Retards des CAC : les communes de l’Ouest au bord de l’asphyxie financière
Le versement tardif des Centimes additionnels communaux (CAC) met en difficulté de nombreuses communes de la région de l’Ouest. Retards de salaires, investissements gelés et fonctionnement des services municipaux perturbé : les exécutifs communaux dénoncent une situation qui fragilise davantage un processus de décentralisation déjà confronté à de nombreuses contraintes.
Le début du mois de juillet 2026 a apporté un léger répit à la commune de Babadjou. Après plusieurs mois d’attente, cette municipalité du département des Bamboutos a annoncé avoir reçu du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM) les reversements des Centimes additionnels communaux (CAC) et des impôts communaux soumis à péréquation au titre du quatrième trimestre 2025. Une arrivée de fonds accueillie comme « une véritable bouffée d’oxygène » par l’exécutif communal, alors que les difficultés financières s’étaient accumulées.
Dans une communication faite le 9 juillet 2026, la mairie, sans aucun détail sur les montants perçus, précise que ces ressources permettront entre autres d’apurer une partie des arriérés de salaires du personnel, de régler les reversements fiscaux et les cotisations sociales. Mais ce soulagement demeure provisoire. La commune rappelle que ses ressources propres restent limitées et que son équilibre budgétaire dépend largement des transferts de l’État. Elle attend désormais les reversements des premier et deuxième trimestres 2026, toujours en attente.
Des communes en difficulté
Le cas de Babadjou est loin d’être isolé. Au Syndicat des communes du Noun (Syconoun), Ibrahim Ndapeyouene, maire de Malantouen, décrit une situation qui touche, selon lui, l’ensemble des communes de ce département. « En l’état actuel des choses, c’est comme si les communes ne fonctionnaient plus. Nous ne pouvons pas attendre jusqu’en juillet pour recevoir des ressources destinées au fonctionnement des collectivités. Le premier semestre 2026 est déjà terminé sans aucun reversement des CAC de cette année », déplore-t-il.
À Dschang, la commune dresse depuis le début de l’année 2026 un constat tout aussi préoccupant. Elle pointe les retards dans les CAC, le non-paiement des droits d’assises depuis 2021 ainsi que les effets de la loi du 23 décembre 2024 portant fiscalité locale sur les finances communales. Cette commune disait attendre près de 250 millions de F CFA au titre des CAC des troisième et quatrième trimestres 2025, 148 millions de F CFA d’impôt général synthétique, près de 200 millions de F CFA de droits d’assises ainsi qu’environ 20 millions de F CFA de virements du Trésor public. Si ces échéances ont été soldées pour ce qui est des CAC, ceux du premier et du deuxième trimestres 2026 restent attendus. Face à ces tensions de trésorerie, la mairie a été contrainte d’accorder à certains agents des avances de salaires malgré l’absence des cotisations sociales évaluées à plus de 400 millions F CFA.
Un malaise déjà reconnu par l’État
Même si en 2025, le FEICOM signalait un montant de 1 200 milliards FCFA distribués aux Collectivités territoriales décentralisées et 517 milliards FCFA investis par le FEICOM entre 1974 et 2024, les difficultés rencontrées par les communes avaient déjà été reconnues par les pouvoirs publics. Dans un communiqué publié le 19 décembre 2025, Joseph Dion Ngute, Premier ministre et par ailleurs, président du Conseil national de la Décentralisation, relevait de graves tensions de trésorerie résultant notamment du non-reversement automatique des recettes fiscales et d’une mise en œuvre encore incomplète de la décentralisation.
Pour Joseph Kounga, expert en développement local, cette reconnaissance officielle confirme l’existence d’un problème structurel. « Les retards dans le reversement des CAC fragilisent la mise en œuvre des projets de développement local, ralentissent les investissements publics et mettent sous pression des communes dont les marges de manœuvre financières demeurent très limitées », analyse-t-il. Selon lui, la régularité des transferts constitue désormais une condition essentielle pour assurer la continuité du service public local et donner un contenu concret au processus de décentralisation. Il préconise « la création des infrastructures communales pouvant créer de la richesse pour le financement des projets communaux afin de faciliter le développement à partir des territoires »
Aurélien Kanouo Kouénéyé







