Transport : Un chauffeur dépense environ 240.000 F Cfa par mois sur les routes de l’Est

Entre postes de contrôle mixtes, contrôles de police improvisés, contrôles du peloton motorisés de la gendarmerie, de la douane, des eaux et forêts et de la prévention routière, chauffeur de routes de l’Est le rançonnage des transporteurs se fait au grand jour.

« Ce gendarme est nouveau ? Il ne sait pas que c’est mon premier voyage ? Comment peut-il me siffler à 8 heures du matin ? », s’interroge un chauffeur effectuant la ligne Bertoua-Abong-Mbang, au poste de contrôle routier de Bonis situé à l’entrée sud de Bertoua. Malgré son étonnement, il gare son véhicule plein de passagers et se dirige à quelques mètres vers le hangar où est assis le gendarme en question.

Après quelques minutes d’échanges inaudibles, notre chauffeur revient chercher la somme de 2000 F Cfa auprès d’un passager et repart vers le hangar sans expliquer pourquoi. Sans afficher bonne mine, il revient démarrer la voiture pour la suite du voyage. Arrivé au second poste du contrôle mixte situé à moins de 200 mètres, il klaxonne tout simplement en faisant un signe de la main à un policier qui lève la barrière, sans contrôler les pièces du véhicule encore moins ses occupants chauffeur de routes de l’Est.

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Au poste de contrôle de la brigade motorisée de la police situé à Kaïgama, le policier en poste n’a pas sifflé. La même attitude a été observée aux deux postes de contrôle de Dimako et à la barrière de Mampang, à l’entrée de la ville d’Abong-Mbang. Interrogé sur ces gestes observés au niveau des différentes barrières de contrôle, le chauffeur indique que « la réaction du gendarme du premier poste de contrôle n’était pas normale. Nous avons un accord (non écrit) avec ces chauffeur de routes de l’Est agents de sécurité des postes de contrôle qui stipule que lors du premier voyage de la journée, le chauffeur ne verse rien parce qu’il utilise sa première recette pour mettre le carburant dans le véhicule. Et ce n’est qu’au deuxième voyage qu’il commence à verser librement les sommes exigibles ».

Selon notre interlocuteur, « les petits véhicules de transport versent 1000 F Cfa à chaque poste de contrôle de la police et de la gendarmerie et les camionneurs 2000 F Cfa. Les agents de la prévention routière perçoivent 1000 F Cfa. Quant aux agents de la douane, ils se montrent souvent plus exigeants et demandent au minimum 5000 F Cfa par camion contrôlé ». En faisant un petit calcul rapide, notre chauffeur dépense 8000 F Cfa par jour pour circuler librement entre Bertoua-Abong-Mbang. Multiplié par 30 jours de travail, ça fait 240.000 F Cfa chaque mois, et près 2.880 000 F Cfa par an.  Le nombre de véhicule en circulation sur cet axe, selon le Groupement des Transporteurs Terrestres du Cameroun (GTTC), est estimé à plus de 3000 par jour. Tous les camionneurs et chauffeurs de transport public savent qu’il faut payer pour circuler. « Nos patrons nous remettent les frais de route avant chaque voyage pour éviter les tracasseries policières », témoignent certains camionneurs.

Des pots de vin pour gagner en temps

Selon Samuel Pouth, commissaire de police à la retraite, le problème de corruption évoqué ne concerne pas seulement les hommes en tenues. « Lorsqu’il y a corruption, il y a aussi des corrupteurs. Beaucoup de chauffeurs offrent ces pots de vin pour gagner en temps. Certains conduisent des voitures qui ne sont pas en règle ou qui ont failli à la visite technique. D’autres donnent de l’argent en sous mains pour éviter de payer de fortes amendes après de graves violations de la réglementation en vigueur. C’est le cas de ceux qui prennent le volant sans permis de conduire ».

Des sources syndicales estiment qu’environ 78000 camions sont en transit à l’Est chaque année pour la partie septentrionale, le Tchad et la République centrafricaine. Et le montant des sommes versées dans les 25 postes de contrôles érigés le long ce corridor avoisine 100 milliards F Cfa. Pour déplorer cette situation, Ibrahima Yaya, président national du Groupement des transporteurs terrestres du Cameroun avait indiqué le 26 avril 2018, chauffeur de routes de l’Est lors de l’installation du bureau exécutif régional à Bertoua que « le Tchad envisageait de faire transiter ses marchandises via la République Centrafricaine pour esquiver les multiples postes de contrôles de cette région qui constituent un blocage à la libre circulation ».

Réduction imagée des postes de contrôles

Face à cette menace des transporteurs exacerbés, le 1er juin 2019, le gouverneur de l’Est avait signé une note portant réduction des postes de contrôles dans l’ensemble de son territoire de commandement. Dans cette correspondance destinée aux préfets des quatre départements de la région, Grégoire Mvongo demandait à ses collaborateurs de prendre dans les meilleurs délais possibles, des dispositions qui s’imposent en vue de la réduction drastique des postes de contrôles dans les axes routiers relevant de leurs unités de commandement respectives. Ceci dans l’optique de faciliter le transit des marchandises sur le corridor Douala-Ndjamena et Bangui.

Malheureusement, cette mesure n’a duré que quelques semaines. « Nous avons pourtant suggéré la suppression des barrières situées à Ndokayo et de Garoua-Boulaï. Nous ne pouvons pas avoir des postes de contrôles pour le seul département du Lom-et-Djèrem, à Bonis, à Adinkol, à Ndokayo et à Garoua-Boulaï, pour moins de 300 km, sans oublier la présence des brigades motorisées de la police et de la gendarmerie et la prévention routière qui sont toujours de la partie » chauffeur de routes de l’Est, déplore un responsable du Groupement des transporteurs terrestres du Cameroun. Au final, ces syndicalistes ont fini par comprendre qu’il s’agit d’une chaine de corruption bien huilée où tout le monde mange jusqu’à Yaoundé.

Par Ange-Gabriel OLINGA BENG à Bertoua   

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