Université de Bertoua : 38 mois de retard, le chantier bloqué à 49 %
Depuis sa création en 2022, les quatre facultés tout comme les grandes écoles de cet établissement public d’enseignement supérieur, fonctionnent sur des sites provisoires. Le chantier de construction du campus de Ndoumbi 2 lancé pour sa part en 2022, évolue à pas de tortue.
Le jour s’est levé depuis des heures ce 04 mars 2026. Sur le chantier de construction du campus de l’Université de Bertoua(Ube) au village Ndoumbi 2 dans l’arrondissement de Diang, l’ambiance est morose. Environ cinq ouvriers sont présents sur le site. Tous refusent de commenter l’évolution du chantier. « Au départ, il y avait beaucoup d’ouvriers et on ressentait l’impact au village en termes de petits jobs, mais, depuis juin 2025, tout est au ralenti », confie Aristide Kanda, conducteur de moto. Sur le site, des bâtiments ont pourtant émergé. Certains sont couverts de tôles en attente de finitions, tandis que d’autres restent sans toiture, mais avec des murs suffisamment élevés. De vastes espaces terrassés témoignent de l’ampleur du projet initial, aussi de son inachèvement. Selon les riverains, ces travaux ont débuté en 2022 et le chantier n’a jamais été livré.
Ce constat a été confirmé lors de la 4ᵉ session du Comité ad-hoc de suivi du programme d’investissement dans les universités de Bertoua, Ebolowa et Garoua, présidée le 18 février 2026 par Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur. « Trois ans après le début des travaux, le taux d’exécution global des chantiers à Bertoua est de 59,24 %, malgré des délais supplémentaires de 16 à 18 mois accordés aux entreprises », a indiqué Dieudonné Emmanuel Pegnyemb, le recteur de l’Université de Bertoua.
Retard des travaux
Globalement, l’Ube affiche un taux d’exécution de 49,27 %, inférieur à celui des Universités d’Ebolowa (58,79 %) et de Garoua (70,21 %), Les travaux confiés à l’entreprise Bati Concept notamment la construction des amphithéâtres de 300 et 500 places et celle des blocs administratifs, sont réalisés à un peu plus de la moitié (54,2 % et 56,02 %). En revanche, ceux de l’entreprise DPE International, chargée de la construction et de l’aménagement de l’amphithéâtre 500 et d’un bloc de salles de cours, stagnent à 43 %, tout comme les travaux de terrassement et d’aménagement des voiries confiés à Armada. Trois ans après le lancement des travaux. Initialement prévus pour une durée de dix mois, les travaux s’étalent désormais sur près de 48 mois, soit un dépassement d’environ 38 mois. Plusieurs lots restent ainsi en dessous de la barre des 50 %, illustrant l’ampleur des retards. Selon le recteur, « les entreprises ont abandonné les chantiers et ne manifestent aucune volonté de reprise malgré plusieurs ordres de service », déplore-t-il.
Face à cette situation, des mesures coercitives sont envisagées. Conformément à l’une des résolutions prises lors de la réunion du Comité ad-hoc, l’Université de Bertoua doit servir une mise en demeure de 21 jours aux entreprises Armada et DPE. Il s’agit, comme le souligne Philippe Fouté, expert en marchés publics, « de la dernière étape dont la non-exécution donne lieu à la résiliation de ces marchés et au recrutement d’une nouvelle entreprise ». Du côté des entreprises, le silence domine. Un technicien rencontré sur le site évoque toutefois, sous anonymat, « des tensions de trésorerie », laissant entrevoir des difficultés financières.
Défi infrastructurel.
Créée le 5 janvier 2022 avec un effectif initial de 4 000 étudiants, l’Ube accueille désormais plus de 18 000 étudiants pour l’année académique 2025-2026. Une croissance de 14 000 étudiants en trois ans qui contraste avec l’absence de campus définitif, contraignant l’institution universitaire à fonctionner sur des sites provisoires.
En effet, les facultés et grandes écoles sont dispersées sur plusieurs sites. La Faculté des Arts, lettres et sciences humaines (Falsh) par exemple, est installée dans les anciens bâtiments de la Société des tabacs du Cameroun (Sct), tandis que la Faculté des sciences économiques et de gestion (Fseg), occupe des locaux au camp Sic. Quant à la Faculté des sciences (FS), elle est hébergée dans les locaux de l’Ecole normale des instituteurs de l’enseignement général (Enieg).
« L’inexistence des campus et de logement pour les étudiants participe de la précipitation dans laquelle cette Université a été créée. Cette défaillance dans la ville de Bertoua découle des multiples conflits fonciers tout autant que de la spéculation foncière qui ont précédé la création de cette institution. Il y a un déficit de planification gouvernementale en ce qui concerne les projets en général au Cameroun », analyse Bernard Gaétan Bangda, coordonnateur de Moabi Think Tank, un cercle de réflexion sur les questions de développement durable à l’Est-Cameroun.
De leur côté, les étudiants, pénalisés par l’absence de cités universitaires, sont contraints de se loger dans des quartiers éloignés. « Pendant mes trois ans de formation, j’habitais loin au quartier Dabadji où je payais 20 000 F Cfa le loyer par mois. Chaque jour, je traversais la ville sur la moto pour rallier le campus de l’Ens et je dépensais environ 1 000 F Cfa de transport par jour », témoigne Emilienne Abah, diplômée en février 2026.
Sébastian Chi Elvido à l’Est







