Région de l’Ouest : 10 gynécologues et 32 sage-femmes pour 66 hôpitaux publics

Entre pénurie criarde de spécialistes, plateaux techniques obsolètes et saturation des services, donner la vie dans les formations sanitaires de cette région reste un défi périlleux. Cette partie du pays apparaît encore bien loin des Objectifs de développement durable (Odd) fixés pour 2030.

Le décès d’une jeune femme en couches à l’Hôpital régional de Bafoussam, en janvier 2026, a ravivé le débat sur la prise en charge obstétricale dans la région. Cette patiente de 23 ans est décédée quelques heures après son admission. Selon le service de communication dudit centre hospitalier, elle aurait été « référée tardivement depuis l’Hôpital de district de Bandjoun pour une éclampsie sévère, avec une tension extrêmement élevée ». La même source précise qu’à son arrivée, ses paramètres vitaux étaient déjà critiques, affirmant que « les équipes ont fourni tous les soins nécessaires avec diligence, compétence et humanité ». Des explications qui ne convainquent pas la famille qui pointe du doigt une certaine négligence, mais surtout le manque de personnel qualifié pour offrir des soins appropriés.

Clémentine N., 38 ans, enceinte pour la première fois après dix ans d’attente, illustre cette précarité. Pour sécuriser sa « grossesse précieuse », elle parcourt plus de 15 km depuis Bandeng pour consulter un gynécologue-obstétricien en cabinet privé. « Dans les hôpitaux publics, les spécialistes sont saturés par la forte demande et ne consultent qu’à des jours précis, selon une programmation rigide », confie-t-elle. Pour elle, le privé reste l’unique option pour un suivi personnalisé et serein.

Cette réalité n’est pas démentie par  le Dr Patrick Tchatchoua Kamleu, délégué régional de la Santé publique pour l’Ouest, qui admet que la région souffre d’une pénurie criante de spécialistes. « La région ne compte qu’environ 10 médecins spécialistes et 32 sages-femmes qualifiées pour plus de 66 formations sanitaires publiques », confesse-t-il.  En plus de ce déficit humain, il souligne que près de 70 % des structures sanitaires de la région ne respectent pas les normes minimales en matière d’équipement. Pour un chef de Centre de santé intégré (Csi) dans le département des Bamboutos, s’exprimant sous anonymat, « il est difficile d’offrir des soins appropriés sans spécialistes ». Ce dernier milite pour l’affectation systématique des sage-femmes dans les Csi afin d’assurer un suivi de proximité.

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Les statistiques nationales confirment l’urgence de la situation. Selon la dernière Enquête démographique et de santé de 2018, le Cameroun enregistre encore 406 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Les chiffres de la mortalité néonatale (28 pour 1 000) et infantile (48 pour 1 000) restent également préoccupants. Des données bien au-dessus des cibles fixées par les Objectifs de développement durable, qui visent à réduire la mortalité maternelle à moins de 140 décès pour 100 000 naissances d’ici 2030. Le bureau régional de l’Oms pour l’Afrique centrale, pense que l’Afrique devra faire face à une pénurie de plus de 6 millions de professionnels de santé d’ici à 2030.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

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