Justice : 105 détenus condamnés à mort au Cameroun

Alors que le pays n’a exécuté aucun détenu depuis 1997, l’arsenal judiciaire continue de prononcer la sentence capitale. Une étude publiée en mai 2026 met en lumière l’enfer des couloirs de la mort et le verrouillage politique autour de l’abolition de cette peine.

En mars 2026, le Tribunal de grande instance du Mfoundi a condamné Dagobert Nwafo à la peine de mort par fusillade. Ce verdict rappelle une réalité paradoxale : si le Cameroun est qualifié d’« abolitionniste en pratique » et qu’aucune exécution n’y a eu lieu depuis 1997, sa justice continue néanmoins de prononcer des peines de mort. Selon le rapport d’enquête « Des vies en suspens », publié en mai 2026 par Ensemble contre la peine de mort (Ecpm), Droits et Paix et le Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort (Racopem), au Cameroun, fin 2025, au moins 105 personnes, dont une femme, se trouvaient dans les couloirs de la mort.

Le volume des sentences reste indexé sur les crises sécuritaires, notamment la lutte contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et le conflit armé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’adoption de la loi antiterroriste du 23 décembre 2014 a entraîné une véritable inflation judiciaire. Le rapport précise d’ailleurs que « près de 50 % des condamnés à mort actuels le sont pour terrorisme ». Un chiffre qui fait écho aux alertes du Racopem, qui recensait déjà 330 prisonniers condamnés en novembre 2018.


Lors de son Examen périodique universel (Epu) en 2023, Yaoundé a formellement défendu sa position : « Le maintien de la peine de mort participe de la dissuasion ». Une doctrine appuyée par une trentaine de dispositions législatives prévoyant la pendaison ou la fusillade. Pourtant, la loi s’étend également à des infractions « non violentes » ou politiques, telles que le financement du terrorisme, la trahison ou encore la sécession. La loi de 2014 attribue d’ailleurs une compétence exclusive aux tribunaux militaires pour juger les civils.

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Un droit de grâce présidentiel verrouillé

La mission d’enquête a audité 10 prisons et interrogé 45 condamnés. Les indicateurs collectés décrivent un environnement sinistre, où l’accès aux soins et à la nourriture dépend exclusivement du soutien financier des familles. Cette détresse engendre, chez la majorité des détenus, un « syndrome du couloir de la mort ».

L’article 22 (1) du Code pénal soumet toute condamnation au droit de grâce du chef de l’État. Si le chef de l’Etat, Paul Biya a accordé des commutations à quatre reprises (2010, 2011, 2014, 2020), leur portée reste dérisoire. Le décret du 15 avril 2020 exclut le terrorisme, privant ainsi d’espoir plus d’un tiers des personnes inculpées depuis 2015. De plus, l’accès à ce droit souffre de l’opacité du système : les détenus ignorent bien souvent qu’une demande suppose l’épuisement préalable de tous les recours. La lenteur des procédures, qui s’étirent parfois sur des décennies, condamne nombre de prisonniers à mourir de maladie en cellule avant même d’avoir pu formaliser leur requête.

Diplomatie : le choix du statu quo

Sur l’échiquier international, le Cameroun adopte une position d’abstention systématique lors des votes de l’Organisation des Nations -unies ( Onu), portant sur un moratoire universel, notamment en 2020, 2022 et 2024. Ce blocage s’est confirmé lors de l’Epu en 2023. Ainsi, face à 19 recommandations exigeant l’abolition ou la ratification du Protocole facultatif II (OP2), la diplomatie camerounaise a affiché un bilan sans appel : 0 acceptée, 19 notées (rejetées).

Dans ce contexte, alors que l’Union africaine compte 25 États abolitionnistes en 2025, le Cameroun demeure parmi les 18 pays maintenant un moratoire de fait. Une posture figée, qui s’accompagne d’un déficit de transparence des autorités. Le rapport souligne enfin qu’« aucune publication régulière de données officielles sur l’application de la peine de mort » n’est disponible auprès des instances publiques.

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Aurélien Kanouo Kouénéyé

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