Café: des producteurs africains veulent capter plus de revenus
Bien qu’elle produise près de 15 % du café mondial, l’Afrique continue de tirer peu de bénéfices de cette filière dominée par les acteurs étrangers. Pour inverser cette tendance, plusieurs pays africains veulent développer une infrastructure continentale de transformation et de commercialisation de ce produit.
Le marché mondial du café a atteint 245,2 milliards de dollars en 2024 et pourrait grimper à 380 milliards de dollars d’ici 2034, selon African Coffee Hub. Pourtant, alors que l’Afrique produit près de 15 % du café mondial, les producteurs africains ne captent encore qu’entre 1 et 10 % du prix final payé par les consommateurs. La majorité des exportations du continent se fait toujours sous forme de grains verts non transformés, laissant l’essentiel des revenus aux multinationales et aux circuits de transformation installés hors du continent.
Face à ce déséquilibre, plusieurs pays africains veulent désormais reprendre une plus grande part de la richesse générée par le café. C’est dans cette perspective que huit nations africaines se sont réunies du 5 au 6 mai 2026 à Marrakech, au Maroc, dans le cadre du Forum régional sur le développement de la chaîne de valeur du café en Afrique. Organisée par African Coffee Hub, plateforme continentale spécialisée dans l’agrégation, la standardisation, la traçabilité et la commercialisation du café africain, cette rencontre a réuni des pays producteurs et partenaires engagés dans le développement d’une filière café plus compétitive et davantage tournée vers la transformation locale.
Les délégations venues de la Sierra Leone, de la Guinée, de Madagascar, de l’Ouganda, du Togo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Maroc ont échangé sur les moyens de mieux transformer, standardiser et commercialiser le café africain afin qu’une plus grande partie des revenus reste sur le continent. Le Nigeria s’est également engagé dans cette dynamique à travers la société AGARA, qui participera notamment au futur centre africain de recherche sur le café. Placée sur le thème : « Construire des chaînes de valeur du café compétitives et inclusives en Afrique : vers un programme régional d’investissement utilisant l’African Coffee Hub à Tanger Med comme principal levier », la rencontre a permis d’examiner les stratégies destinées à renforcer la place de l’Afrique dans l’économie mondiale du café.
Selon la présidente de cette plateforme, Sanae Benabdelkhalek, cette initiative vise à réduire la dépendance historique des producteurs africains vis-à-vis des intermédiaires étrangers, tout en favorisant des relations directes entre les coopératives africaines et les marchés finaux. « Il s’agit non seulement d’un rééquilibrage économique, mais aussi d’une redistribution du pouvoir », explique-t-elle.
À travers ce programme régional, les promoteurs du projet ambitionnent de mettre en place une véritable infrastructure africaine de transformation et de commercialisation du café. L’objectif est de permettre aux producteurs africains de mieux valoriser leur production et de conserver une part plus importante des revenus générés par cette filière stratégique.
Au-delà du café, le modèle porté par African Coffee Hub pourrait également servir d’exemple à d’autres filières agricoles africaines confrontées aux mêmes déséquilibres, notamment le cacao, l’anacarde ou encore la mangue.
Hyacinthe TEINTANGUE







