Nord : Le marché de bétail d’Adoumri chute de 32% entre 2019 et 2021

Nord : Le marché de bétail d’Adoumri chute de 32% entre 2019 et 2021

La perte de valeur du Naira par rapport au F Cfa, l’insécurité et la crise sanitaire sont pointés du doigt. Le nombre de tête de bœufs qui convergent vers ce grand espace le marché de bétail marchand de bétail de la sous-région, est passé de 4500 avant 2019 à 1300 en 2021.

Sous la canicule, les acteurs du marché périodique vaquent paisiblement à leurs occupations. Il est 15 h ce jeudi 23 décembre 2021, à Adoumri. Une localité située à 50 km de Garoua et à une quinzaine de kilomètres de Bibémi, chef-lieu de l’arrondissement éponyme, département de la Bénoué, région du Nord Cameroun. De part et d’autre de l’entrée Ouest du marché, se dressent des hangars. Sous ces tentes, des vendeuses et vendeurs servent leurs clients le marché de bétail. L’ambiance qui règne ce jour est à l’image des atouts charmes de ce marché périodique qui a attiré les foulbés, mandara, haoussa, Kanouris, vers les années 1920.

La perte de valeur du Naira par rapport au F Cfa, l’insécurité et la crise sanitaire

Le marché périodique d’Adoumri a entretenu sa réputation 100 ans après. Ce qui fait sa particularité, c’est la vente des bétails. Le marché à bétail d’Adoumri est l’un des plus courus de la sous-région Afrique Centrale. Il s’ouvre à 6h et se referme à 18h. Le marché dispose de quatre entrées : deux réservées aux gros bétails (bœufs, chevaux, chameaux, ânes), une pour les petits ruminants (moutons, chèvres) et la dernière pour les personnes. « On distingue les parcs de Garoua et du Nigéria », fait savoir Abdoul Raoult Mohamadou, l’un des vendeurs.

Habitué des lieux, Alhadji Souleymanou, le chef de centre zootechnique et vétérinaire d’Adoumri travaille dans cet espace marchand depuis plus de 10 ans. « Nous sommes en contact avec les principaux acteurs du marché. Les bœufs viennent majoritairement du Tchad et à partir du Tchad, ils proviennent de plusieurs autres pays frontaliers, notamment le Soudan, l’Egypte, le Niger », informe-t-il. A l’entrée du marché, les animaux suivent un circuit bien élaboré. « Les bœufs arrivent par troupeaux avec un laissez-passer sanitaire vétérinaire délivré au point de départ. A l’entrée, on effectue les opérations d’inspection vétérinaire des animaux sur pied », explique Alhadji Souleymanou.

 

une vue du marché

le marché de bétail Naira

Ce jour, 1350 têtes de bœufs sont entrées dans ce marché de renommée internationale. Un chiffre en baisse par rapport aux années antérieures, où environs 4500 bœufs étaient enregistrés. D’après les riverains, ce marché est le plus important de la région du Nord, le premier à bétail de la sous-région Afrique Centrale. Les prix pratiqués sont variables. Les bœufs coûtent entre 60 000 et 800 000 F Cfa. Les chameaux, entre 250 000 et 400 000 F Cfa. Quant aux ânes, le prix varie entre 20 000 et 60 000 F Cfa et les chevaux, entre 80 000 et 200 000 F Cfa. Les bœufs achetés alimentent le marché de bétail les abattoirs de la région et au-delà.

Les plus grands acheteurs du bétail de cet espace marchand sont les nigérians. Le Naira, la monnaie de ce géant économique d’Afrique est donc utilisée sur ce marché, en échange avec le F Cfa. Cependant, depuis que le Naira a perdu de sa valeur face au F Cfa, le marché d’Adoumri a pris un coup considérable. Le nombre de bœufs est passé de 4500 à 1000 têtes. « Auparavant, 3000 Naira valaient 10 000 F Cfa. Aujourd’hui, 1000 Naira valent pratiquement 1000 F Cfa. On est obligé de débourser plus de Naira qu’il n’en fallait pour convertir, alors que, arrivé au Nigéria, le Naira ne change pas de valeur. On évolue en perte. Les nigérians ne viennent plus comme avant. A cause des invendus, les gens ne viennent plus aussi avec beaucoup de bœufs », explique Alhadji Ousmanou, un commerçant qui convoie ses bœufs jusqu’au Nigéria. « La perte de la valeur de change du Naira face au F Cfa est le problème majeur et c’est ce qui est à l’origine de la chute du cheptel sur le marché de bétail d’Adoumri », affirme le chef de centre zootechnique et vétérinaire.

le marché de bétail Coronavirus et insécurité

A cela s’ajoutent les répercussions de la crise sanitaire. L’Etat, la Commune, les acheteurs et les intermédiaires encore appelés « Sakaïna » ont essuyé des manques à gagner depuis l’avènement du Covid-19. Sur ce marché, plusieurs taxes sont prélevées par les services de l’élevage, la douane, les impôts et la commune de Bibémi. « le marché de bétail  Avec la crise sanitaire due à la maladie au Coronavirus, le président de la République avait signé un décret qui suspendait la perception des taxes sur les marchés. Ça nous a mis en difficulté jusqu’à ce jour. Le décret était valable pour 3 mois, mais jusqu’à présent, les commerçants ont du mal à comprendre que les perceptions des taxes ont repris. D’aucuns pensent qu’il fallait un autre texte pour y mettre un terme. On passe le temps à leur expliquer. Nos recouvrements ont chuté jusqu’à 8% », a confié Armand Yedi, maire de la Commune de Bibémi.

La coupure du pont sur le Mayo Bali qui relie Bibémi et Pitoa est aussi, selon le maire l’un des blocus aux activités de ce marché. « En saison pluvieuse, il faut traverser par pirogue, c’est pénible. Parmi les difficultés, il y a l’insécurité dans la zone. Il y a des gens qui surveillent les transactions sur le marché. Par la suite, ils viennent les enlever en demandant de donner l’argent des bœufs vendus. Parfois même, ce sont des demandes de rançon le marché de bétail. C’est une entrave à l’élevage », s’indigne le maire qui mobilise des efforts pour transformer les hangars en boutique. Pour 2022, l’exécutif municipal prévoie construire quelques hangars pour contenir le marché périodique d’Adoumri qui se tient tous les jeudis.

Jérôme BAÏMELE au Nord

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