Cameroun : Une importante proportion des élèves ne sait pas lire au CM2
A l’école. Il faut mettre un accent sur la lecture et les calculs

Cameroun : Une importante proportion des élèves ne sait pas lire au CM2

La situation est alarmante dans les Zones d’éducation prioritaire, indique une étude de l’INS des élèves du CM2 qui ne savent pas lire. Ces faibles performances en lecture chez les élèves en fin de cycle primaire, sont  élevées dans le sous-système francophone. Le corps enseignant accuse la nouvelle pédagogie appliquée au Cameroun. 

« Parmi les enfants qui achèvent le cycle primaire, une importante proportion n’acquiert pas les compétences requises en lecture et en mathématique quel que soit le sous- système d’enseignement considéré », peut-on lire dans le rapport d’analyse de l’Annuaire statistique du secteur de l’éducation et de la formation au Cameroun de 2022, publié par l’Institut national de la statistique (Ins).

Dans cette analyse comparative des indicateurs clés à la lumière de l’Odd4, qui montre que le niveau d’acquisition des compétences dans ces deux disciplines fondamentales chez les élèves en fin du cycle primaire reste préoccupant, le problème se pose avec acuité dans le sous-système francophone des élèves du CM2 qui ne savent pas lire. Il a une proportion de 56% d’élèves dont les performances en français sont en dessous du seuil acceptable au CM2, et en mathématiques, il enregistre un pourcentage de 87%.

Même si les pourcentages sont moins élevés au sous-système anglophone, la situation n’est non plus reluisante avec 26% des élèves en dessous du seuil acceptable en class 6 en « English » et 53% en « Mathematics » des élèves du CM2 qui ne savent pas lire. Un constat alarmant dans les Zone d’éducation prioritaire (ZEP). Dans le sous-système francophone de cette zone, les proportions d’élèves en dessous du seuil souhaitable sont de 79% et 97% respectivement en français et en mathématiques. Au niveau du sous-système anglophone, ces proportions sont de 54% en « English » et 84% en « Mathematics ».

« Le rapport PASEC2019 souligne que l’environnement scolaire (plus de la moitié de la variance expliquée) se révèle comme un facteur important expliquant les faibles performances observées chez les élèves », justifie l’Ins. De nombreuses lacunes que Marie Olinga, institutrice impute à la nouvelle pédagogie. « Aujourd’hui, l’essentiel c’est que l’enfant obtienne son Certificat d’études primaires, or auparavant, on pouvait reprendre une classe jusqu’à cinq fois chose qui n’est plus possible car le système prévoit que l’enfant ne reprenne qu’une fois un niveau d’études », explique cette maitresse du Cours moyen deuxième année (CM2) des élèves du CM2 qui ne savent pas lire.  Claude Ombolo Aliguena, un autre instituteur, ajoute : « Il y a aussi la pratique de la mauvaise promotion collective qui peut expliquer ce faible niveau des élèves et pourtant elle n’est possible qu’à un seul niveau de formation. Elle prévoit en envoyant les élèves en classe supérieure malgré tout ».

La pratique était bien différente il y’a quelques années. « Avant ne pouvait aller en classe supérieure que celui qui savait lire et écrire, les épreuves étaient totalement écrites. Maintenant, il y a des rubriques qui facilitent à l’enfant d’aller en classe supérieure », déplore à son tour Rachel Judith Kamga, une maîtresse des parents.  Tenez par exemple, illustre cette institutrice, « une seule sous discipline a l’écrit, la pratique, l’oral, et le savoir-être. L’oral a le plus souvent plus de points que l’écrit. Sur une épreuve de 40 points par exemple, l’oral est noté sur 15, l’écrit sur 12 et le savoir-être sur 8 des élèves du CM2 qui ne savent pas lire. Dans ce cas, si l’enfant s’est bien exprimé, il se retrouve avec une note de 15/15 ; s’il n’a rien écrit, il a 00 et s’il se comporte bien en classe, on lui donne 06 et là il a déjà la moyenne sur 30 et pourtant il ne sait lire ni écrire ».

Pour expliquer ce phénomène, Emanuel Thobie Mbassi Ondoa, membre de la Cameroon Education For All Network (CEFAN) indexe la difficulté d’avoir accès au manuel scolaire des élèves du CM2 qui ne savent pas lire. « Il faut une politique de généralité de la gratuité du livre car l’enfant qui n’a pas de livre ne peut pas apprendre à lire et celui qui n’a pas de livre de calcul ne peut faire de calcul. La deuxième chose, il faut agir au niveau des enseignants en leur garantissant de bonnes conditions de vie et de travail et enfin, il faut revoir les pédagogies de calcul et de lecture en s’interrogeant sur leur efficacité » recommande-t-il.

Mélanie Ambombo

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