Cameroun : L’Éléphant blanc de la COVID-19
Stade Mbappe Leppé à Douala, transformé en centre de Covid-19

Au Cameroun, le gouvernement brandit des chiffres miraculeux, le taux de guérison comme étant le plus important au sud du Sahara avec près de 94% en fin Aout 2020. Mais entre dons disparus et hôpitaux vides, le vrai miracle, c’est ce que met en poche les puissants sur le dos des malades.

Dans les réseaux sociaux, une image choc diffusée à la mi-juin: le cadavre d’une dame âgée dans une voiture, juste au portail de l’Hôpital régional de Bertoua. Tout porte à croire qu’elle est décédée de la COVID-19, après que son mari en soit hospitalisé et diagnostiqué. L’hôpital se défend en disant qu’il était trop tard pour une intervention, que les gens attendent trop avant d’aller chercher des soins.

Au Cameroun, le gouvernement a pris son temps pour réagir, devenant un des pays africains les plus touchés par la pandémie dès avril 2020.

Une fois la pandémie bien enclenchée, le gouvernement a mis le paquet pour construire des hôpitaux et ce, à une vitesse. Cependant, une fois toutes les installations faites, Et pourtant, elles restent vides. Tandis que d’autres sont en cours de démantèlement sans avoir reçu le moindre patient malgré le nombre qui explose.

À l’hôpital de YASSA (un centre agréé COVID) on aurait accueilli plus de 150 cas vers la fin juillet. Dans la réalité il n’y a pas eu plus de 10 personnes malades de la COVID dans ce centre de santé.

 Des dons recus des partenaires étrangers

Jusqu’en fin juillet 2020 selon les décomptes du Ministère de la Santé, le Cameroun comptait 155 Unités de prise en charge (UPEC) contre la Covid-19 repartit dans les 10 régions du pays et localisables dans les grandes villes. Le document en question du Ministre ne donne pas de détails sur les réelles références de ces hôpitaux, tant, les données désagrégées font défaut.

Mais alors que les chiffres de l’UPEC montrent une occupation des lits de moins de 30%, plusieurs citoyens se retrouvent face à des portes closes quand ils requièrent des soins de santé.

Les soins restent un privilège. Et pour ceux qui n’ont pas les bonnes connections, ils ne sortiront pas de leur voiture vivant.

Opération « se remplir les poches »

Pendant que les citoyens frappent un mur quand ils demandent des soins de santé, certains s’en mettent plein les poches.

Au Stade Mbappé Leppé, transformé en centre de soin, le contrat de location de toilettes serait de 100 millions de FCFA par mois. Le député Jean Michel Ninctheu, multiplie les interventions dans les médias pour dénoncer cette situation:

« Chaque semaine qui passe, est nimbée de rumeurs et de faits d’opacité, de surfacturations, de collusions et de conflits d’intérêts qui ont cours au Minsanté relativement à la gestion de la pandémie de covid-19 dans son ensemble ».

  Stade Mbappe Leppé à Douala, transformé en centre de Covid-19

Fin juillet, Orca, une entreprise offre 4000 sacs de riz de 25 kg destinés aux populations appauvries par l’arrêt de leur activité économique. Mais, rapidement, on a perdu les traces des sacs de riz remis au Ministère de la Santé. A savoir dans quelle casserole le riz est cuisiné, le ministère dit avoir redistribué les sacs aux gouvernorats. Harcelé par la clameur populaire, le Ministre de la santé a indiqué les avoir remis à chacun des 10 gouverneurs de région. Jusqu’à ce jour, aucun gouverneur ne s’est justifié sur la destination finale. Certains témoins affirment que ces sacs de riz ont été vendus.

Ce ne sera pas le seul don qui disparaîtra, alors que plusieurs proches du gouvernement s’approprient les dons et interdisent bien aux opposants de solliciter l’aide. Ce que veut les sbires du Président Paul Biya, c’est s’assurer que l’aide ne permettra pas aux opposants du régime de marquer des points politiques.

