Boko Haram : Maroua entre souvenirs et peur, l’arrière région terrorisée
Source : CNDLH/Extrême-Nord/ DataViz by ADISI-Cameroun

Au centre-ville de Maroua, la vie a repris ses habitudes. Cependant, dans les 3 départements frontaliers de l’Extrême-Nord, Boko Haram sévit toujours, alternant stratégies, terreur et défiance de l’autorité de l’Etat.

Il est un peu plus de 19h, l’ambiance de nuit plane sur Domayo, l’un des coins chauds de la capitale de l’Extrême-Nord. Tous les commerces de nuit s’installent. Les décibels se rivalisent.  Les belles de nuit, pour la plupart de très jeunes filles à peine la vingtaine entamée, prennent possession des coins « stratégiques » de cette longue et large rue très connue des habitants et des touristes.

Au regard des mouvements des usagers dans les boulangeries, boutiques, bars, snacks qui longent cette rue et dont l’éclairage donne un décor de grandes quiétudes, les moments de peur et de frayeur semble être de lointains souvenirs dans ce coin chaud. Désormais, et ce depuis quelques années, on peut se mouvoir jusqu’au pont vert sans avoir peur d’être surpris par une attaque kamikaze. Ces périodes de couvre-feu à 19h, ont laissé place à l’ambiance d’avant 2014.

Désormais, Maroua fait face à des problèmes d’infrastructures notamment routières avec une voirie complètement délabrée aussi bien des axes principaux que dans les ruelles des quartiers chics et pauvres. La poussière sur tous les axes de la ville reste le compagnon fidèle des usagers. Ici, chacun se débrouille pour éviter d’absorber la poussière, la moto restant le moyen de déplacement le plus sollicité par les habitants. Il faut aussi, depuis plusieurs mois, composer avec le manque d’électricité qui est rare dans les ménages en dépit des promesses gouvernementales. Faisant face à un rationnement dont les plages horaires ne sont pas respectées, chacun use de ses moyens pour s’éclairer. 

Arrière région

Seulement, dans l’arrière région, le climat reste crispé et lourd. Les attaques de Boko Haram sont désormais récurrentes dans trois des six départements (Mayo-Tsanaga, Logone et Chari et Mayo Sava) frontaliers au Nigeria et au lac Tchad. On les appelle « ligne rouge » ou encore ligne de front en langage militaire. Ici, des villages se sont vidés, les écoles ont vu leurs effectifs diminués de plus de la moitié. « On est parti de plus de 1 600 élèves avant la crise à moins de 800 cette année scolaire » confie, Narcisse Mbiti, censeur au Lycée de Mozogo ayant passé 9 ans dans cet établissement d’enseignement secondaire et 15 dans le même département.

Dans ces villages en effet, les adeptes de Boko Haram ditent leur loi. « Il y a des villages, quand nous voulons déployer nos activités, on doit d’abord consulter le chef de village », prévient Eric Kaptchouang, coordonnateur de projet régional chez Dynamique Mondiale des Jeunesse (DMJ), une organisation qui accompagne les jeunes dans cette région. « Nous savons par ailleurs que nous devons mener nos activités à partir de 08h et 17h ne doit pas nous retrouver dans la zone » insiste-t-il, avant de préciser que dans certains coins, « Vous devez être parti avant 14h ».

Pour autant, s’il y a un point sur lequel à Maroua toutes les érudites se mettent d’accord, c’est le mode opératoire de ce qu’on appelle ici les « associés ». La remarque est constante dans le monde universitaire, chez les chercheurs et défenseurs des droits de l’Homme. « Il n’y a pas d’accalmie, mais de degré d’actions » analyse le Pr Gwoda Adder Abel, Maitre de conférences à l’université de Maroua, par ailleurs conseiller technique du Centre de désarmement, démobilisation et de Réinsertion (CDDR) de Meri et un autre site à Mora. Cette position qui est largement partagée, vient battre en brèche une certaine opinion qui laisse croire que Boko Haram a baissé d’intensité de frappe.

Source : CNDLH/Extrême-Nord/ DataViz by ADISI-Cameroun

Ce chercheur qui travaille sur la problématique de l’insécurité dans cette partie du pays, trouve les incursions de Boko Haram « audacieuse » comme un défi à l’armée Camerounaise et à l’autorité de l’Etat. Ce qui donne plusieurs raisons de croire que les adeptes de cette nébuleuse sont aux portes de Maroua. « Ils attaquent et progressent à l’intérieur de la région jusqu’aux pont Sava, signe qu’ils peuvent attaquer Maroua », craint le chercheur.

Les dernières attaques qualifiées de terroristes remontent à 2017, toutes les autres attaques n’ayant pas de connotation de terreur selon des sources sécuritaires locales.

Source : CNDLH/Extrême-Nord/ DataViz by ADISI-Cameroun

Tout compte fait, des observateurs dans la région s’accordent à dire que les incursions de Boko Haram en territoire camerounais, visent à se ravitailler en denrées alimentaires, kidnapper pour exiger des rançons afin de constituer leur trésor de guerre, enlever des jeunes filles et femmes pour leur servir d’agent de renseignement et les jeunes ou enfants pour les enrôler.

Paul- Joël KAMTCHANG de retour de Maroua

 

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