Covid-19 : Controverse autour de la gestion des dépouilles au Cameroun
Une vue de l'hopital Laquintinie de Douala

Les familles des victimes dénoncent la profanation des corps, le conseil scientifique plaide pour l’inhumation par le personnel technique dans moins de 48 heures, et souhaite que la famille soit autorisée à voir la dépouille.

Appuyé le dos contre la porte, les bras croisés sur sa poitrine, Idrice porte encore le deuil de son père. Cet habitant du quartier Bepanda, dans l’arrondissement de Douala 5e n’a pas pu participer à l’enterrement de son géniteur Martin Takeunwa, âgé de 66 ans « présumé mort du Covid-19 », au cimetière de Ngodi à Akwa dans l’arrondissement de Douala 1er. « Mon père a rendu l’âme le 31 avril de suite de crise cardiaque à la clinique Saint-Joseph de Bonamoussadi.  C’est lorsqu’il décède, que le médecin nous présente son dossier médical où est inscrit cas suspect du Covid-19 », se souvient Idrice.

A Douala, qui est la deuxième ville la plus touchée par la pandémie du Covid-19 au Cameroun, avec 1856 cas confirmés et 71 décès, d’après le « rapport de situation du Covid-19 N°32 » du Ministère de la Santé Publique, la gestion des corps Covid-19 est objet de controverse. Les familles dénoncent une profanation de leurs corps et remettent en question le diagnostic et le genre de mort.

« Notre mère est morte le 8 juin à l’hôpital Laquintinie. Elle ne présentait aucun signe du Covid-19. Nous avons demandé le document qui atteste qu’elle est décédée de suite du covid-19, ils n’ont pas présenté.  Nous avons réclamé le corps de notre maman en vain », témoigne les proches de Siépo Manga, décédée à l’âge de 75 ans. Cette famille porte la double douleur d’avoir, non seulement perdu leur mère, mais également de ne lui avoir pas rendue un dernier hommage. Une décision du corps médical, qui a créé une altercation sanglante, maitrisée par les forces de maintien de l’ordre.

500 000F.Cfa

Au cœur de cette controverse autour des morts du Covid-19, certains proches des défunts dénoncent les abus subis dans certains établissements sanitaires. Selon la famille, Casmin Tangoudjap, âgé de 63 ans, décédé le 6 mai dernier à l’hôpital Laquintinie, a été enterré à l’immédiat sans aucune preuve qu’il soit atteint du Covid-19.  Une proche du défunt explique que les résultats des examens effectués pour confirmation, ont révélé qu’il était testé négatif au Covid-19, alors qu’il avait déjà été inhumé.  « Les résultats du scanner qu’il avait effectué dans une clinique ont montré que l’un de ses poumons était perforé à 90%, à cause du tabac. Après son décès, les médecins de l’hôpital Laquitinie ont réclamé 500 000 F. Cfa, pour inhumer le corps. Nous avons finalement après négociation, payé 200 000 F. Cfa pour le cercueil et 200 000 F. Cfa pour les frais d’inhumation », affirme-t-elle.

Face à cette controverse sur la gestion du corps des patients décédés des suites de Covid-19, le Conseil Scientifique des urgences de santé publique recommande dans un communiqué publié le 22 mai 2020, que les corps Covid-19 « soient inhumés dans un délai n’excédant pas 48 heures, par les personnels techniques formés et protégés conformément aux procédures standards en la matière, dans la ville de survenance du décès, au domicile familial, s’il y est situé ou dans le cimetière public. Dans le cas contraire, que le transfert de la dépouille en dehors de la ville de survenance de décès soit proscrit ».

Toutefois, cet organe souligne que « les familles préalablement et dûment informées de la cause du décès, soient autorisées à voir le corps, sans contact physique, avant toute mise en bière et à assister en nombre restreint à l’inhumation, dans le respect des précautions standards ». Qu’en outre, « les corps placés dans un cercueil hermétique, fermé et zingué, avec ou sans vitre encastrées permettant à la famille de voir le visage du défunt, soit enterré dans le respect de la dignité humaine et de leurs traditions culturelles et religieuses, n’impliquant pas de contact physique, par les services de la mairie et de l’hôpital du lieu de décès ».

Cédric Kengne (stagiaire)

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