Santé : Plus de 50% d’enfants victimes de vers intestinaux à l’Est.

Entre 2010 et 2021, le déficit de ressources financières a contraint le programme national de lutte contre la schistosomiase et les helminthiases intestinales à ne réaliser que deux enquêtes parasitologiques dans cette région sanitaire. Outre les 50% de taux de prévalence des vers intestinaux, ces enquêtes ont révélé que celui de la schistosomiase est supérieur à 10%.

« Les urines et les selles de mon enfant étaient teintées de sang », se souvient encore Mariama, une mère de 4 enfants à Mandjou, localité située à environ 5 kilomètres de Bertoua. Son fils de 7 ans a souffert des vers intestinaux et la bilharziose. « Il se plaignait également de maux de tête, de fièvre et de fatigue. C’est ainsi que je l’ai conduit à l’hôpital régional de Bertoua », relate-t-elle. Après les examens médicaux, l’enfant est immédiatement mis sous traitement. Dans la région de l’Est, les enfants sont de plus en plus exposés à ces parasites.

A en croire Logo Abbo Ngoungoure, agent de santé communautaire polyvalente (Ascp), détachée au Centre de santé intégré de Mokolo 1 par Plan Cameroon, « lors de la campagne de distribution de Proziquantel plus et de l’Albendazole aux enfants non scolarisés de 6 à 14 ans au mois de novembre 2021, beaucoup d’enfants ont été trouvés avec des ventres ballonnés dans des quartiers de la ville ». Un signe palpable qui selon lui, montre que ces enfants souffrent des vers intestinaux. A ce signe, s’ajoutent, d’après les spécialistes de la Santé publique, d’autres symptômes des vers intestinaux. A l’instar « du mal au ventre, la nervosité, manque de concentration, des vomissements pour les cas graves et l’occlusion intestinale dont la seule solution est de passer à une opération chirurgicale pour extraire les vers ».

Selon les statistiques du le Programme national de lutte contre la schistosomiase et les helminthiases intestinales (Pnlshi), les vers intestinaux et la bilharziose demeurent un problème de santé publique dans la région. Dans les districts de santé de Bertoua et de Doumé, les résultats des enquêtes parasitologiques réalisées en 2018 ont révélé des prévalences de la schistosomiase supérieures à 10% dans plusieurs écoles. Les aires de santé de Mandjou et Dimako étant les plus touchées. La même enquête établit le taux des prévalences des vers intestinaux supérieurs à 50% chez les élèves dans la majorité des écoles dans le district de santé de Doumé avec des prévalences supérieures à 90%. Au cours de ladite enquête, 1911 enfants ont été examinés dans les districts de santé de Bertoua, Doumé, Ketté et Ndélélé pour un taux de prévalence cumulatif des vers intestinaux de 46,15%. « Nous avons aussi administré le Mebendazole aux enfants scolarisés de 1 à 5 ans dans les écoles de ces localités », renseigne Logo Abbo Ngoungoure.

Causes

Selon les spécialistes, les causes principales de ces deux maladies sont les baignades, la pêche et la lessive dans les cours d’eau infestés par le parasite dénommé « schistosome ». La présence de ce germe, précisent-ils, est la conséquence de l’attitude néfaste des populations qui consiste à déféquer et uriner directement dans les cours d’eau ou à côté. D’autres causes sont le non respect de l’hygiène personnelle notamment, le non lavage des mains avant le repas, le non lavage des aliments avant consommation et les enfants qui marchent pieds nus, donc exposés à certains vers. La schistosomiase et les vers intestinaux, expliquent-ils persistent dans la région de l’Est parce que le taux de défécation à l’air libre est élevé entre autres. A ce sujet, l’enquête EDS-MICS de 2011 constate que 18,2% d’enfants de moins de 5 ans dans cette partie du pays souffrent de diarrhées dues aux mauvaises pratiques d’eau, d’hygiène et d’assainissement à cause de la défécation à l’air libre.

Tel que confirmé par le personnel médical, ces maladies causent de nombreux dégâts chez les enfants. Notamment « un retard de croissance, une baisse du développement intellectuel, l’anémie et l’augmentation du risque d’infection par d’autres germes ».

Difficultés

Pour combattre ces maladies, le ministère de la Santé publique organise chaque année une campagne nationale de déparasitage sur l’étendue du territoire national. En 2020 dans la région de l’Est, sur un objectif de 345.439 enfants à déparasiter, 317.467 ont été effectivement traités contre les vers intestinaux pour un taux de couverture thérapeutique de 91,90%. Pour ce qui est de la bilharziose, 87.869 enfants ont été traités sur une cible de 122.695, soit un taux de 71,61%. En 2019, le taux de traitement de vers était de 78,44%. Malheureusement, en 2018, aucune campagne n’a été menée faute de financements. En 2017, 83,64% d’enfants ont été traités contre les vers intestinaux et 77,59% en 2016.

Au-delà de ces campagnes nationales, soutient Paguele Marius, point focal des maladies tropicales négligées (Mtn) à la délégation régionale de la Santé publique, « la prise en charge se fait de manière routine dans les formations sanitaires ». Cependant, cette prise en charge, est handicapée par la cherté du médicament de la bilharziose, qui n’est pas disponible en générique (il est vendu dans les pharmacies d’officine généralement plus cher ; Ndlr). Aussi, le Pnlshi, manque des moyens financiers pour se déployer sur le terrain afin d’établir la situation épidémiologique réelle de ces deux maladies. Car, entre 2010 et 2021, seulement deux enquêtes ont été réalisées dans la région sanitaire de l’Est.

Sébastian Chi Elvido à Bertoua

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