Avc à l’Ouest : au moins deux par jour au Centre hospitalier régional de Bafoussam

Face à la fréquence croissante des accidents vasculaires cérébraux dans cette région, cette formation sanitaire de référence peine à améliorer les chances de survie et de récupération des patients.

Pierre attend, immobile, à l’entrée du Centre hospitalier régional (Chr) de Bafoussam. Le regard vide, il repasse les dernières heures de sa mère, évacuée en urgence depuis Mbouda après un accident vasculaire cérébral(Avc). Malheureusement, elle s’est éteinte quelques heures après son admission. Ce drame est loin d’être un cas isolé, dans cette formation sanitaire de référence de l’Ouest, l’équipe médicale dit être confrontée à une répétition quasi quotidienne de cas similaires. « L’Avc nous préoccupe particulièrement. C’est une pathologie très récurrente, nous accueillons au moins deux cas par jour », indique le Dr Saibou Ouassouo Passang, directeur du Chr de Bafoussam. Un volume de patients qui met à rude épreuve les capacités de prise en charge, malgré l’existence d’un plateau technique jugé fonctionnel. L’ambition affichée par la direction est claire : renforcer les capacités d’intervention pour tenter de « sauver au moins un cas sur deux ».

Pour le Dr Jean Joël Ndongmo Tajeuda, neurologue, au Cameroun, le taux de mortalité lié aux Avc oscille entre 25 et 27 %. Les séquelles sont tout aussi lourdes : près de 27 % des survivants développent une dépression l’année suivant l’accident, tandis qu’environ 30 % gardent des handicaps invalidants. Le spécialiste évoque plusieurs facteurs à risque, tels que l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité, le tabagisme et la sédentarité. Face aux signes précurseurs visage paralysé, faiblesse ou inertie d’un membre, troubles de la parole le neurologue insiste sur l’importance d’une réaction immédiate : « Chaque minute compte pour sauver les neurones ».

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Des obstacles structurels persistants.

Malgré les efforts du personnel médical, la réponse sanitaire reste freinée par plusieurs obstacles structurels. Le Dr Passang en identifie quatre principaux à savoir : une faible prévention au sein des communautés ; un accès limité aux soins hautement spécialisés ; le manque de structures de réhabilitation (kinésithérapie et orthophonie) ; et l’arrivée tardive des patients, souvent après des détours par les circuits informels.

Au niveau national, la situation épidémiologique à l’état des prévisions et des demandes en matière de santé publique de novembre 2025, révèle une moyenne de 85 cas pour 100 000 consultations, avec une mortalité hospitalière de 60 décès pour 1 000 cas. Le ministère de la Santé publique entend lever ces verrous en renforçant la prévention primaire et la formation du personnel de terrain. À l’échelle mondiale, l’Oms estimait qu’en 2021, 93,8 millions de personnes vivaient avec les séquelles d’un Avc. Il demeure la deuxième cause de mortalité mondiale. « Le risque est tel qu’un adulte sur quatre pourrait en être victime au cours de sa vie si les habitudes ne changent pas radicalement », prévient le Dr Ndongmo Tajeuda.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

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