Fleuve Bénoué : la production du poisson bondit de 84,78 % en 12 ans
En douze ans, la production de poisson sur le fleuve Bénoué est passée de 5 000 à plus de 9 200 tonnes. Une progression attribuée au repos biologique, qui impose toutefois trois mois d’arrêt aux pêcheurs.
Pour permettre la reproduction des espèces et favoriser la régénération des stocks, la pêche est strictement interdite sur le fleuve Bénoué et le lac de Lagdo du 1er juillet au 30 septembre 2026. Pendant trois mois, les autorités imposent une trêve aux pêcheurs afin de protéger les ressources halieutiques. « C’est la période de reproduction des poissons », explique Françoise Bouba, déléguée régionale de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, (MINEPIA), du Nord.
Pour évaluer l’efficacité de ce repos biologique, il faut revenir sur l’évolution des données officielles. En 1986, selon la délégation régionale du MINEPIA, la région du Nord produisait environ 20 000 tonnes de poisson par an. Mais au fil des décennies, la surpêche et l’utilisation de techniques destructrices ont entraîné un effondrement des captures. En 2000, la production chute à seulement 2 000 tonnes. Face à cette dégradation, l’ancien gouverneur de la région du Nord, Joseph Otto Wilson, instaure en 2013 un repos biologique obligatoire sur les principaux plans d’eau.
Douze ans plus tard, les chiffres semblent confirmer l’impact positif de cette décision. La production enregistrée sur le fleuve Bénoué est passée d’une moyenne de 5 000 tonnes au début des années 2010 à 9 238,93 tonnes en 2025, soit une hausse de 84,78 %. Si les résultats réjouissent l’administration, sur les marchés, la fermeture saisonnière du fleuve produit des effets immédiats sur l’approvisionnement.
Ce 3 août 2026, à midi, au marché Wastan, également appelé « Loumo Doole », dans l’arrondissement de Garoua 1er, les bassines habituellement remplies de poissons sont moins garnies. Devant son étal presque vide, Jacqueline Nemle, poissonnière, constate une baisse importante de ses stocks. « La quantité de poisson que nous amenons pour vendre a considérablement diminué. Avant, je pouvais acheter du poisson à hauteur de 250 000 FCFA, mais aujourd’hui je peine à atteindre 100 000 FCFA », témoigne-t-elle.
Cette diminution de l’offre entraîne une hausse des prix pour les consommateurs. Hélène Neneassen Merssia, une autre commerçante du marché Loumo Doole, décrit une situation devenue difficile pour les ménages. « Les poissons que vous voyez ici viennent de Garoua et d’autres localités comme Bardaké, dans l’arrondissement de Mayo-Hourna. Les carpes qui coûtaient entre 400 et 500 FCFA se vendent désormais à 1 000 FCFA. Les tas de machoiron qui coûtaient 2 000 FCFA ont augmenté de 1 000 FCFA », explique-t-elle.
Les pêcheurs contraints de se réinventer
À Lagdo et dans les villages environnants, la fermeture du fleuve oblige plus de 200 pêcheurs recensés à suspendre temporairement leur activité. Sans compensation financière directe pendant ces trois mois, plusieurs cherchent d’autres sources de revenus. À Djippordé, près de Lagdo, Ngolo Djibrin a rangé ses filets pour se tourner vers le transport fluvial. « J’ai appris à m’adapter pendant ces périodes d’arrêt. Je transporte désormais des biens et des personnes vers les villages voisins et jusqu’à Rey-Bouba avec ma pirogue. C’est plus risqué, plus fatigant et moins rentable que la pêche, mais cela nous permet de tenir », raconte-t-il.
Mais malgré l’interdiction, certains pêcheurs continuent de braver les contrôles pour maintenir leurs revenus. Pour faire respecter la fermeture, les services du MINEPIA travaillent en collaboration avec les communes de Lagdo et de Rey-Bouba. En 2025, les opérations de contrôle ont permis de saisir plus de 50 tonnes de poissons issus de la pêche illégale.
Fadimatou Boubakary







