Soins sanitaires : La dure réalité des patients camerounais dans les hôpitaux
Source-Universal Journal of Public Health_DataViz by ADISI-Cameroun

Le manque d’attention, le difficile accès aux soins de qualité et l’insalubrité, sont les problèmes auxquels sont confrontées les populations dans les formations sanitaires. Encore un long parcours de désamour entre l’hôpital et le patient au plus fort de la venue de CSU.

« Il y a 9ans, j’ai fait un accident de moto et je me suis rendu à l’hôpital de district de Bonassama. Je vous assure que s’il n’y avait pas d’argent à l’instant, je ne pense pas que je serais soigné », se souvient Roger E., conducteur de mototaxi. Comme Roger, ils sont nombreux, ces camerounais interrogés qui gardent une mauvaise image des hôpitaux locaux. « Je suis allé accompagner ma femme à l’hôpital, mais personne ne s’est occupée d’elle, alors qu’elle était enceinte. J’ai dû me rendre ailleurs où le traitement a été différent, ce qui n’a malheureusement pas suffit pour sauver l’enfant. Il se faisait déjà tard », regrette Amadou Njoya, moto taximan.

Sur un échantillon de 10 personnes, 9 ont avoué préférer être admis dans des formations hospitalières privées qu’au public. « Là-bas, il y a plus d’attention, ils sont plus sociables et humanistes », déclare Mélanie Che, entrepreneure.  Aussi, « on place l’être humain au centre de la société », souligne Alain Biyong, journaliste. Certains n’hésitent pas en effet à raconter leur vécu et à clamer leur préférence.  « J’aime les hôpitaux catholiques parce que là-bas, la santé est prioritaire, l’argent n’est pas au-devant de la scène. Lorsqu’on soigne votre patient, vous-même vous payez les factures sans qu’on ne fasse la police derrière vous », explique Roger E.

Problèmes d’assainissement

Outre les désagréments cités plus haut, plusieurs autres reproches sont orientés vers les hôpitaux d’Etat. « Ce qui m’a aussi déplu à l’hôpital Laquintinie, c’est l’état des lieux. Les toilettes n’étaient vraiment pas propres. Des 3 box réservés pour la toilette, seul celui des besoins était fonctionnel. On l’’utilisait pour tout, même pour la vaisselle. L’eau y coulait en continue, le conduit de passage d’eau était bouché », se souvient Germaine Tchoffo, qui assurait la garde de sa mère, craignait de ne pas pouvoir sortir de là indemne.

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Contrairement à sa mère qui à cause de son état de santé ne pouvait quitter son lit de malade, Germaine était obligée de créer des stratégies pour se mettre à l’aise. « J’étais obligée de sortir à 5 h du matin pour me laver. J’allais le faire à la buanderie, juste derrière les draps accrochés sur des cordes. Et même cet endroit était insalubre, car on y déposait les poubelles de l’hôpital, avec tout ce que ça peut contenir », se rappelle-t-elle. Pourtant, des modèles de financement tels que le Financement basé sur la performance (PBF) sont mis en place pour promouvoir l’hygiène hospitalière, renseigne Dr. Clarisse Alma, médecin épidémiologiste de terrain. Ce financement « fait partie des éléments pris en compte pour l’évaluation de l’administration des primes », souligne-t-elle.  

Inexpérience

Dans ce lot des hôpitaux insalubres, d’autres se démarquent autrement. « Je me souviens qu’une fois on a emmené l’une de mes belles-sœurs à l’hôpital de district de Mbalmayo. J’étais sidéré de constater que là-bas, les toilettes sont payantes même pour les malades. C’est de l’arnaque ! », S’insurge Fotso Fonkam, enseignant. Malgré sa mauvaise expérience et sa préférence pour les hôpitaux privés, l’enseignant déplore l’amateurisme de certains centres. « Une fois j’ai amené mon fils dans une clinique privée, il devait avoir le paludisme. Vers 2 h on lui a injecté un médicament et comme il ne réagissait pas comme le souhaitait l’infirmière, elle a paniqué et a demandé qu’on l’emmène ailleurs. Cette nuit-là, nous nous sommes rendus dans un hôpital public où il a été bien soigné, il faut l’avouer », raconte-t-il.

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Malgré les factures très souvent élevées, les formations sanitaires privées font souvent montre d’inexpérience. « Lorsqu’on te prescrit des médicaments, on ne te fournit pas d’explications. Et lorsque tu poses des questions, les infirmières te demandent d’attendre les médecins.  Les notes qu’on mentionne dans le carnet sont incompréhensibles, mais à la moindre demande d’explications, on te renvoie vers le médecin », renseigne Germaine Tchoffo.

Pour garantir l’accès aux soins de santé approprié à tous, le ministre de la Santé publique sous instruction du Président de la République a signé le 27 août 2020 à Yaoundé avec la Société santé universelle Cameroun S.A(Sucam), un contrat de partenariat relatif à la mise en œuvre de la couverture santé universelle (Csu). D’après des sources médicales, la Csu coûterait environ 1 300 milliards F Cfa à l’État, pour un package de soins et services comprenant 185 interventions et 101 sous-interventions.

Michèle EBONGUE

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