La Covid-19 et les tracasseries routières ont réduit la circulation sur le corridor Douala-Bangui longue d’environ 1500 kilomètres de 35 à 45% alors que 80 % des marchandises consommées en République Centrafricaine transitent par le Cameroun.

Aux environs de 12 heures vendredi 03 juillet 2020, seulement 04 gros porteurs sont stationnés au parc de Bonis à l’entrée de la ville de Bertoua. « Depuis le début de la crise sanitaire, il y a des jours qu’on enregistre seulement 3 ou 4 camions. C’est pendant les week-ends qu’on peut accueillir 10 à 15 gros porteurs. Avant on enregistrait plus des camions et la plupart étaient en transit », indique Zachary Ndam, vendeur de ticket dans le parc.

Le parc des gros porteurs de Bonis est en effet, la première grande espace de repos pour les transporteurs de marchandises en provenance des ports de Douala, Kribi et Limbé en transit pour les pays de la sous-région Afrique Centrale à savoir la République Centrafricaine (RCA), le Tchad et le Congo Brazzaville.

Au niveau du Bureau d’affrètement routier centrafricain (BARC) toujours à Bonis, les statistiques du trafic sur le corridor Douala-Bangui sont au ralenti. « Il y a des semaines qu’on enregistre moins de 20 camions en destination de Bangui où Berberatti (capitale économique de la RCA, ndlr) contre plus de 50 qu’on avait l’habitude d’enregistrer », confirme Wazili Bachirou, chef du Bureau BARC dont le rôle est « la vérification des lettres de voitures établies aux ports de Douala, Kribi et Limbé ».

A Graoua-Boulaï, dernière ville camerounaise qui partage la frontière avec la RCA au Nord du département du Lom-et-Djerem, l’arrivée des camions est également en baisse. Selon le Chef du parc Denis Bobo, les voyages ont chuté d’environ 60% depuis l’avènement de la pandémie du coronavirus. Le chef d’Agence du Bureau de gestion du fret terrestre à l’Est (BGFT), Moussa Manga, situe cette réduction de circulation des marchandises sur le corridor Douala-Bangui, longue d’environ 1500 kilomètres à cause du Covid-19 entre 35 à 45%.

Tracasseries

Avant la Covid-19, les tracasseries routières, conséquences de nombreux contrôle, impactaient déjà négativement sur le flux de marchandises sur ce principal axe de transport africain. « Je lance un appel au secours à toutes les administrations et partenaires au développement pour qu’ils nous apportent leur appui à la lutte contre les blocages à la libre circulation des marchandises. Ces blocages risqueraient nous couter la déviation de notre corridor par nos frères Tchadiens et Centrafricains et pour cause, la multiplicité des postes de contrôle et les tracasseries ». Déclaration faite lors d’une sortie publique par Ibrahima Yaya, président national du Groupement des Transporteurs terrestre du Cameroun (GTTC). A ce sujet, Salihou Alim, un transporteur sur ce corridor depuis 10 ans affirme « qu’entre Douala et Garoua-Boulaï, il existe plus de 60 postes de contrôles où un gros porteur doit dépenser plus de 450.000 F Cfa comme frais de route avant d’entamer le trajet de Bangui où il va toujours dépenser de l’argent ».

Selon les données douanières, plus de 80% des marchandises consommés en République Centrafricaine sont importés via le Cameroun. Au niveau des principales frontières entre le Cameroun et la RCA comme Garoua-Boulaï, Kentzou, et Gari-Gombo, les échanges sont plombés par ces multiples contrôles. « Le nombre des gros porteurs qui circulent a considérablement baissé, les commerçants ne se déplacent plus de part et d’autre », rapporte une source douanière à Gari-Gombo

Conséquences

D’après Denis Bobo, Chef du parc de Garoua-Boulaï, l’incidence de cette baisse du commerce transfrontalier au niveau des recettes de la Commune est considérable. « Les recettes annuelles du parc se chiffraient traditionnellement entre neuf et dix millions F Cfa. Mais ce revenu a baissé de manière drastique depuis le début de la pandémie du coronavirus », soutient-il.  Dans la même lancée, la chute des recettes douanières dans la région de l’Est est perceptible. A la fin du premier trimestre de l’année 2020, les indicateurs étaient au rouge. « Nous sommes en chute totale des recettes », a indiqué Engelbert Claude Dovoh, Chef de Bureau des Douanes de Bertoua.

Au-delà des impacts sur les recettes, Engelbert Elom, un économiste relève  que « compte tenu du fait que 80% des marchandises industrielles et des produits alimentaires consommés en RCA transitent par le Cameroun, si la chaine de ravitaillement ne fonctionne pas normalement, il y aura à court terme, l’inflation sur le marché centrafricain et à moyen et long terme, la perte d’emploi dans le secteur des transports des deux pays et le développement incontrôlé de la contrebande à cause de la longue et poreuse frontière. Ceci pour continuer à satisfaire les consommateurs. Toute chose qui aura un impact plus négatif sur les économies déjà fragilisées par différentes crises ».

Conscients de l’impact négatif des tracasseries routières sur la libre circulation des personnes et des biens, les autorités camerounaises et centrafricaines multiplient des actions pour barrer la route à ces obstacles. C’est dans cet optique que le ministre camerounais des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe et son homologue centrafricain ont tenu une réunion de concertation le 06 juillet 2020 à Garoua-Boulaï pour trouver des solutions aux différents maux qui freinent la libre circulation

 Sébastian Chi Elvido à Bertoua

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