Boko-Haram : Plus de 100 morts enregistrés depuis janvier 2020 à l’Extrême-Nord
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Avec déjà plus de 90 attaques à son actif depuis le début de l’année, la plupart des localités ciblées par la secte islamiste dans la région de l’Extrême-Nord Cameroun, dénoncent un relâchement des mesures sécuritaires. 

« Ils ont égorgé mes deux parents devant moi comme la chèvre. J’ai vu le sang couler sans pouvoir agir.  J’étais sans défense pour leur venir en aide », relate en larme Mounira.  C’est une fillette effrayée, qui peine à trouver les mots justes pour décrire la scène cauchemardesque qu’elle a vécu dans la nuit du 2 au 3 août 2020. Dans cette tragédie, cette fillette, a assisté sans défense, à la mort atroce de ses parents, assassinés de sang froid par les extrémistes de la secte islamique Boko-Haram.

Cette nuit-là, le village Nguetchewe situé dans le département du Mayo-Tsanaga a subi une énième attaque de ce secte islamique. « Dans la nuit du 02 août, aux environs de 23h 47min, trois kamikazes ont explosé. Par la suite, dans les champs nous avions aperçu des torches. Il y avait près de 100 Boko-Haram éparpillés. Ils ont commencé à tirer des balles en l’air puis ont attaqué le Comité de vigilance du village. Les membres étaient affaiblis, malgré que nous ayons alerté les Forces militaires mixtes (FMM). Les mauvais gens ont pris tous nos bétails.  Tous ceux qui résistaient, ils les égorgeaient ou tiraient sur eux. Le bilan de ce que j’ai vu, s’élève à 17 morts et 14 blessés. Ce n’était pas facile pour nous », témoigne Matouni, membre du Comité de vigilance à Nguetchewe.

Malgré la crise sanitaire liée au Coronavirus, les attaques de boko-haram demeurent intenses à l’Extrême-Nord. – Selon les statistiques publiées par la cellule régionale de gestion des incidences dans la semaine du 17 août 2020, cette partie du Cameroun a enregistré 187 cas de Covid-19 -. Cette pandémie du coronavirus met en évidence les vulnérabilités des populations face aux formes nouvelles et émergentes du terrorisme avec Boko-Haram. Les groupes islamistes cherchent à se ravitailler en attaquant les villages afin de les dépouiller de leurs biens. « C’est une période très difficile actuellement avec les attaques de Boko-Haram dans notre arrondissement. On craint d’avoir une autre attaque à tout moment. La frontière n’est pas sécurisée. Nous vivons dans la peur, dans le Mayo-Moskota. Les Forces de l’ordre ne sont pas déployées comme il le faut, malgré nos doléances pour renforcer le dispositif sécuritaire », déplore Boukar Mejeweh, Maire de Mozogo et Lamido de Mayo-Moskota.

Frontière

Avec plus de 100 morts enregistrés et plus de 90 attaques attribuées à cette secte depuis le début de l’année 2020, la plupart des habitants des différents villages se sentent délaissés. « C’est une période très dure pour nous à Mayo-Moskota. Nous voulons qu’on sécurise la frontière avec le Nigeria située à 35Km de notre localité. C’est par cette voie que les Boko-Haram entrent dans nos villages pour nous dépouiller.  Nous enterrons nous même nos morts, les familles ne sont pas prises en considération par les autorités », raconte Keye, un riverain.

L’évolution des exactions de cette groupe terroriste entre 2019 à 2020 reste d’ailleurs préoccupante. Les attaques se poursuivent, les villages se vident. « Boko-Haram a tout pris à son passage, le mil, le maïs, les céréales et le bétail des populations. Plus de 18 morts ont été enregistrées. Les pertes sont énormes, dans les différents villages cibles de la secte islamiste tout a été détruit. C’est la misère actuellement pour la population qui a besoin d’aide. Les conséquences sont énormes, les activités économiques sont paralysées », alerte Boukar Mejeweh. Ces attaques se sont accentuées au cours de cette année, dans le Mayo-Tsanaga. Pourtant en 2019, la secte terroriste a fait plus de victimes dans le Logone et Chari.  « Les FMM ne viennent pas quand on les appelle lors des attaques. Ils arrivent le lendemain quand la secte a déjà commis son forfait. L’absence des Forces de l’ordre pour assurer notre sécurité encourage la secte à multiplier ses attaques armées. Leur relâchement est la cause du retour massif des Boko-Haram », crois savoir Guida, habitant de Kolofata.

Déplacés

Après les attaques du 2 août dernier, le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakary, a déclaré que les renforts ont été déployés dans la localité Nguetchéwé. Le ministère de la défense, rapporte l’ONG Human Rights Watch, a indiqué que le détachement de la gendarmerie basé à Nguetchéwé avait été renforcé et qu’un « poste de combat » était en cours d’installation dans le village de Mbaliouel, afin d’empêcher les combattants de Boko Haram d’entrer dans la ville.

Bien que ne disposant pas d’équipements adéquats pour accomplir une tâche d’une telle dangerosité, les Comités de vigilance dans les différents villages, continuent de monter la garde, même s’ils sont parfois débordés. « Nous avions mis sur pied des Comités de vigilance dans tous les villages. Sans matériel, on se bat avec les moyens de bord. Nous avons perdu plusieurs membres. Nous sommes essoufflés, nous voulons un appui des Forces de l’ordre », souligne Kodji, membre du comité de vigilance à Tourou. D’après ces groupes de défense qui travaillent en collaboration avec les FMM, les multiples doléances adressées au gouvernement n’ont pas eu de suite.

Depuis 2014, plusieurs localités de l’Extrême-Nord sont touchées par les attaques de la secte islamiste-Boko-Haram. Ce sont les villages de Vreket, Gouzoudou, Krawa-Mafa, Nguetchewe dans le Mayo-Tsanaga qui paient principalement un lourd tribut. Les arrondissements de Kolofata, Fotokol, Waza dans le Logone et Chari en sont aussi victimes. Les Nations Unies rapportent que les exactions de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad a coûté la vie à plus 30 000 personnes et en a déplacé plus de 3 millions d’autres.

Jean BESANE MANGAM

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