Adamaoua : la production de pomme de terre passe de 29 à 12 tonnes par hectare.

La filière pomme de terre qui traverse une période trouble dans la région de l’Adamaoua est passée de 29 à 12 tonnes à l’hectare les 4 dernières années, selon les producteurs, plus de 500 familles, qui peinent à joindre les deux bouts.

A Maïborno, à la sortie nord de Ngaoundéré, Aboubakar, producteur de pommes de terre joue la carte du maintien. Depuis 4 ans, il voit sa production décroître d’année en année. Faute de semences de qualité et d’accompagnement des ingénieurs de la délégation d’arrondissements de l’Agriculture et du Développement Rural de Ngaoundéré 3ème, ce jeune agriculteur fait des efforts pour sauver ce qui peut encore l’être. « Je suis dépassé par ce qui se passe avec la culture de la pomme de terre. La production ne fait que baisser chaque année et les demandes adressées à ceux qui s’occupent des agriculteurs sont restées sans suite », lance-t-il avec un sourire qui cache mal sa peine face aux difficultés. Selon les producteurs de pommes de terre de Maïborno, la production est passée de 29 à 12 tonnes à l’hectare les 4 dernières années.

Non loin de là, à Nyambaka, les mêmes plaintes sont soulevées par les agriculteurs. Considérée comme une culture de rente, le rendement est aujourd’hui réduit au point de ne pas pouvoir satisfaire la demande de plus en plus croissante, venant des régions du Nord, de l’Extrême-nord et même du Tchad voisin. « Malheureusement, avec la situation actuelle, la production a connu une baisse significative », a confié Hamadjouldé Nana producteur de pomme de terre à Nyambaka.

La baisse de la productivité au cours des campagnes précédentes, s’expliquent principalement par les effets du changement climatique, l’accès aux semences de qualité et le faible encadrement de la part des techniciens agricoles. « Nous nous sommes constitués en coopérative et nous produisons principalement les pommes de terre, la patate et le manioc. Pour le manioc et la patate, nous n’avons pas trop de problème. Le souci se trouve aujourd’hui au niveau de la pomme de terre où l’accès aux semences de qualité est un problème. Faute de ferme de multiplication dans la région, nous sommes obligés d’aller à Bafoussam, Bamenda nous ravitailler. Le carton de la semence qui coûtait parfois 7500 F Cfa se vend aujourd’hui à 10.000 et parfois 12.000F Cfa. Nous essayons de multiplier nos semences, mais c’est toujours insuffisant. Dans les postes agricoles, aucune demande n’a reçu une suite favorable. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes », relate Aboubakar.

GIZ

En l’absence de véritable accompagnement des pouvoirs publics, les producteurs se sont tournés vers certains partenaires du Cameroun. A l’instar de la Coopération allemande, à travers la Giz qui conduit actuellement un projet de pomme de terre dans la zone de Maïborno qui va s’étendre jusqu’en 2025. « Nous bénéficions énormément de la Giz qui nous a formé en multiplication des semences, l’entretien de cultures et nous tendons   d’ici la fin du projet vers la transformation de nos productions pour plus de bénéfice » argue-t-il.

Tubercule fortement consommé, son prix varie en fonction des saisons. « Le prix du carton est fonction de la période. Le prix va généralement de 11500 à 15.000 F Cfa le carton. Pendant le ramadan, elle est plus sollicitée et nous faisons d’énormes bénéfices après avoir évalué les dépenses ».

Avec un gain annuel cumulé de près d’un milliard F Cfa en 2017, la production des pommes de terre peine à retrouver sa première place dans le circuit de la production agricole dans l’Adamaoua. Entre 2008 et 2017, expliquent les producteurs, la production annuelle est passée de 4 tonnes à 20 tonnes à l’hectare avant d’entrer dans une phase de déclin. Selon la Giz, la production nationale de pommes de terre a varié entre 220 000 et 400 000 tonnes au cours de la dernière décennie, largement en deçà de la demande moyenne annuelle estimée à 1 million de tonnes.

En 2011, le programme d’appui à la relance de la filière pomme de terre a offert aux producteurs 36 tonnes de semences certifiées.  Ce qui a permis de booster le rendement agricole avec un résultat de 67,22 tonnes de pommes de terre. Des champs de pommes de terre s’étendaient à perte de vue.  Aujourd’hui, la région compte à elle seule, près de 500 familles agricoles.  Cependant, ces quatre dernières années, la production connait une chute drastique des rendements dans les bassins de production. Les producteurs et leurs familles sont désormais abandonnés à eux-mêmes. Nos tentatives d’avoir le chef de poste agricole de Dang ont été vaines. Pendant que les producteurs tentent de sauver la filière, les responsables chargés du secteur agricole eux, se taisent sur les difficultés des acteurs.

Jean BESANE MANGAM à Ngaoundéré

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