« Le vaccin ne remplace pas les gestes barrières, car il ne limite pas la transmission du virus. »
Pr Yap Boum II, épidemiologiste

Pr Yap Boum II, épidémiologiste et responsable adjoint de la section recherche opérationnelle du Centre des opérations d’urgence de santé publique (Cousp) qui coordonne la riposte de la Covid-19 éclaire sur le rôle et l’apport du vaccin de la Covid-19.

Alors que la situation actuelle de la Covid-19 semble moins préoccupante qu’en juin et juillet, comment expliquer les récents chiffres du ministre de la Santé, soit plus de 1 500 nouveaux contaminés en une semaine ?

En réalité, en juin et juillet nous avons eu des semaines avec plus que cela surtout au pic de l’épidémie. Par contre nous n’avions pas vu cela depuis longtemps. Ce qui confirme bien cette deuxième vague. Cependant il faut être très prudent car nous n’avons pas encore atteint le pic de cette nouvelle vague et l’impact du Chan pourra se vérifier dans les prochaines semaines.

Quelle serait la nécessité du vaccin dans ce cas ?

Les vaccins actuels ont pour principal objectif de limiter les formes sévères de la Covid-19. Ce qui a pour intérêt d’une part d’éviter que nos centres de prise en charge Covid-19 et hôpitaux soient saturés comme c’est le cas dans les pays comme le Mali ou le Mozambique. D’autre part et même si les chiffres sont relativement bas il faut éviter les décès. Nous en avons vu la semaine dernière encore, et même parmi le personnel de santé. Dans un cas comme dans l’autre, le vaccin pourra nous être utile d’une part pour protéger les individus des formes sévères de la Covid-19 et d’autre part pour protéger notre système de santé avec en plus le risque de la découverte de nouveaux variants du virus dans divers pays africains.

Serait-ce le meilleur choix pour le Cameroun ?

Il y’a plusieurs vaccins disponibles à ce jour. On distingue ceux de Pfizer et Moderna qui ont une très bonne efficacité (près de 95%) mais nécessitent des ultra congélateurs capables de les conserver à des températures très basses de -70C pour celui de Pfizer et -20C pour le second. C’est donc un défi logistique majeur. Il y a aussi celui d’Astra Zeneca celui des russes spoutnik V et celui des Chinois Sinopharm qui ont une efficacité moindre que les deux premiers (supérieure au 50% recommandé par l’OMS) mais plus faciles à distribuer car ils n’ont pas les mêmes contraintes logistiques.

De plus ils n’ont pas la même efficacité sur les nouveaux variants notamment celui qui est le plus fréquent en Afrique du Sud. Il nous faudra donc décider en fonction de la disponibilité des dits vaccins lesquels nous pourront avoir afin d’affiner notre stratégie. On pourrait par exemple réserver les vaccins les plus efficaces aux personnes les plus à risque du fait le leur âge élevé et leurs comorbidités, et réserver les moins efficaces pour les autres cibles qui sont aussi prioritaires mais moins à risque comme les travailleurs de santé. Ceci dit c’est très évolutif. L’Afrique du Sud vient par exemple de suspendre la distribution du vaccin Astra Zeneca dont les résultats sont limités sur le variant du virus qui circule majoritairement dans leur pays. Les enquêtes de séroprévalence qui montrent les populations qui ont été exposées au virus et le séquençage qui identifie les variants circulant dans notre pays seront d’une importance capitale pour ajuster nos stratégies vaccinales.

 La mise en œuvre de ce vaccin serait-elle le résultat d’une politique mise en place par les industries pharmaceutiques ?

La mise en œuvre des vaccins dans le pays dépend avant tout du ministère de la Santé Publique et des organes de prise en charge de la Covid-19 (Cousp) du programme élargi de vaccination et des groupes techniques de vaccination. Ils définissent les stratégies qui bien sûre seront fonction des disponibilités des vaccins et de l’évolution de la pandémie dans notre pays.

Le vaccin est-il le seul moyen pour éradiquer la pandémie ?

Le vaccin est loin d’être la panacée. C’est un outil qui vient supporter tout un dispositif d’autant plus qu’il ne limite pas la transmission du virus mais prévient principalement la survenue de formes sévères de la maladie ce qui n’est pas du tout  négligeable. Par contre le respect des règles de distanciation sociale tel que le port du masque et le lavage des mains est la clé pour limiter la transmission du virus. Malheureusement nos populations n’en tiennent plus compte probablement parce que le nombre de formes sévères et de décès est relativement bas en comparaison aux autres pays. Ce qui est dommage car nous voyons des décès de jeunes personnes de suite de Covid-19. Cela reste une inquiétante réalité en plus de ces nouveaux variants dont nous ne savons pas tout. Il faut se mobiliser à nouveau car c’est l’engagement de la communauté qui est la clé de la fin de cette pandémie.

 Le vaccin permettra-t-il de se déplacer librement sans masque, bref sans plus observer les mesures barrières ?

Non pas du tout. Le vaccin ne remplace pas les gestes barrières, car il ne limite pas la transmission du virus. Il protège les patients des formes sévères et le système de santé de saturation. Pour limiter la transmission du virus il est indispensable de respecter les règles barrières !!!

Quels seraient les avantages et les inconvénients de ce vaccin au Cameroun ? 

Le challenge de la vaccination sera l’adhésion des populations. Nous avons de plus en plus de difficultés pour l’administration de certains vaccins et ce contexte pourra s’avérer difficile pour l’implémentation du vaccin Covid-19. Il nous faudra un engagement communautaire important sachant que la vaccination sera tout d’abord ciblée vers les populations les plus à risque. Le plus important est aujourd’hui la préparation et non la précipitation vers ces vaccins. Et dans cette préparation la communication jouera un rôle prépondérant

Ce vaccin deviendra-il une routine pour une meilleure efficacité ?

Seule l’évolution de la pandémie pourra nous le dire.

Sera-t-il disponible gratuitement ?

Le Cameroun permet jusqu’à présent la gratuité des tests pour la Covid-19.  Ce qui est une particularité importante qu’il faut noter. Plusieurs pays ont des tests dont les prix vont des fois au-delà de 50 000 F Cfa. De même je pense que les vaccins s’inscrivent dans la même stratégie de la riposte et seront gratuits afin de protéger au mieux notre population et s’assurer que personne ne soit laisser de côté pour des raisons économiques.

Propos recueillis par Michèle EBONGUE

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