L’an 1 de Paul Biya aura été marqué par des pressions internes et externes

Comme à son habitude, il aura utilisé sa ruse habituelle parfois pour déjouer les pronostics, parfois pour prendre au dépourvu l’opinion, laissant tout le monde sur sa faim.

Dans tous les cas, le président Biya semble vivre un état de grâce, lui qui a fait l’objet de diverses pressions diplomatiques et citoyennes demandant l’ouverture d’un dialogue en vue d’un retour au calme dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et, plus généralement, d’une décrispation du climat sociopolitique.

A l’entame de son nouveau mandat, Paul Biya avait fait le choix de la méthode forte, jaloux de l’autorité de l’Etat, confortant ses collaborateurs extrémistes qu’il a d’ailleurs maintenus en fonction. Dans son discours d’investiture, puis dans son adresse le 31 décembre 2018 et son allocution à la jeunesse le 11 février 2019, le président a demandé aux groupes armés de se rendre et leur a opposé « la rigueur de la loi » et « la détermination de nos forces de défense et de sécurité ». Dans cette logique, les leaders séparatistes dont Ayuk Tabe Sissiku ont été condamnés à vie au mois d’août.

Mais jamais cette méthode forte n’aura arrêté les combats. En 2019, l’école n’a toujours pas repris, les élections législatives et municipales ont été reportées alors qu’elles auraient dû se tenir depuis 2018. Le gouvernement s’est résolu à déclarer les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord « économiquement sinistrées ». La pression internationale s’est faite plus grande après l’arrestation de Maurice Kamto et ses partisans. Aux appels de l’Onu, du Commonwealth, de la Francophonie et de l’Union Africaine, se sont ajoutées les sorties parfois peu diplomatiques des Etats-Unis et de l’Union Européenne.

Avant sa visite au Cameroun les 17 et 18 mars, le sous-secrétaire d’Etat américain en charge des affaires africaines, Tibor Nagy, avait déclaré « insuffisantes et inefficaces » les mesures prises par le gouvernement camerounais. Au rang des mesures d’apaisement décidées au lendemain du 6 novembre 2018, il y a la libération de 289 détenus de la crise anglophone ainsi que la création du Comité de désarmement, de démobilisation et de réintégration (CDDE) dirigé par un Anglophone, à savoir l’ex-gouverneur Francis Fai Yengo.

Voici que le 10 septembre, le président a enfin pris la parole dans une adresse spéciale à la nation dédiée à la crise anglophone. Jusque-là, aucun débat n’avait été possible au Parlement malgré les demandes formulées par les partis politiques de l’opposition et la société civile. Le président a donc fini par convoquer le Grand Dialogue National qui s’est tenu du 30 septembre au 4 octobre au Palais des Congres de Yaoundé sous la présidence du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, en l’absence de certains partis politiques comme le MRC et des groupes armés. Des combattants sont venus déposer les armes, mais les massacres n’ont guère cessé.

Plusieurs mesures sont à mettre à l’actif du GDN, notamment la libération de 333 prisonniers de la crise anglophone puis l’arrêt des poursuites qui continue d’être prononcée en faveur des personnes arrêtées dans le cadre des marches du MRC. Au dernier pointage effectué le 29 octobre, Il ne restait plus que 15 détenus dont Mamadou Mota. Quelques 300 faisaient l’objet de poursuites judiciaires. Pas moins de 700 prisonniers anglophones ont déjà été libérés depuis le déclenchement de la crise en 2016. Mais il reste encore autant de personnes derrière les barreaux, selon l’avocat Agbor Balla, le directeur du Centre de Recherche sur la Démocratie et les Droits de l’Homme en Afrique (CRDHA), qui fut lui aussi emprisonné en tant que leader des premières contestations.

Engagements

Le sort de la guerre est peut-être suspendu aux recommandations envoyées au président de la République au lendemain du GDN. Paul Biya doit se souvenir de son engagement au début de ce septennat qu’il a placé sous le signe des grandes opportunités :« conscients que la finalité de la démocratie est d’apporter au plus grand nombre des conditions de vie aussi bonnes que possible et une véritable égalité des chances, je persisterai à consacrer tous mes efforts :

– à favoriser la relance de la croissance économique, créatrice d’emplois, notamment pour les jeunes, et susceptible d’améliorer le pouvoir d’achat ;

– à promouvoir le rôle des femmes dans notre société ;

– à faciliter l’intégration sociale des jeunes en développant encore davantage notre système éducatif, à tous les niveaux, et en mettant l’accent sur la professionnalisation ;

– à lutter contre l’exclusion, notamment par une meilleure protection des personnes vivant avec un handicap ;

– à améliorer l’accès aux services publics de l’eau potable et de l’électricité ;

– à renforcer notre système de santé, en ouvrant de nouveaux hôpitaux et en finalisant un dispositif de sécurité sociale efficace ;

– à mettre en valeur une politique d’habitat social digne de ce nom ;

– à valoriser notre patrimoine culturel ;

– et enfin à apporter au secteur sportif le soutien qu’il mérite, pour que les efforts que nous avons consentis pour accueillir la CAN 2019 reçoivent leur juste récompense. »

Quelques chiffres de la première année du septennat

Sur les marches blanches du Mrc

Environ 500 personnes arrêtées

Environ 300 personnes emprisonnées

15 personnes encore détenues

Sur la crise anglophone

622 personnes libérées en un an

Environ 700 libérées depuis 2016

Environ 700 personnes encore détenues

Voyages du président à l’étranger

2 voyages effectués : Genève et Lyon

2 voyages annulés : Japon et Russie

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