, il offre ses services à de nombreux clients. Déclaré guéri depuis plusieurs années, il se remémore pourtant le long parcours ayant marqué l’apparition de la maladie jusqu’aux mutilations. « C’est en 1996 que j’ai commencé à observer les premiers signes. Mes proches m’ont d’abord orienté vers des guérisseurs. Malgré les traitements, les tâches se multipliaient et les mutilations ont commencé », confie cet homme âgé de 56 ans. Comme lui, de nombreux patients arrivent encore tardivement dans les structures sanitaires après un premier passage par les tradipraticiens ou l’automédication, selon les témoignages du personnel sanitaire.

Abandonné par les siens, il doit son salut à l’intervention d’un personnel de santé. Présenté à un médecin, il est ensuite transféré à l’Hôpital baptiste de Mbingo, à Bamenda. Pris en charge dans ce centre spécialisé, il suit un traitement qui aboutit six ans plus tard à sa guérison. Mais les séquelles demeurent : la perte du majeur gauche et de trois orteils.

Une réalité différente se vit au Centre médical d’arrondissement (Cma) de Lafé-Baleng, dans l’arrondissement de Bafoussam II, dans la Mifi, où Suzanne, ancienne patiente, réside toujours dans l’espace autrefois destiné aux malades sans soutien familial. Bien que guérie, elle y est toujours et illustre selon Emma Bertine Fedjio Njuikop Mba, major du service de prise en charge de la lèpre au Cma de Lafé-Baleng, une autre forme de la maladie, celle des séquelles sociales et du rejet. Elle demeure l’un des derniers témoins de cette ancienne communauté hospitalière.

Centre social des lèpreux du Cma de Lafé-Baleng  (Data Cameroon)

Le service de prise en charge de la lèpre du Cma de Lafé-Baleng a enregistré 4 cas en 2025, après 4 en 2024 et 2 en 2023. Les patients arrivent généralement avec des taches cutanées avancées et des signes neurologiques. « Ils présentent déjà des picotements aux doigts et aux orteils », précise la major.

La décentralisation permet aujourd’hui de rapprocher les soins des populations. Ces cas signalés au Cma de Lafé-Baleng font partie des 14 patients mis sous traitement dans la région de l’Ouest en 2025, selon le Dr Nkouongnam Inoussa, coordonnateur régional du programme de lutte contre les maladies tropicales négligées (Mtn). De ces cas, huit ont été déclarés guéris après traitement, tandis que six restent,  dont deux à la léproserie du Cma de Lafé-Baleng et quatre dans le district de santé de Malantouen.

Une circulation résiduelle

Dans la région, le Dr Nkouongnam Inoussa insiste sur la nécessité de renforcer la détection précoce : « Le problème aujourd’hui n’est pas le nombre de cas, mais le moment où ils sont détectés. Dans la plupart des situations, les patients arrivent déjà avec des lésions irréversibles. » Il rappelle également que la polychimiothérapie permet une guérison complète et coupe rapidement la transmission. Dans cette logique, le médecin généraliste, Dr Paul Tasse, estime que les 14 cas enregistrés dans l’Ouest doivent être interprétés avec nuance. « Au niveau national, avec environ 150 cas par an, la lèpre est aujourd’hui une maladie à faible incidence. La région de l’Ouest, avec 14 cas, représente environ 9 % des notifications. Ce n’est pas une situation alarmante », explique-t-il. Pour lui, il ne s’agit pas d’une recrudescence mais d’une circulation résiduelle de la maladie.

Selon le Dr Earnest Njih Tabah, secrétaire permanent du Comité national de lutte contre les Mtn au ministère de la Santé publique, la prévalence de la lèpre au Cameroun a connu une baisse significative au fil des décennies, passant d’environ 25 000 en 1985 à moins de 150 nouveaux cas enregistrés chaque année actuellement, allant de 2 000 cas en 2021 à 178 cas en 2021 avant de stabiliser à 150 cas en 2025. Mais les spécialistes insistent sur le fait que la maladie persiste dans certaines zones à risque. Selon les données disponibles, elle touche majoritairement les hommes (environ 60 %) contre 40 % de femmes, surtout les adultes âgés de 15 à 70 ans, avec un pic entre 15 et 45 ans. Les enfants représentent 10 à 20 % des cas.


Vigilance maintenue face à une menace persistante

Au Cameroun, la prise en charge de la lèpre n’est plus assurée uniquement dans des structures spécialisées comme autrefois. Historiquement, le pays comptait environ 40 léproseries. Aujourd’hui, la stratégie repose sur l’intégration dans les formations sanitaires classiques. Dans la région de l’Ouest, entre 10 et 30 structures participent à la prise en charge. Dans les structures de prise en charge, les perceptions évoluent : les patients ne sont plus isolés mais suivis en ambulatoire. Toutefois, la stigmatisation persiste de manière plus silencieuse. Certains malades, comme Suzanne, préfèrent rester dans les anciennes structures plutôt que de retourner dans leur famille.

Pour le Dr Nkouongnam Inoussa, malgré les progrès, la vigilance reste nécessaire. À l’échelle mondiale, l’Oms rappelle que la lèpre demeure une Mtn encore présente dans plus de 120 pays, avec près de 200 000 nouveaux cas recensés chaque année. Elle a toutefois été éliminée comme problème de santé publique dans de nombreux pays, dont le Cameroun, sans pour autant interrompre totalement la transmission. « La baisse observée ne doit pas faire oublier que la transmission persiste et exige une vigilance permanente », alerte le coordonnateur régional des Mtn à l’Ouest.

Entre progrès thérapeutique et poids du regard social, la lèpre au Cameroun illustre une maladie désormais maîtrisée sur le plan médical, mais encore marquée par une réalité sociale où la guérison physique ne signifie pas toujours réintégration complète.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

 

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