Malgré l’intensité de l’exploitation de l’or à l’Est, à peine 10 % sont canalisés dans le circuit formel. De ce fait, contribue aux recettes de l’État à hauteur de moins de 1,75 milliard F CFA par an, soit 0,26 % du budget de l’Etat du Cameroun.

A Kambélé 2, village aurifère de Batouri à l’Est Cameroun, l’exploitation artisanale de l’or bat son plein. Chaque jour, les expatriés et les populations locales se battent pour extraire ces métaux rares. La même effervescence est perceptible à Ngoura, Kétté, Ouli, Bétaré-Oya et Colomine. Cette bataille qui se livre depuis longtemps a développé une véritable mafia avec des complicités insoupçonnables dans la sphère gouvernementale.

Malgré des initiatives de l’Etat, des ONG, des Collectivités territoriales décentralisées et même la Justice, la corruption dans ce secteur est grandissante, avec des facettes multiples. Les exploitants, ne manquent pas d’imagination pour contourner la législation. A titre d’illustration, le Code minier stipule que « l’exercice de l’activité artisanale est réservé aux seuls Camerounais titulaires d’une carte individuelle de prospection ». Il indique également que « l’artisan a la possibilité d’obtenir une autorisation d’exploitation artisanale pour 4 secteurs d’une superficie maximale d’un hectare ».

Cependant, sur le terrain en général et à Ngoura en particulier, la pratique est caractérisée par l’occupation illégale des vastes étendues de terres. Une anarchie, qui a poussé les Chefs traditionnels de Ngoura à exprimer leur colère dans des lettres adressées au Chef de l’Etat. « Des particuliers ont obtenu les permis d’exploration et ont profité pour s’approprier des milliers d’hectares de terrain. Ils les ont même vendus aux expatriés », a décrié Justin Aoudou Koueke, président du Conseil d’arrondissement des Chefs traditionnels dans l’une des correspondances.

Les accusés sont des hautes autorités qui obtiennent les permis d’exploration et les bradent aux étrangers sous prétexte que « ce sont des partenaires technico financiers ». Par ailleurs et selon un géologue qui a requis l’anonymat, « le lavage nocturne de l’or pourtant interdit est l’un des moyens utilisés par les exploitants pour contourner leur production ».

Des jeunes à la recherche de l’Or à l’Est Cameroun

Développement

Selon la Direction des Mines, « cela fait près d’un siècle que l’exploitation de l’or a commencé. Cette mine solide contribuait jusqu’à 20% de recette à l’économie avant l’indépendance ». Mais aujourd’hui, le Cameroun ne tire presque rien de cette ressource. D’après le Cadre d’Appui et de Promotion de l’Artisanat minier (CAPAM), à peine 10 % de l’or est canalisé dans le circuit formel. Il contribue aux recettes de l’État à hauteur de moins de 1,75 milliard F CFA par an, soit 0,26 % du budget global. Ces chiffres ont été révélés lors du lancement de la phase II du Projet Mines, environnement, santé et société (PROMESS) mis en œuvre par l’Union européenne en mai 2019. Son but est d’améliorer la gouvernance minière à travers le suivi participatif et la promotion de la transparence.

Au plan local, les riverains ne tirent aucun avantage de ces activités. « Mon village n’a jamais bénéficié de revenus miniers », déclare un chef de village à Batouri. Pourtant, le Code minier stipule que « les populations affectées ont droit à une compensation. Le montant sera prélevé sur la taxe ad valorem ».

Menace sur l’environnement

A Kambélé, on enregistre des cas d’accident et de décès dans les sites. Une dizaine d’enfants ont été engloutis il y a quelques semaines dans un trou d’une profondeur d’environ 20 mètres. On déplore également des fractures et des blessures graves. Dans cette localité, les entreprises étrangères se plaignent de l’incivisme des populations qui ne respectent aucune mesure de sécurité. « C’est les riverains eux-mêmes qui nous ont cédé ces parcelles, mais nous sommes surpris qu’ils reviennent la nuit voler dans les trous », affirme l’interprète de l’une des sociétés.

Dans d’autres village, les décès ont été enregistrés suite aux éboulements des trous abandonnés. « Ce sont ces chinois qui refusent de restaurer les sites. Ils ont abandonné des trous partout. On a déjà enterré plus de 40 personnes mortes dans ces trous », a déploré Sa Majesté Justin Bello, chef du Canton Gbaya-Banginda. Le bilan de la phase 1 du projet PROMESS quant à lui estimait à plus de 100, les décès dans les trous abandonnés depuis 2017.

Au-delà de l’insécurité, la destruction de l’environnement est une conséquence palpable de la mine artisanale. « Les populations de Kambélé 2 n’ont plus de l’eau à boire et ne peuvent plus pêcher parce que l’eau de la Kadey est polluée », regrette David Kombo, habitant de Kambélé.

Au niveau du village Dogba sur le pont de la Kadey, les conséquences de l’exploitation en amont sont visibles. Les populations se plaignent du fait que l’eau qu’elles consomment est complètement boueuse et la pêche n’est plus praticable à cause des produits chimiques déversés en amont.

Au cours d’une tournée en août 2019, le ministre des Mines avait ordonné au commandant de la compagnie de gendarmerie de la Kadey de sceller le chantier « Popom » à Ouli après avoir constaté les dégâts causés par les exploitants sur le fleuve Kadey. La loi cadre du 96/12 du 5 août 1996, relative à la gestion de l’environnement, indique que « toute activité économique est précédée par une étude d’impact environnemental ». Cette loi précise qu’une somme d’un million F Cfa doit être déposée dans un compte séquestre avant la délivrance de toute autorisation et sera utilisée pour restaurer l’environnement après exploitation.

Malheureusement, selon les rapports à date des missions d’inspection environnementale de la délégation régionale de l’Environnement et de la protection de la nature « aucune règle environnementale n’a été respectée dans les sites miniers ».

Mesures

Pour sauver ses ressources minières, l’Etat a pris des décisions maintes fois suspendant la délivrance et le renouvellement des autorisations d’exploitation minière artisanale mais sans suite. Au mois d’avril 2020, le ministre Gabriel Dodo Ndoke a une fois de plus servi des mises en demeure à 20 sociétés pour la restauration de leurs anciens sites d’exploitation en 60 jours. Cette restauration conditionne la poursuite des activités sur le terrain des entreprises interpellées. En cas de refus, « les contrevenants sont exposés au retrait de leurs permis d’exploitation. Sans préjudice de poursuites judiciaires ».

Sébastian Chi Elvido à Bertoua

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