Hareng fumé : la flambée des prix vide les paniers des ménages à l’Ouest
Entre baisse des captures, difficultés liées aux intempéries et tension sur l’approvisionnement, le poisson fumé, aliment incontournable dans de nombreux foyers camerounais, devient progressivement un produit de luxe pour les ménages.
Au « Marché B » de Bafoussam, le mardi 28 juillet 2026, un peu après 10 heures, l’effervescence est celle des jours ordinaires. Au milieu de ce brouhaha, Mireille, accompagnée de son fils qui porte le sac de marché, avance lentement entre les étals de harengs fumés (bounga). Elle observe les tas disposés sur les comptoirs en bois avant de s’arrêter devant une vendeuse. « C’est combien le poisson ? », demande-t-elle. « 1 000 F CFA et 2 000 F CFA », répond la commerçante. Le visage de Mireille se referme. Sans un mot, elle reprend sa marche.
Quelques mètres plus loin, une autre dame retourne longuement entre ses doigts un petit paquet emballé dans un sachet transparent. À l’intérieur, six petits poissons à peine. Elle hésite, fait mentalement ses comptes, puis se résout à l’acheter. « C’est devenu plus précieux que de l’or », murmure-t-elle en glissant le paquet dans son sac. Au-delà de la flambée des prix, c’est aussi la qualité qui l’inquiète.
Ici comme dans d’autres marchés à l’Ouest, six petits poissons vendus il y a quelques mois à 500 F CFA sont aujourd’hui proposés à 1 000 F CFA. Cette flambée est liée aux difficultés d’approvisionnement dans les principaux bassins de production et de débarquement, notamment Idenau, Limbe, Bakingili et Bakassi dans la région du Sud-Ouest, ainsi que Manoka dans le Littoral, fortement affectés par les conditions climatiques. « Le niveau de l’eau a énormément monté, à la suite des fortes précipitations observées depuis la fin du mois de juin. Les pêcheurs sont contraints d’arrêter leurs activités. Dans ces conditions, il devient difficile de satisfaire la demande », explique Wembe Towende, grossiste. Selon lui, les fortes précipitations observées ces derniers mois, conséquence des dérèglements climatiques, bouleversent ainsi toute la chaîne d’approvisionnement en poisson fumé.
Les conséquences se ressentent directement sur les prix. Dans les zones de production, le carton de 30 kilogrammes se négocie désormais entre 80 000 et 150 000 F CFA, contre 60 000 à 80 000 FCFA à la même période en 2025. Les difficultés d’approvisionnement interviennent dans un contexte où la pêche de capture demeure le principal pilier de la production halieutique camerounaise. Selon les rapports de l’Ins et du Minepia, en 2023, elle a représenté près de 232 000 tonnes sur une production halieutique nationale de 241 561 tonnes, l’aquaculture ne contribuant que de manière marginale. Deux ans plus tard, la tendance reste la même. À fin septembre 2025, sur une production locale de 197 842 tonnes, 184 656 tonnes, soit 93 %, provenaient de la pêche de capture.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







