Vie chère : à l’Ouest, le coût du chou passe du simple au double
Ce légume très prisé par les ménages est devenu rare et onéreux sur les étals de la capitale régionale de l’Ouest. Entre le découragement des producteurs face à l’instabilité des prix et la flambée des intrants agricoles, l’assiette du consommateur trinque.
Olive fait le tour de la zone des vivres frais du marché A de la ville de Bafoussam. Ce dimanche 14 juin 2026, sous un soleil ardent, son sac attend le chou pour compléter le menu du jour. Dans sa tenue blanche, elle espérait faire ses emplettes en quelques minutes à la sortie du culte. Mais la tâche va lui prendre bien plus de temps que prévu. « Tu n’as pas de chou ? », lance-t-elle devant une détaillante de fruits et légumes. « Nous n’en trouvons plus », rétorque la commerçante, déjà occupée avec le client suivant.
Déterminée à offrir à sa famille le traditionnel plat de patates accompagné de ce légume, Olive poursuit son aventure à travers les allées. Avec son budget initial de 500 FCfa, elle se voit finalement obligée de dépenser le double pour nourrir les quatre bouches qui l’attendent à la maison. « J’ai finalement trouvé trois petites têtes à 1 000 F Cfa », confie-t-elle, la mine renfrognée. Si les ménages urbains regrettent cette hausse vertigineuse des prix, la réalité dans les bassins de production de l’Ouest est tout aussi préoccupante.
Des étals vides au carrefour Balessing
Au carrefour Balessing, point d’arrêt stratégique pour les usagers de l’axe Bafoussam-Douala dans l’arrondissement de Penka-Michel, département de la Menoua, aucune trace du précieux légume. Samedi 13 juin 2026, Valentin y a immobilisé son véhicule. En provenance de Mbouda où il s’était rendu pour des obsèques, il espérait y faire ses provisions. À sa grande surprise, les vendeurs à la criée, qui l’assaillent habituellement, ont disparu. « Dès mon arrivée, j’ai constaté que personne ne s’est rapproché de moi pour me proposer des choux », relate-t-il. Valentin a l’habitude d’acheter trois grosses têtes pour 300 ou 500F Cfa selon les saisons. « La réalité actuelle donne à s’inquiéter », lance-t-il avant de redémarrer.
Sur place, les vendeuses imputent cette pénurie au traumatisme subit lors de la campagne agricole précédente. L’année 2025 a en effet été marquée par une baisse drastique des cours. « L’année passée, certains producteurs ont carrément abandonné leurs récoltes dans les champs parce que le chou se vendait à vil prix », justifie Justine N., vendeuse de vivres à Balessing. Selon elle, cette mévente a découragé les paysans, qui se sont alors rués vers la culture de la tomate, attirés par des prix alors en hausse. « Malheureusement, ils ont expérimenté une chute brutale des cours de la tomate entre décembre 2025 et avril 2026 », ajoute-t-elle.
L’urgence d’une structuration de la filière maraîchère
Pour l’agronome Minette Fotso, ces montagnes russes imposées aux petits producteurs s’inscrivent dans un environnement économique global asphyxiant, marqué par la flambée des prix des engrais et des produits phytosanitaires. Une équation financière difficile qui ne cesse de « décourager de nombreux petits paysans », déplore-t-elle.
Pourtant, le potentiel de la spéculation reste immense. « Le chou est un légume hautement stratégique qui attire les revendeurs depuis les zones rurales pour approvisionner les grandes métropoles camerounaises, et même les pays voisins », insiste l’experte. Face à cette crise de l’offre, Minette Fotso tire la sonnette d’alarme : « cette instabilité chronique des prix et la rareté des produits maraîchers sur le marché nécessitent d’urgence une meilleure structuration de la filière afin de sécuriser les revenus des producteurs et de garantir l’approvisionnement régulier des marchés ».
Aurélien Kanouo Kouénéyé







