Cameroun-Coronavirus : Le « centre d’isolement » de l’Hôpital Laquintinie : une fable ?

Annoncé à l’hôpital Laquintinie, à Douala, retenu dans le dispositif de prévention et de lutte contre le Coronavirus dans la région du Littoral, le « centre d’isolement » des cas suspects de cette épidémie apparue en Chine en décembre 2019, est encore invisible.

Jeudi 27 février 2020, il est un peu plus de 16 heures. Nous sommes à l’hôpital Laquintinie, à Douala. C’est la formation sanitaire retenue dans le dispositif de prévention et de lutte contre le Coronavirus dans la région du Littoral. Si l’on s’en tient aux déclarations du Dr Victor Kame, le responsable du Centre régional pour la prévention et la lutte contre les épidémies pour le Littoral, c’est ici que doivent être transportés les cas suspects détectés aux entrées du port et de l’aéroport international de Douala. Ils doivent être installés dans le « centre d’isolement » dont le médecin épidémiologiste nous déclare l’existence. Nous nous mettons donc en quête de cet espace.

L’agent de sécurité qui nous renseigne à l’entrée de l’hôpital nous fait savoir qu’il est localisé au service des urgences. Sur place, un autre vigile nous indique qu’il est situé juste derrière le bâtiment. Rendus sur le site, nous voyons une tente de couleur verte, abritant des lits d’hôpital non occupés. Il y a assise à l’intérieur une femme, un tube de perfusion vide au bras. En anglais, elle nous fait savoir qu’elle se fait soigner du choléra.

L’agent de sécurité s’est donc trompé. Le centre d’isolement qu’il croyait être celui des malades du coronavirus est en réalité celui qui réservé aux malades de choléra. Nous lui faisons comprendre son erreur mais il ajoute : « il y aura un centre d’isolement du coronavirus dans cet hôpital. Il sera installé derrière le bâtiment « petit payant ». On a commencé à débroussailler pour y construire cet édifice. Vous voyez qu’il est éloigné du reste de l’hôpital. C’est à cause de la dangerosité des cas qui y seront traités ». Des fables ? Difficile de savoir.

D’autant plus que nous ne parviendrons jamais à faire décrocher Dr Victor Kame que nous essayons de joindre pour savoir où se situe exactement le « centre d’isolement ». Pas plus d’informations avec le chef du département des urgences que nous réussissons à joindre. Le Dr Mekolo nous fait savoir que sa hiérarchie ne l’a pas autorisé à nous parler. Interrogé, un brancardier d’âge mûr assis à l’entrée de la tente qui sert de bureau à lui et à ses collègues nous répond qu’il n’a pas connaissance de l’existence d’un centre d’isolement.

Les ambulances font partie du « dispositif » anti-coronavirus annoncé de cette formation hospitalière. Un des conducteurs nous fait savoir qu’en plus des autres destinations, il est prévu que ses collègues et lui fassent des aller et retours entre l’hôpital Laquintinie et l’aéroport international de Douala. Les autorités sanitaires, les médecins spécialistes des épidémies qui traquent le coronavirus encore appelé Covid-19 auraient-ils donc choisi d’agir dans la discrétion la plus totale ?

Les Camerounais abandonnés ?

En effet, le monde est en alerte depuis les premiers jours du mois de décembre 2019. Cette période coïncide avec l’apparition à Wuhan (province du Hubei) en Chine d’une épidémie causée par un virus de la famille des coronavirus. Dans ce pays foyer principal de la pathologie, l’on enregistre de nombreuses contaminations. Au moins 25 Etats sont touchés jusqu’ici. Le Nigéria voisin a enregistré son premier cas d’infection. Le 30 janvier 2020 l’Organisation mondiale de la santé a décrété l’état d’urgence sanitaire. A la date du 23 février 2020 l’on comptait 2442 morts après la mort de 97 nouveaux malades dans le Hubei. Un Camerounais était compté parmi les personnes infectées par la pathologie rebaptisée COVID-19.

