Au 25 novembre 2020, cette principale formation sanitaire de la région de l’Adamaoua a recensé, 192 prématurés, dont 180 guéris et 12 décès. Des chiffres qui inquiètent son service de néonatologie.

Contrairement à certaines femmes qui fuient les hôpitaux à Ngaoundéré, la conjointe de Yaya Ousmanou a normalement suivi ses consultations prénatales à l’hôpital régional de Ngaoundéré. Mais contre toute attente, elle a accouché avant la date prévue par les médecins. « Je ne sais pas quelle est la cause réelle de ce problème. Ma femme a suivi normalement ses consultations prénatales puisqu’elle est détentrice de Chèque Santé.  Mais avant le 9e mois, un soir, elle me fait savoir qu’elle a des contractions et quand nous sommes arrivés à l’hôpital, les infirmiers me font savoir que ma femme va accoucher. Tout s’est bien passé. L’enfant a été mis dans une couveuse jusqu’à ce qu’il soit capable de faire certains gestes », relate ce père d’une quarantaine d’année.

Aujourd’hui âgé d’un an, le petit Abdoulnassir est le fruit des efforts des parents qui ont su surmonter les difficultés et l’assistance sans faille des responsables de cette formation sanitaire. « Je suis satisfait du service. Mon enfant est né prématuré le 28 février 2019 et je suis allé à l’hôpital régional et on l’a mis à la couveuse. J’ai aussi bénéficié de la méthode mère. L’enfant a bénéficié de tous les soins nécessaires. Aujourd’hui, il se porte bien », confie Yaya, qui se souvient encore de cette épreuve douloureuse.

Dans la région de l’Adamaoua, plusieurs familles comptent parmi leur progéniture, de nombreux enfants nés prématurés. « Nous constatons que la prématurité constitue encore une grande tuerie dans notre région et dans notre pays », déplore Dr Hélène Doka, chef service de pédiatrie de l’Hôpital Régional de Ngaoundéré.

Cette formation sanitaire qui abrite un service de néonatologie fonctionnel depuis 2015, a enregistré 432 nouveau-nés parmi lesquels 75 prématurés entre 2015 et 2017. Les chiffres de 2018 font état de 420 nouveau-nés enregistrés pour 89 prématurés. En 2019, le service a enregistré 740 nouveau-nés pour 118 prématurés, soit 102 guéris et 16 décès. A la date du 25 novembre 2020, 192 prématurés ont déjà été enregistrés, soit 180 guéris et 12 décès.

Alimentation

Selon Dr Hélène Doka, les causes de la prématurité dans la région de l’Adamaoua sont nombreuses. Elle relève entre autres, l’alimentation de la femme enceinte qui n’est pas équilibrée, le stress, certaines maladies qui peuvent provoquer un accouchement précoce. « Il faut aussi souligner le manque de soutien psychologique qui est un facteur aggravant dans la région. La femme enceinte doit faire l’objet d’un suivi de bout en bout. De la première semaine jusqu’à la dernière. Nous voulons rappeler aux mamans que dès qu’elles ont des enfants de ne pas les garder à la maison, parce que la prise en charge des prématurés est très lourde et nécessite une réanimation qui ne peut se faire que dans un milieu hospitalier avec des personnels qualifiés », souligne-t-elle.

Depuis juillet 2019, l’ONG Fondation Kangourou Cameroun a ouvert une unité de prise en charge des enfants prématurés et des petits poids de naissance afin de sauver les enfants selon la méthode mère kangourou. La collaboration entre ces deux entités a permis de sauver des enfants prématurés et des petits poids à la naissance. Avec l’appui de cette organisation, 212 enfants prématurés ont été reçus dont 184 guéris et 28 décès soit un pourcentage de 36,7% de guérison.

La forte prévalence de la prématurité dans la région de l’Adamaoua s’explique par les pesanteurs culturelles qui n’admettent pas toujours les accouchements dans les formations sanitaires. S’il est vrai que Chèque Santé est présent dans 68 formations sanitaires de la région, des efforts supplémentaires s’imposent pour limiter les accouchements à domicile et sans assistance afin de garantir la santé des nouveaux nés.

Au Cameroun, chaque année, près de 21000 bébés meurent avant 1 mois de vie, parmi eux, environ 6000 meurent pour prématurité. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), on dénombre environ 15 millions de nouveaux nés prématurés dans le monde. Près de 5 bébés sur 10 meurent et la principale cause est la prématurité.

Jean BESANE MANGAM

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