Une longue liste de dons étrangers

Dans la liste des dons en numéraires et en nature publiée par le Ministre de la Santé le 29 juillet 2020, au titre de la transparence dans le cadre de l’utilisation des ressources mobilisées pour la lutte contre la Covid-19, plusieurs donateurs ainsi que les montants n’ont pas été mentionnés.

En comparant la liste des appuis reçus par l’Etat du Cameroun de divers donateurs nationaux et internationaux et celles proposées par Covid-19 response, plusieurs manquements sont observables. Le listing du Ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie publié le 29 juillet 2020 sous forme de « communiqué presse-radio » n°D13-223 omet certains donateurs.

C’est le cas par exemple, de l’appui du groupe de la Banque africaine de Développement (BAD) d’une valeur de 99 356 590 dollars américains soit un peu plus de 49 678 295 000 F Cfa. Cet appui a été réceptionné par le Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire et celui des Finances sous l’appellation « Covid-19 response Budget Support programme (PABRC) ». Au chapitre des oubliés, figure également l’Agence Française de développement (AFD). Elle a mis à la disposition de l’Etat du Cameroun, comme on peut le voir inscrit sur le portail digital des donateurs internationaux, 10 836 000 dollars us soit un peu plus de 5 418 000 000 FCFA sous l’appellation « Contribution à la réponse d’urgence face à la pandémie Covid-19 ».

     Des sacs de riz portés disparus

Sur ledit portail, l’on note que depuis le déclenchement de la crise sanitaire causée par la Covid-19, c’est un peu plus de 43 projets répertoriés qui sont implémentés au Cameroun dans le cadre de la lutte contre cette pandémie. Les fonds alloués à ces projets sont versés directement au gouvernement camerounais à travers ses ministères et structures sous-tutelles, par les agences onusiennes dont l’Unicef et le PNUD, les agences gouvernementales, des ONG internationales et leurs partenaires locaux.

Le gros donateur jusqu’ici reste l’Agence américaine pour le développement International qui soutient 16 projets. Il est suivi par la Commission européenne avec à son actif, 8 projets. C’est ainsi, un peu plus de 14 bailleurs de fonds répertoriés qui sont au chevet du Cameroun dans le cadre de la lutte contre la Covid-19.

Des chiffres gouvernementaux déséquilibrés

« Du point de vue des dépenses totales effectuées, la riposte sanitaire a coûté au cours des cinq derniers mois un montant total de 20.204.325.314 F Cfa » a l’Etat du Cameroun précise le Ministre de la Santé publique au 24 juillet 2020 au cours de sa traditionnelle conférence de presse. Et le Communiqué radio-presse publié 5 jours plus tard parle de 21 973 779 873 F Cfa avec les mêmes postes de dépenses.

Les dépenses sont reparties par poste, couvrant aussi bien les aspects décentralisés que programmatiques. Dans cette série de note, on peut toucher du doigts le volet logistique de la riposte contre la Covid-19 avec en prime 155 unités de prise en charge (Upec) à travers le pays. Le Centre se taille la part du lion avec 82, suivi du Littoral 13 autant pour la région de l’Est. L’Adamaoua étant le parent pauvre avec 3 Upec pour 96 cas actifs. On note qu’à ce jour, le Cameroun dispose de 3 540 lits d’hospitalisation pour 1 548 cas actifs sur l’ensemble du territoire national.

Connaitre

L’initiative pour la transparence internationale de l’Aide, est un portail de publication de données dans le cadre de la transparence internationale. Les données sont publiées par les donateurs eux-mêmes pour soutenir le suivi citoyen local pour la bonne mise en œuvre des politiques publiques recevant de l’aide extérieure.

Et au travers des chiffres publiés sur le site Covid-19 response, les citoyens peuvent voir que les décaissements n’ont rien à voir avec les besoins des citoyens qui eux, ne peuvent même pas rentrer dans l’hôpital.

Paul- Joël Kamtchang

Travaux réalisés dans le cadre du projet Opening central Africa

 

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