Garoua : retour aux stations-service
Longtemps délaissées au profit du « zoua-zoua », carburant de contrebande en provenance du Nigeria, les stations-service connaissent un spectaculaire retour en grâce. En cause, la flambée des prix de ce carburant informel, qui a quasiment effacé l’avantage tarifaire dont il bénéficiait face au carburant vendu dans les stations-service.
Au carrefour Yelwa, à Garoua, les alignements de bidons jaunes donnent encore l’impression que rien n’a changé. Pourtant, derrière cette image familière, le marché du « Zoua zoua », est en pleine crise. Ce carburant de contrebande en provenance du Nigeria a longtemps constitué une véritable bouée de sauvetage pour les populations du Nord-Cameroun. Moins cher que celui distribué dans les stations-service, il alimentait les motos-taxis, les taxis urbains, les véhicules particuliers, les groupes électrogènes et faisait vivre des milliers de revendeurs installés le long des principaux axes routiers.
Aujourd’hui, les clients se font beaucoup plus rares. « Avant, les automobilistes faisaient presque tous le plein chez nous. À présent, beaucoup préfèrent les stations-service », constate Abdoul Bagui, revendeur au carrefour Yelwa. À quelques kilomètres de là, au carrefour Vestiaire de Roumdé Adjia, Gabriel observe le même ralentissement. « Les bons jours, je vendais facilement 40 litres. Aujourd’hui, je dépasse rarement 20 litres. L’âge d’or est terminé », résume-t-il. L’origine de cette crise remonte à mai 2023. À peine investi, le président nigérian Bola Tinubu annonce la suppression des subventions publiques sur les carburants afin de réduire les dépenses de l’État. Les prix à la pompe s’envolent aussitôt au Nigeria. Pour les revendeurs camerounais, entièrement dépendants des approvisionnements en provenance du pays voisin, le choc est brutal.
« Avant 2023, nous achetions le bidon de 25 litres à 18 000 FCFA. Aujourd’hui, il coûte environ 26 000 FCFA », explique Abdoul Bagui. Cette hausse de près de 45 % réduit considérablement leur rentabilité. « Autrefois, nous gagnions entre 10 000 et 12 000 FCFA par bidon. Aujourd’hui, notre bénéfice dépasse rarement 4 000 FCFA. Une fois les frais de transport déduits, il ne reste presque plus rien », confie-t-il. En l’espace de trois ans, le prix du litre est passé d’environ 250 FCFA à près de 800 FCFA, tandis que la bouteille d’un litre et demi, vendue autour de 400 FCFA avant la réforme, s’échange désormais entre 1 000 et 1 100 FCFA selon les quartiers. « L’augmentation s’est faite progressivement : 600 FCFA, puis 800, 900, 1 000 FCFA et aujourd’hui 1 100 FCFA pour un litre et demi », raconte un conducteur rencontré au centre-ville.
Pour éviter de travailler à perte, les transporteurs ont eux aussi revu leurs tarifs. « Une course qui coûtait 100 FCFA auparavant revient aujourd’hui autour de 200 FCFA. Là où nous demandions 200 FCFA, nous réclamons désormais entre 300 et 350 FCFA », explique Habib, conducteur de moto-taxi. Au bout de la chaîne, ce sont les ménages qui supportent le poids de cette flambée des prix. Pour Bassoro, père de famille, le budget consacré au carburant est passé de 25 000 à 35 000 FCFA par mois. « Les 10 000 FCFA supplémentaires, je les ai retirés du budget alimentaire et des loisirs de la famille », explique-t-il.
Fadimatou Boubakary







