CITOYEN OU SUJET ? LE PRIX DU COURAGE AU KAMERUN

Dans une démocratie véritable, aimer son pays ne consiste pas seulement à chanter l’hymne national ou à défiler lors des fêtes officielles. Aimer son pays, c’est s’engager pour son amélioration, défendre l’intérêt général, dénoncer les injustices et participer activement à la vie publique. Mais au Kamerun, cet engagement citoyen ressemble de plus en plus à un parcours semé d’embûches. Entre peur, intimidation, répression et résignation, une question s’impose : le citoyen Kamerunais est-il encore libre d’exercer pleinement son devoir civique ?

  Militer : un devoir citoyen

Dans toute nation qui aspire au progrès, le citoyen n’est pas un spectateur. Il est un acteur. Il doit contribuer à l’éducation politique de la population, participer au débat public, faire émerger des idées nouvelles, identifier les compétences et contrôler ceux qui gouvernent.  Le philosophe français Montesquieu affirmait : « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » Voilà pourquoi le silence du citoyen est dangereux. Lorsqu’un peuple cesse de questionner ses dirigeants, il devient progressivement prisonnier de leurs décisions.

Militer, ce n’est pas forcément appartenir à un parti politique. C’est défendre des causes justes. C’est dénoncer les détournements, les abus, les discriminations et les violations des droits. C’est aussi être aux côtés des populations lorsque leurs intérêts sont menacés. Dans un pays normal, cette attitude devrait être encouragée. Au Kamerun, elle est souvent perçue comme un acte de défiance.

La peur comme mode de gouvernance 

Depuis plusieurs décennies, un climat de peur s’est installé dans l’espace public Kamerunais. Beaucoup de citoyens évitent de prendre position sur les questions sensibles. Les fonctionnaires craignent des sanctions administratives. Les étudiants redoutent les représailles académiques. Les journalistes vivent sous la menace permanente des convocations, suspensions ou arrestations. Résultat : l’autocensure devient une méthode de survie. L’universitaire Kamerunais Hubert Mono Ndjana disait : « Un peuple qui a peur de parler finit par perdre le droit d’être écouté. »

Cette phrase résume parfaitement le drame Kamerunais. Combien de citoyens préfèrent aujourd’hui se taire face aux injustices ? Combien choisissent l’indifférence par peur des conséquences ? Le problème est là : lorsqu’un peuple est convaincu que toute critique peut lui coûter sa carrière, sa liberté ou sa sécurité, il cesse progressivement d’être citoyen pour devenir sujet.

L’étouffement du débat public 

Une nation avance grâce à la confrontation des idées. Le débat contradictoire est le moteur du progrès. Pourtant, au Kamerun, toute voix critique est rapidement cataloguée : opposant, ennemi du régime, perturbateur, tribaliste ou manipulateur. Cette diabolisation du débat public produit un effet dévastateur : les compétences se retirent progressivement de la sphère politique et sociale. Les meilleurs préfèrent souvent le silence ou l’exil. Pendant ce temps, la médiocrité prospère dans les espaces laissés vacants. Thomas Sankara rappelait : « L’esclave qui n’assume pas sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. » Cette citation dérange, mais elle interpelle. Car aucune société ne peut se transformer durablement sans l’implication courageuse de ses citoyens. Quand les intellectuels se taisent, quand les jeunes abandonnent le débat public, quand les élites préfèrent préserver leurs privilèges plutôt que défendre le peuple, le pays s’enfonce lentement dans l’immobilisme.

La démocratie de façade 

Officiellement, le Kamerun est une démocratie. Les élections existent, les partis politiques aussi. Mais la démocratie ne se limite pas à des textes ou à des institutions. Elle suppose des libertés réelles : liberté d’expression, liberté d’association, liberté de critique et égalité des citoyens devant la loi. Or, beaucoup de Kamerunais ont le sentiment que participer à la vie publique comporte plus de risques que d’avantages. Voilà peut-être la raison profonde de l’apathie générale observée aujourd’hui. Le citoyen découragé finit par se convaincre que son avis ne compte pas. Il vote parfois sans conviction ou renonce complètement à participer. La politique devient alors l’affaire d’un petit cercle pendant que la majorité observe en silence.

Quand la peur remplace l’engagement

 Un pays où le citoyen a peur de parler est un pays qui marche vers l’asphyxie démocratique. Le silence imposé ou intériorisé ne produit jamais la stabilité ; il produit la frustration, la colère contenue et le désespoir collectif. Le véritable patriotisme ne consiste pas à applaudir aveuglément les dirigeants. Il consiste à vouloir un pays plus juste, plus libre et plus digne. Critiquer n’est pas trahir. Se battre pour l’intérêt général n’est pas un crime. Le Kamerun n’a pas seulement besoin d’infrastructures ou de grands discours. Il a besoin de citoyens libres. Car un peuple réduit au silence finit toujours par perdre jusqu’au droit de rêver son propre avenir.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que les liens hypertextes sont de la rédaction

 

 

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