Filière avicole : Pénurie des intrants importés et des œufs à couver à l’Est

Malgré la hausse de la production des poulets de 302.531 têtes en 2019 à 318.770 têtes en 2020, l’apparition de la Covid-19 et de la grippe aviaire dans les pays d’Europe et d’Asie ayant des échanges commerciaux le Cameroun a entrainé la rareté de la matière première.

Germaine Essone, propriétaire d’une ferme à Bertoua, dans la région de l’Est, ne sait plus à quel saint se vouer après avoir vendu tout son cheptel pendant la période de fête du Ramadan au mois de mai 2021. A en croire cette avicultrice, « l’apparition de la Covid et des cas de grippe aviaire en Occident et en Asie, et la décision du gouvernement d’interdire provisoirement les importations des poussins d’un jour et des œufs à couver des pays touchés a entrainé la rareté de intrants importés, sujets de spéculations sur le marché local ».

Le pire souligne-t-elle, « c’est que notre région ne dispose pas de couvoir pour booster la production locale. Tous les poussins d’un jour proviennent des régions du Centre et de l’Ouest ». Quand on sait que seule la population de la ville de Bertoua consomme environ 700 à 1000 poulets par jour, selon les estimations des aviculteurs, on peut comprendre le courroux et le manque à gagner de certains d’entre eux en ce moment. Cette pénurie des intrants et des œufs à couver a également pour conséquence la hausse des prix du poulet dans les marchés de la région. A Bertoua la cité capitale par exemple, les prix des poulets de chair varient actuellement entre 3500 et 7000 francs Cfa, en fonction de la grosseur.

Une situation qui pénalise davantage ce secteur d’activité après les mesures de restrictions prises par le gouvernement telles que la fermeture des restaurants et des débits de boissons dès 18 heures, ou encore l’interdiction des cérémonies et autres banquets regroupant plus de 50 personnes, qui ont, en pleine période de pandémie de Covid-19, négativement impactées la filière avicole. « Nous étions obligés de liquider tout. Trois œufs à 100 F Cfa et parfois un poulet de 50 à 60 semaines à 2000 F Cfa pour amortir les crédits », précise un aviculteur qui chiffre ses pertes en termes de bénéfice à près de deux millions F. Cfa.

Production

L’aviculture est pourtant en plein essor dans la région de l’Est. En effet, les jeunes y investissent de plus en plus, comme dans bien d’autres régions du pays. Ces aviculteurs pratiquent l’aviculture villageoise, basée sur l’élevage de races locale suivant un système extensif, et l’aviculture « moderne », basée sur l’élevage de races importées ou poulets de chair.

Les deux se pratiquent aussi bien en zone rurale qu’en zone urbaine. La production est consommée localement et exporté vers des pays voisins. « Les poulets et les œufs produits à l’Est, se vendent en République Centrafricaine, au Congo-Brazzaville et même au Tchad voisin », renseigne une source à la délégation régionale de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA).

Selon cette source, « en 2019, en ce qui concerne l’aviculture moderne, l’Est a produit 10 millions 291 mille 582 œufs, et 22 millions 426 mille 665 œufs en 2020. Pour ce qui est du poulet de chair, en 2019, l’Est a produit 302 mille 531 têtes et 318 mille 770 en 2020, soit une quantité de viande de 56,86 tonnes. »  Elle souligne qu’en termes de montage des projets économiques dans cette région, la filière avicole vient en tête depuis quelques années.

Financement

A écouter les aviculteurs, nombreux sont particulièrement vulnérables du fait de l’émergence et de la persistance des certaines épizooties. Ceux qui n’ont pas accès aux financements des programmes du ministère de l’Elevage, des pêches et des industries animales, à l’instar d’Afop, Acefa ou du Prodel, se rabattent sans espoir sur les institutions de microfinances où les conditions de financement ne sont pas toujours appropriées. Certains déplorent le taux d’intérêt élevé, le remboursement des investissements sur une courte période, l’exigence des garanties etc.

Le foncier n’est pas en reste. C’est un autre facteur qui freine le développement de la filière. En zone périurbaine, il n’est pas évident de se déplacer régulièrement. Les « aviculteurs itinérants » sont dans l’obligation de se réinvestir sans cesse dans leur activité, avant même que leurs derniers investissements ne soient rentabilisés. « Avec mes nombreuses occupations en ville, je ne pouvais pas tout le temps être dans ma ferme située à 20 km de Bertoua. J’ai donc décidé d’embaucher un jeune du village pour non seulement prendre soin des volailles, mais aussi pour la sécurité. Ajouter à cela l’achat d’un groupe électrogène et le carburant pour pallier au déficit énergétique », explique Massa Robert, propriétaire d’une ferme avicole.

A l’Est, l’aviculture fait également face au problème d’expertise technique. Les pertes parfois enregistrées se chiffrent en termes de millions de francs Cfa selon les aviculteurs. Très souvent, leurs employés sont recrutés sans formation préalable. Un véritable défi qu’essaye de relever la délégation régionale du Minepia pour professionnaliser la filière.

 

Ange-Gabriel OLINGA BENG à l’Est 

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