Cameroun : 40,1 % des recettes fiscales consacrées à la dette en 2025

En 2025, le service de la dette publique a représenté 23,8 % du budget de l’État et 40,1 % de ses recettes fiscales. La Banque africaine de développement alerte sur une pression croissante qui réduit les marges de manœuvre budgétaires et contribue à l’accumulation des arriérés de paiement.

Le poids de la dette prend une place croissante dans les finances publiques camerounaises. Dans son Rapport pays 2026 – Cameroun, publié en août 2026, la Banque Africaine de Développement (BAD) estime que le service de la dette publique a représenté 23,8 % du budget de l’État en 2025, contre 21,6 % en 2024. Rapporté aux recettes fiscales, le poids est encore plus important. Il atteint 40,1 % en 2025, contre 35,7 % un an plus tôt. Autrement dit, explique Hélène Malekou, économiste, « pour 100 francs Cfa de recettes fiscales mobilisées par l’État, environ 40 francs sont consacrés au service de la dette ». En un an, cette proportion a progressé de 4,4 points, souligne le rapport.

Une pression sur les marges budgétaires

« Cette progression traduit une pression accrue sur les ressources publiques, alors que l’État doit parallèlement financer les infrastructures, l’éducation, la santé et les autres dépenses de développement », observe l’économiste. La BAD estime que le coût élevé du service de la dette pèse sur les dépenses sociales et de développement et réduit les marges de manœuvre budgétaires.

Dans son analyse de la viabilité de la dette réalisée en avril 2026, l’institution relève que le Cameroun fait face à un risque élevé de surendettement lié notamment aux problèmes de liquidité. Cette tension se manifeste également dans les paiements de l’État. La BAD indique que le poids élevé du service de la dette contribue à l’accumulation des arriérés de paiement. Les paiements d’intérêts représentaient par ailleurs 7,5 % des recettes internes du gouvernement en 2025.

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Le rapport établit aussi une comparaison entre les intérêts de la dette et les dépenses publiques de santé. Entre 2021 et 2023, le Cameroun a consacré davantage au paiement des intérêts de sa dette publique qu’aux dépenses de santé, selon les données présentées dans la figure 6 du rapport. Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), le Cameroun a payé près de 30 milliards de FCFA d’intérêts et commissions en juin 2026.

 

Une dette sous le plafond, mais une liquidité sous pression

Le niveau d’endettement global ne dépasse toutefois pas le plafond communautaire. La dette publique s’établissait à 39,4 % du PIB en 2025, contre 44,6 % en 2024, soit un niveau inférieur au plafond de convergence de 70 % du PIB fixé dans la CEMAC. Pour Hélène Malekou, « l’enjeu se situe donc moins dans le seul niveau d’endettement que dans la capacité de l’État à honorer ses échéances sans réduire excessivement les ressources disponibles pour les autres priorités publiques ».

La structure de la dette constitue également un point de vigilance. La BAD relève notamment la place croissante des créanciers intérieurs et commerciaux. La dette intérieure présente une maturité moyenne plus courte, 5,5 ans en 2025 contre 7,6 ans pour la dette extérieure. Son taux d’intérêt moyen atteignait 3,5 %, contre 2,4 % pour la dette extérieure.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

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