L’étudiant Pavel Daryl Kem Senoua, 21 ans, avait été contrôlé positif le 5 février 2020. 5 jours plus tard il sortait de l’hôpital guéri et rentrait dans un appartement où il allait vivre seul durant 14 jours. Le temps pour les autorités chinoises de s’assurer qu’il ne représente plus un danger pour les autres. La bonne nouvelle, Kem Senoua n’a pas occulté la prise en charge quasi inexistante des quelque 300 ressortissants camerounais pris au piège dans la région touchée par le coronavirus. « Notre frustration est encore plus grande lorsque nos collègues des pays voisins reçoivent un soutien moral et physique de leur hiérarchie. Nous refusons de croire que nous avons été abandonnés, c’est pourquoi nous voulons saisir cette occasion pour crier à l’aide de votre part », se plaignaient-ils au début du mois de février.

L’on se rappelle du coup de ces propos du père de Pavel Daryl Kem Senoua alarmé par l’inaction des autorités de son pays. « Nous-mêmes les parents, nous avons essayé sans succès d’entrer en contact avec l’Ambassadeur. Là-bas, c’est silence radio. Le gouvernement à Yaoundé, ne semble pas être aussi préoccupé par le sort de nos enfants alors que d’autres pays organisent le rapatriement de leurs ressortissants. J’ai perdu le sommeil. C’est mon enfant qui est atteint pas le virus. Si les autorités camerounaises avaient réagi depuis qu’on appelle au secours, mon fils serait parti de la chine depuis », se plaignait Georges Bassam.

Prévention

De façon globale, le gouvernement a pris des dispositions pour contrer l’épidémie de coronavirus. Le 20 février 2020, le ministre délégué aux relations extérieures Félix Mbayu annonçait la mise à disposition des Camerounais du Hubei de 50 millions F CFA. Il disait appliquer là une instruction du président de la République Paul Biya. A la fin du mois de janvier 2020, le ministre de la santé publique a édicté un certain nombre de mesures. Il a exigé de ses collaborateurs le renforcement de la surveillance épidémiologique aux différents points d’entrée au Cameroun, la communication sur le risque et le renforcement du mécanisme national pour faire face au coronavirus. Aux populations, Malachie Manaouda a réclamé plus de vigilance et le respect des règles élémentaires d’hygiène.

Il leur a aussi demandé de signaler toute personne ayant effectué un voyage hors du Cameroun ou ayant été en contact avec un voyageur malade et présentant les symptômes du coronavirus dans les 14 derniers jours précédant le début de la maladie. Le personnel soignant a été invité à renforcer les mesures de prévention et déclarer tout cas suspect selon les directives en vigueur. Un numéro gratuit, le 1510, a été mis en place pour faciliter la collecte des informations en rapport avec l’épidémie. Mais des usagers rapportent qu’il ne fonctionne pas toujours.

Selon le Dr Victor Kame, il y a « un personnel de l’aéroport qui est d’astreinte. Il est de garde et travaille 24 heures sur 24. Au niveau des services de la région il y a une équipe qui est d’astreinte comme c’est le cas pour moi aujourd’hui (le 20 février 2020, ndlr). Cette équipe est composée de gens qui vont faire l’investigation, aider au transport de tout éventuel malade vers l’hôpital Laquintinie ». Le matériel de surveillance est constitué de caméras thermiques, qui ont été installées à l’aéroport international et au port autonome de Douala, de thermo flashes, de la solution hydroalcoolique pour désinfecter les mains de tous les voyageurs qui entrent au Cameroun. L’épidémiologiste se montre plutôt prudent lorsqu’il parle du risque de contamination au Cameroun. Il explique que même si le virus pourrait entrer au Cameroun par les chauves-souris et les pangolins, le risque « est très mineur chez nous ». Le « risque majeur » selon lui est celui des migrations humaines. « Donc à la suite d’un voyageur qui a été en contact ou qui sort d’une région où existe déjà l’épidémie », fait-il valoir.

Pierre Arnaud Ntchapda

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