Etat civil : Plus de 140.000 élèves sans actes de naissance à l’Est
remise des actes de naissance aux enfants Baka[519]

L’ignorance des parents à déclarer la naissance de leurs enfants, le manque des Centres d’Etat civil et la carence du personnel qualifié sont à l’origine de ce fléau qui affecte près de 46,3% des enfants scolarisés dans cette région.

« J’ai compris qu’il est important d’aller à l’école. Je suis en train de sensibiliser les parents Baka de ma communauté, de déclarer la naissance de leurs enfants afin que ceux-ci puisent obtenir les actes de naissance et aller à l’école comme moi », affirme Jeannette Nanala, une députée junior de 13 ans. Issue du groupe vulnérable autochtone Baka dans la région de l’Est Cameroun, cette élève en classe de 5e au lycée de Salapoumbé dans le département de la Boumba-et-Ngoko à l’Est, est bénéficiaire d’une bourse d’excellence scolaire offerte par le ministère des Affaires sociales.
Consciente du fait que plusieurs enfants Baka ne fréquentent pas et ne possèdent pas les actes de naissance, Jeannette Nanala s’est engagée de parcourir les 40 communautés pygmée de sa localité pour sensibiliser les parents à déclarer les naissances de leurs enfants malgré le niveau d’enclavement de la zone. Comme les Baka, les enfants Bororo, un autre groupe marginalisé, sont confrontés aux mêmes problèmes, liés à l’absence des actes de naissance.

Selon Eugène Christian Bindji, Chef d’Agence régional du Bureau National d’Etat Civil (BUNEC), « la région de l’Est occupe le 9è rang en matière de déclaration de naissance au Cameroun ». Cette situation, explique-il est liée à l’ignorance des populations sur le système d’accès à l’Etat civil d’une part, et d’autre part à la négligence des parents à se conformer à la règlementation en vigueur. En outre, les acteurs de la société civile soutiennent qu’ « il y a un déficit des Centres d’Etat civil et de personnel qualifié dans les Centres existants, car l’établissement des actes de naissance nécessite des aptitudes spéciales ». Comme conséquence, beaucoup d’enfants grandissent sans avoir ce document qui représente l’identité, la manifestation de l’existence et de la nationalité d’un individu.

Education de base

Une enquête réalisée par la Délégation régionale de l’Education de Base pour l’Est pendant l’année scolaire 2018-2019 révèle que, « sur les 305.467 élèves inscrits au niveau du primaire et maternelle dans l’ensemble des établissements scolaires de la région, 46,3%, soit plus de 140.000 élèves ne disposaient pas d’actes de naissance ». Une situation regrettable selon Julien Minkoulou, Chef service de la carte scolaire, du sport et des activités postes et périscolaires à la Délégation régionale de l’Education de Base qui explique que, plusieurs élèves dans cette situation qui étaient en classe de Cour moyenne 2 n’ont pas présenté l’examen du Certificat d’études primaires (CEP) en 2018 et 2019 pour défaut d’acte de naissance.

Pourtant, le Cameroun a ratifié la Convention relative aux Droits de l’enfant (CDE) en Janvier 1993 et la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’enfant (CADBEE) en 1996. Ces deux instruments juridiques internationaux engagent les Etats parties à développer au plan national, des mécanismes de participation des enfants en vue de la prise en compte de leurs opinions sur les questions les concernant.

Campagne
Pour renverser cette tendance à l’Est, l’Agence des Nations Unies pour l’enfance (l’UNICEF) a lancé la campagne « pour chaque enfant, un acte de naissance ». A cet effet, 40 députés juniors ont été formés afin de renforcer la participation des adolescents au processus de sensibilisation. Dans la même logique, plusieurs acteurs de la société civile sont en train de mener une bataille pour que les nombreuses personnes notamment les enfants sans acte de naissance obtiennent ce précieux document.
C’est le cas de la Fondation Ngolla pour le développement (FONGODEV). A travers ses agents de mobilisation, 1334 actes de naissance ont été établis après les jugements supplétifs et distribués par la Commune d’Arrondissement de Bertoua 2e et 2107 actes de naissance au niveau de la Commune de Bétaré-Oya, tous dans le département du Lom-et-Djerem. A en croire le président de cette Fondation, Jean Didier Mbellé Ngolla cette action vise « à mobiliser toute la communauté à prendre conscience de la nécessité de posséder un acte de naissance qui passe par la déclaration de naissance pour le nouveau né et le jugement supplétif pour ceux qui ont raté la procédure normale ». Le BUNEC précise d’ailleurs que seuls les Camerounais qui possèdent un acte de naissance régulièrement établi pourront figurer dans le fichier national informatisé d’Etat civil dont le BUNEC est entrain de mettre en place ».

Par Sébastian Chi Elvido à Bertoua

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