Insécurité alimentaire : 4,5 millions de personnes exposées au Cameroun
En 2026, la population vivant dans des zones susceptibles de connaître une situation d’insécurité alimentaire aiguë augmente de plus de 1,4 million de personnes par rapport à 2025. La baisse du pouvoir d’achat, les perturbations des marchés et les conflits contribuent à cette progression.
Selon le rapport conjoint sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle du Cameroun, publié le 7 août 2026 par l’Institut national de la statistique (INS), 4,5 millions de personnes, soit environ 15 % d’une population estimée à plus de 30 millions d’habitants, résidaient en mars 2026 dans des zones susceptibles de connaître une situation d’insécurité alimentaire aiguë. Ce chiffre est en hausse par rapport aux estimations des dernières années, notamment celle de 2025 qui faisait état d’environ 3,1 millions de personnes en situation de crise ou pire. Le document, élaboré avec le gouvernement, la Banque mondiale, le Programme alimentaire mondial (PAM) et d’autres partenaires, met en évidence plusieurs facteurs susceptibles d’expliquer cette dégradation.
L’INS évoque d’abord l’érosion du pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables, qui rend l’accès aux denrées de base de plus en plus difficile. À cela s’ajoutent les perturbations des circuits de distribution, notamment dans le contexte post-électoral, qui ont affecté l’approvisionnement de certains marchés. Entre autres, Le rapport relève enfin les conséquences des conflits, notamment dans le Mayo-Danay, ainsi que les violences persistantes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Relativisme et alerte
Interrogé sur ces causes, l’économiste Dieudonné Essomba relativise le poids des seuls conflits. « C’est un facteur aggravant, mais on n’en a pas besoin. Le problème de sécurité alimentaire, c’est un problème global. On parle d’une tendance globale, holistique ». Et d’ajouter : « il n’y a pas de raison que la crise du Nord-Ouest, du Sud-Ouest ou de l’Extrême-Nord entraîne la sécurité alimentaire à Yaoundé ». Pour l’expert, le problème est d’abord structurel. « Il faut interroger les politiques agricoles, les politiques d’élevage, les politiques de transformation, les politiques de transport, les politiques de commercialisation. C’est un paysage global ». L’expert pointe aussi la contrainte monétaire : « L’usage du Franc Cfa fait que l’argent est trop rare. Donc, ça bloque les échanges ». Et conclut sur une note d’alerte : « il faut s’inquiéter. Il faut même beaucoup s’inquiéter ».
Une courbe ascendante
Loin d’être un pic isolé, le chiffre de 2026 s’inscrit dans une tendance lourde à la hausse observée depuis 2021. Selon les données rendues publiques par le Cadre Harmonisé et la FAO, en 2021, l’insécurité alimentaire aiguë touchait déjà entre 2,3 millions et 2,62 millions de personnes en situation de crise ou pire, pour environ 2,4 millions de personnes en fin d’année. En trois ans, entre 2023 et 2026, le nombre de personnes exposées a donc bondi de plus de 1,5 million.
Si la proportion de population à risque a connu une légère baisse entre janvier et mars 2026, passant de 22% à 18%, le nombre global reste élevé. Avec 4,5 millions de Camerounais exposés, l’insécurité alimentaire confirme qu’elle gagne du terrain et s’impose comme l’un des défis majeurs du pays.
Désiré Domo







