Société : Les conflits contre les Mbororos prennent l’ampleur à travers le territoire
Un Mbororo conduisant son troupeau de boeuf

Alors que les crises sécuritaire et sanitaire continuent de sévir, les conflits agropastoraux s’aggravent sur l’ensemble du territoire et prennent des proportions identitaires selon le Réseau Camerounais des Droits de l’Homme. 

La Crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun, la menace de Boko-Haram dans l’Extrême-Nord et depuis le mois de mars 2020, la crise sanitaire, s’imposent dans le quotidien des Camerounais. Pourtant à côté de ces crises, des conflits identitaires sont ignorés, déplore le Réseau Camerounais des Droits de l’Homme (RECODH), faîtière nationale des organisations des droits de l’homme au Cameroun, dans sa « note de conjoncture » qui couvre les quatre premiers mois de 2020, publié le 1er mai dernier.

Selon cette organisation, pendant que le Cameroun fait face aux crises sécuritaire et sanitaire, des conflits agropastoraux prennent de l’ampleur dans les régions du Nord-Ouest, de l’Ouest, de l’Adamaoua, de l’Est, du Nord et de l’Extrême-Nord. « Il est important de souligner que les conflits agropastoraux s’aggravent sur l’ensemble du territoire et ces conflits dépassent leur dimension de conflit lié aux ressources (terres, eau, pâturages) pour prendre des proportions identitaires ; les rendant ainsi volatiles, imprévisibles et finalement violents », révèle le RECODH.

Ces tensions, explique-il, mettent généralement en opposition, les éleveurs essentiellement constitués de Mbororos, sous-groupe peul semi-nomades, avec les agriculteurs constitués des autres communautés locales. Le mécanisme d’alerte précoce mis en place par le RECODH pour suivre ces conflits, a enregistré durant ces derniers mois, plusieurs cas de violents affrontements avec destruction des biens, ciblant les éleveurs Mbororos dans les localités de Penka-Michel et de Garoua Boulaï provoquant destruction des habitations (Penka Michel), coups et blessures graves (Garoua Boulaï).

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La situation des Mbororos est davantage préoccupante au Nord-Ouest, qui depuis 2016, subit avec le Sud-Ouest, la crise sociopolitique dite anglophone. « Un autre conflit oppose les membres de l’ethnie peule (Mbororos) avec certains groupes se réclamant des séparatistes. Selon les témoignages de certains membres de cette communauté ayant fui la zone de conflit, les séparatistes accuseraient les Mbororos d’être des agents du Gouvernement, des étrangers nomades qui devraient rentrer « chez eux » soit au Nord, ou alors dans n’importe quelle localité de la partie francophone du Cameroun », peut-on lire.  Les dommages incluent les kidnappings, extorsions de bétail, rançons, menace de mort, assassinats, coup et blessures.

Dans ce climat d’insécurité, le RECOHD recommande une protection des populations autochtones Mbororos dans le Nord-Ouest et le renforcement des cadres de concertation entre cette communauté et les populations locales. « Dans ce climat d’insécurité, la communauté Mbororos se retrouve entre le marteau et l’enclume. Leur protection devrait être assurée par les pouvoirs publics, qui devraient aussi veiller à la désescalade de la tendance observée chez ces peuples à s’auto-défendre avec des élans de vengeance. Dans ce sens, les efforts déployés par le RECODH et MBOSCUDA à travers l’initiative « Réseau pour la paix » qui comporte aussi un mécanisme d’alerte, méritent une attention particulière », souligne-t-il. Aussi, dans le cadre de la crise sanitaire, il suggère d’adapter la réponse au COVID-19 au contexte Africain, en tenant compte des réalités des populations autochtones Baka, Bagyeli, Bakola, Mbedzang et Mbororos, tout en veillant à intégrer une approche handicap.

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Marie Louise MAMGUE

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