Lèpre : La léproserie de Dibamba passe de 34 cas en 2015, à 12 cas en 2021
cas de lèpre dépistés à la leproserie de Dibamba entre 2015 et 2020

Suite à la forte baisse du nombre de malades, à la prise en charge à domicile, et à l’arrêt de l’internat des patients, ce centre de référence de la région du Littoral, a été transformé depuis environ 15 ans, en un centre médical spécialisé en soins et maladies de la peau.

Agé de 79 ans, Pierre Miemenock, est pensionnaire de la Léproserie de Dibamba au Cameroun, voici déjà 54 ans. Le septuagénaire y est entré alors qu’il n’avait que 25 ans. Et depuis lors, il n’en n’est plus jamais ressorti. Il y a trouvé une famille, des ex- lépreux, installés comme lui, dans l’une des bâtisses de cet hôpital spécialisé.

Rejeté par sa famille à l’annonce de sa maladie, Pierre revient sur les faits qui ont précédé son arrivée à la léproserie. « Il y a eu au village (Penja, Ndlr), une campagne de vaccination contre la rougeole. C’est là-bas qu’on a constaté que j’étais atteint de la lèpre. Les personnes en charge de la vaccination ont découvert des taches claires sur ma poitrine et mon dos, et m’ont demandé de me rhabiller. Après quoi, ils m’ont mis à l’écart », se souvient-il.

Sans connaitre les motivations de cette réaction, Pierre s’est exécuté. Ce sont des médecins, venus à sa rencontre qui lui expliquent ce qui se passe, et lui demandent de se rendre à Mbanga, une Commune du département du Moungo, dans la région du Littoral, afin de rencontrer un médecin spécialisé. Seulement, les choses ne se passent pas comme prévu. Pierre est envoyé à la léproserie de Dibamba, pour un meilleur suivi.

Rejeté par les siens

A l’annonce de la maladie, sa famille ne sait comment l’aider, et décide de le rejeter.  « Je ne mangeais plus avec eux. Je ne dormais plus avec eux, parce que j’avais la lèpre. Ma famille m’a chassé, et m’a dit que ma place est à l’hôpital. », se souvient-il. Impossible de retourner à l’hôpital faute d’argent, Pierre décide de se tourner vers le chef du quartier. Compatissant, il décide de lui venir en aide, et convoque une réunion qui avait pour seul point à l’ordre du jour, l’état de santé de Pierre. Le jeune homme d’alors ressort de là avec la somme de 35 000 F Cfa en poche, soit la contribution des habitants pour sa prise en charge.

Depuis son admission, Pierre, qui porte encore les séquelles de la maladie, alors que guérit depuis plus de 25 ans, est toujours pris en charge par la Léproserie. Malgré son statut d’ex lépreux, l’hébergement, la nutrition, et même les soins médicaux sont à la charge de l’hôpital. « Dernièrement, le dispensaire de la léproserie m’a envoyé faire une radio. Je suis allé voir la Sœur (missionnaire responsable de la léproserie), et elle m’a remis la somme de 16 000 F Cfa, qui correspond au montant qu’il fallait pour la radiographie », confie-t-il.

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La plante des pieds couverte de plaies, Pierre, tout comme les six autres ex malades, désormais habitants de la léproserie, porteront à tout jamais les marques de la lèpre.

Sœur Mariluz Saldaña, responsable de la Léproserie de Dibamba, souligne que ces désagréments sont quelques inconvénients de la prise en charge tardive de la maladie. « Les malades se retrouvent avec soit des jambes et/ou des doigts amputés, des plaies inguérissables, et deviennent même parfois aveugles », explique-t-elle. A sa suite, Dr Vanessa Kouatchouang, épidémiologiste, explique que ces pertes de sensibilité se font de façon subite, ce qui entraine les blessures et plaies indolores qui sont difficiles à cicatriser. « Notamment au niveau des mains et des pieds, des atteintes des nerfs moteurs qui peuvent entrainer des paralysies notamment au niveau des mains et des paupières. Et souvent après 15 ans, les patients non traités risquent l’imputation et une infirmité ou encore une cécité », relève-t-elle.

Prise en charge

L’épidémiologiste ajoute que les premiers signes cliniques de la lèpre apparaissent seulement après 5 ans, et les deuxièmes environ 10 ans après l’infection. « Au-delà de 10 ans, on a donc des signes qui apparaissent dans le second temps. C’est souvent plus une atteinte nerveuse, c’est-à-dire des paralysies, des troubles digestifs et respiratoires », confie Dr Vanessa Kouatchouang.

En charge de ce centre il y a environ 2 ans, la Sœur carmélite (nom de la congrégation) révèle que les cas de lèpre sont de moins en moins dénombrés dans l’établissement dont elle a la charge. Entre 2006 et 2017, ce sont en moyenne 30 cas qui ont été enregistrés « Les chiffres ont commencé à décroire entre 2018 et 2019. C’est ainsi que nous avons enregistré en 2020, 18 cas de lèpre, contre 12 en 2021 », confie-t-elle. En mi-février 2022, le centre en a dépisté 4. « Il y a encore quelques cas, mais ils ne sont pas nombreux », commente Sœur Mariluz Saldaña.

Aujourd’hui, en plus de la gratuité du traitement, la prise en charge se fait à distance, pour une durée qui oscille entre 6 mois et 1 an. Les malades ne sont plus ni internés, ni isolés. « Les malades se soignent à domicile, mais viennent à la léproserie sur rendez-vous, tous les 3 mois. », renseigne Sœur Mariluz Saldaña. Qui fait savoir que la léproserie accueille de nos jours, une quarantaine de personnes, hospitalisées pour plaies. Le centre est désormais spécialisé en soins de peau et de maladies de la peau depuis plus de 15 ans. Toutes les tentatives de Data Cameroon pour avoir la réaction de la délégation régionale de la Santé pour le Littoral quant à la riposte contre la maladie et la prise en charge des patients sont restées vaines.

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Michèle EBONGUE

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