Dr. Vanessa Kouatchouang : « Pour l’instant, il n’y a aucune résistance à ce bacille »
Dr. Vanessa Kouatchouang, épidémiologiste

L’épidémiologiste revient sur les voies de transmission de la lèpre et des conséquences de la prise en charge tardive de cette maladie.

C’est quoi la lèpre ?

C’est une maladie infectieuse chronique provoquée par la bactérie du bacille de Mycobacterium leprae. Les symptômes de cette infection touchent beaucoup plus la peau, les yeux, le système nerveux périphérique et les voies respiratoires. Ces derniers apparaissent généralement après 5 ans surtout après la contamination.

Comment la contracte-t-on ?

Il faudra noter que le bacille qui est responsable de la lèpre est proche de celui de la tuberculose, et jusqu’à présent, l’homme est considéré comme le seul réservoir de la maladie. Toutefois, certains animaux sauvages tels que des écureuils dans certaines régions du monde ont été retrouvé porteur de la maladie. La lèpre se transmet d’homme à homme, elle peut se contracter à tout âge, quel que soit le sexe de l’individu. La bactérie se retrouve dans des sécrétions telles que la salive ou la morve. Elle peut donc être transmise par contact direct, notamment des postillons, une toux, un éternuement, ou un direct par intermédiaire des objets contaminés, les poignées de portes, les chaises, le sol (…). Contrairement aux idées reçues, la lèpre est une maladie peu contagieuse, et sa transmission se réalise souvent par un contact très étroit pendant des semaines, des mois ou des années. C’est pour cela que des individus qui ont une réponse immunitaire très efficace peuvent conduire à l’élimination de la bactérie en cas d’exposition, et ne pas faire de la maladie. Il est donc rare d’attraper la lèpre lors d’un voyage dans des régions du monde les plus arides.

A quels moments doit-on se faire consulter ?

Toutefois, à cause du temps d’incubation de l’infection, qui dit plusieurs années, environ 5ans, les porteurs asymptomatiques peuvent transmettre la maladie. Ce qui rend son élimination difficile à l’échelle mondiale. La durée de l’incubation de la lèpre est de 5 ans en moyenne, après l’infection. C’est à ce moment-là qu’on peut voir les manifestations des premiers signes cliniques. Parce qu’il faut savoir que les premiers signes cliniques de la lèpre apparaissent après 5 ans, et les 2e apparaissent environ 10 ans après l’infection. Mais les premiers signes cliniques peuvent être les lésions cutanées. Ce qu’on ressent le plus souvent, qui se caractérise par l’apparition de plusieurs taches sur la peau. Ces taches de couleurs différentes de celles qu’on a l’habitude d’avoir sur la peau. On peut les retrouver partout sur le corps. Elles ne démangent pas, et sont insensibles au touché. Des fois on peut ressentir aussi des picotements dans les mains et les pieds. Ces sensations apparaissent de temps en temps, et parfois perdurent. Au-delà de 10 ans, on a donc des signes qui apparaissent dans le second temps. C’est souvent plus une atteinte nerveuse, c’est-à-dire des paralysies, des troubles digestifs et respiratoires. On a subitement une perte de sensibilité qui entraine des blessures et des plaies indolores, qui sont difficile à cicatriser. Notamment au niveau des mains et des pieds, des atteintes des nerfs moteurs qui peuvent entrainer des paralysies notamment au niveau des mains et des paupières. Et souvent après 15 ans, les patients non traités risquent l’imputation et une infirmité ou encore une cécité, selon des experts. Il est donc important de déceler les premiers signes de la maladie, et de la traiter avant qu’elle ne cause des séquelles définitives.

 A quel moment est-on contagieux ?

La Lèpre est contagieuse dès le début de son incubation dans l’organisme. Elle commence à être contagieuse juste au moment où on commence le traitement. Parce que dès qu’on commence le traitement, la personne n’est plus contagieuse. Il faut savoir que dès la première prise du médicament, le malade ne peut plus transmettre la lèpre à son entourage. Pour l’instant, il n’y a aucune résistance à ce bacille.

Y-aurait-il des personnes prédisposées à la maladie ?

Il a été noté que l’hérédité de la lèpre peut être effectuée par une infection in utero.  C’est-à-dire que c’est soit le spermatozoïde du lépreux qui transmet la lèpre aux produits de conception d’une femme qui n’a pas de soucis ; soit le père étant sain, l’enfant l’en hérite dans l’ovule ou dans le sein de sa mère lépreuse. Voilà les personnes qui sont susceptibles de faire la lèpre innée.

Comment la soigne-t-on ?

Il faudra noter que la lèpre se soigne très bien, sauf à un stade sévère si on a accès au bon diagnostic et au bon traitement. Elle est guérissable depuis 1940, date à laquelle on a découvert certains antibiotiques tels que la rifampicine et bien d’autres. Notons que dans de 20% de cas, il y a de la résistance aux antibiotiques.  Et là, les personnes malades sont traitées avec des thérapies. Mais la lèpre se soigne très bien, sauf si on arrive aux stades sévères comme je l’ai dit plus haut. C’est là où on a des difficultés. Sinon on n’a que quelques cicatrices qui nous feront penser qu’on sort de la lèpre, surtout si on est arrivé dans un stade très avance.

Propos recueillis par Michèle EBONGUE

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