Arrivées dans cette partie du pays dans des conditions déplorables suite à la lutte armée entre les forces de défense et les sécessionnistes, elles sont des centaines sans repère, dissimilées au sein de la population.   

C’est dans des conditions pénibles que Mama Theresia Azishi, originaire du village Awing dans l’arrondissement de Santa, région du Nord-Ouest, âgée de 65 ans s’est trouvée à Bertoua chef-lieu de la région de l’Est depuis près de 15 mois. « Quand le conflit armé entre les sécessionnistes et les forces de défense a pris une ampleur meurtrière, mes enfants m’ont demandé de quitter le village, frontalier avec le village Baligham où il y avait des fusillades. J’étais obligée de marcher dans la brousse pendant 3 heures pour trouver un véhicule. J’ai dû débourser la somme de 2000 F Cfa au lieu de 1000 F Cfa pour arriver à Mbouda dans la région de l’Ouest. De Mbouda, j’ai payé 3500 F Cfa pour arriver à Yaoundé où ma fille avait pris des dispositions pour que j’arrive à Bertoua », relate cette mère.

Depuis son arrivée à Bertoua, dit-elle, les choses sont extrêmement difficiles. Car sa fille, une fonctionnaire ordinaire doit se battre pour subvenir à ses besoins alimentaires et médicaux, adaptés à son état de santé. « A Bertoua, je sors de la maison uniquement pour me rendre à l’hôpital puisque j’ai les douleurs aux reins et je n’ai pas encore réussi à rencontrer un spécialiste depuis décembre ».

A l’Est Cameroun, elles sont plus d’une centaine, ces femmes victimes de la crise sécuritaire qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis 2016. Elles vivent dans des conditions précaires. C’est le cas d’Evelyne Manka’a, originaire de Bafut dans la Mezam, reconvertie en vendeuse à la sauvette au marché central de Bertoua. « Je me débrouille en vendant chaque jour. Je n’ai personne à Bertoua, j’habite avec mes deux sœurs dans une chambre au quartier Bodomo », déclare-t-elle. Vivian Linyu, originaire de Banso pour subvenir à ses besoins, a loué une véranda au quartier Haoussa de Bertoua pour installer son atelier de couture.

Certaines sont employées comme des ouvriers agricoles dans des plantations. « Nous avons recruté une quinzaine des jeunes filles anglophone dans nos plantations de cacao à Kouba (localité située à environ 15 kilomètres de Bertoua sur la route de Garoua-Boulaï ; ndlr), affirme un opérateur économique sous anonymat.  Dans la ville de Belabo et selon Emmanuel Mundi, Censeur au lycée de Belabo qui encadrent certaines victimes, plusieurs filles déplacées internes survivent grâce aux petits métiers. « Il y a une qui travaille dans un restaurant pour un salaire mensuel de 20.000 F CFA, l’autre se bat pour produire le yaourt comme elle faisait à Bamenda et vendre à la sauvette. Les deux avouent être arrivées à Belabo par train »

Statistiques

Au stade actuel, le nombre exact des femmes déplacées de la zone anglophone et établies dans la région de l’Est n’est pas connu. Au niveau de la délégation régionale des Affaires sociales de l’Est, 2892 déplacés internes dont 337 enfants ont été recensés à la fin de l’année 2019. « Une deuxième phase de recensement à été lancée et les délégations départementales ont été saisies à cet effet, c’est au terme de cette phase que nous pouvons avoir des statistiques actualisées pour chaque catégorie », explique une source du MINAS.

Les raisons sont les mêmes à la délégation régionale de la Promotion de la femme et la famille. « Nous n’avons pas une idée exacte du nombre des femmes déplacées interne. Nous attendons les résultats de la commission régionale de recensement », explique Adeline Expérence Bidjeka Aman, délégué régional. Au niveau de la « Presbyterian Church in Cameroon (PCC), Bertoua Congregation », environs 30 femmes fidèles déplacées ont été recensées.

A la paroisse anglophone Holy Ghost de l’église catholique, le catéchiste Ivo Fonkem, indique qu’« environ 200 familles des déplacés internes ont été récences avec un nombre important des femmes ». Le 06 mars dernier, lors d’un atelier sur les violences en milieux scolaire et au sein des populations déplacées, Paul Eyong, Proviseur du lycée bilingue de Bertoua, le plus grand établissement scolaire de l’Est a affirmé qu’« avec un effectif de 6522 élèves inscrits cette année, 720 sont des déplacés internes dont la majorité est constituée des jeunes filles en quête d’avenir ».

Accompagnement

Dissimilées au sein de la population dans différentes villes de l’Est, les déplacées des deux régions anglophones vivent des petites activités génératrices de revenu, pour les plus chanceuses. Elles sont en effet, encore nombreuses dans les rues de Bertoua qui sont en quête d’un emploi, même domestique. Au cours de la 35ème édition de la journée internationale de la femme célébrée sous le thème : « promotion de l’égalité et protection des droits de la femme à l’horizon 2020, dresser le bilan des actions menées, fixer un nouveau cap », la délégation régionale du MINPROFF a offert des dons des produits alimentaires et vestimentaires à une cinquantaine de femme vulnérables parmi lesquelles 6 déplacées de la crise anglophone.

En plus, soutient le délégué régional, « un appui en fonds pour le commerce du bois a été offert à l’une des déplacées ». Adeline Expérence Bidjeka Aman indique qu’en attendant les résultats du recensement régional pour avoir une idée du nombre exacte et les besoins de ces déplacées internes, la délégation est ouverte à toutes celles qui peuvent bénéficier des services tels que « la promotion sociale de la femme et du genre, la promotion économique de la femme et la promotion et protection des droits de la femme et la famille ». Mais le plus difficile pour ces femmes, est leur intégration dans la communauté locale. Une difficulté liée la langue et la stigmatisation dont elles sont victimes.

Sebastian Chi Elvido

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