Covid-19 : 35 hôtels fermés dans le département du Fako
Source : Botanic Garden/DataViz by ADISI-Cameroun

Déjà affaibli par la crise sécuritaire qui secoue la région depuis bientôt cinq ans, le secteur du tourisme est à 70% affecté par le Corona virus. Plusieurs promoteurs d’établissements hôteliers ont d’ailleurs dû mettre la clé sous le paillasson faute de clients et donc de revenus.

Au parc zoologique de Limbe, aucun visiteur n’y a accès depuis mars 2020. Le Limbe wildlife centre est fermé au public depuis la survenance du corona virus au Cameroun. En lieu et place de la note habituelle informant sur les modalités pratiques d’accès au site, c’est plutôt un message d’un autre genre qui accueille depuis lors les visiteurs. « Fermeture temporaire. Aucun visiteur autorisé jusqu’à nouvel ordre. Merci de votre compréhension. Ensemble nous devons protéger la faune », lit-on.

« Comme écrit sur le communiqué affiché, on ne reçoit plus de visiteurs. Et c’est depuis mars, à cause du corona virus », renseigne une dame depuis la petite cour intérieure du parc, face au regard interrogateur du reporter après lecture de la note affichée au portail d’entrée. A un jet de pierre de là, le Jardin botanique bien qu’ouvert au public, fait aussi les frais de la crise sanitaire. « A partir du mois de mars, suite à l’annonce des premiers cas et la mise en place des mesures gouvernementales, on a connu une baisse des visites. Heureusement depuis le mois de septembre dernier, la situation se stabilise. La courbe remonte jusqu’à 1 300 visiteurs par mois », fait savoir Serge Djomo, conservateur du Jardin botanique.

Source : Botanic Garden/DataViz by ADISI-Cameroun

Avec plus de 1 000 visiteurs par mois jusqu’en janvier 2020, ce site qui promeut l’écotourisme est passé à une moyenne de 700 visiteurs depuis la survenance de la pandémie en mars 2020. « Les mois les plus affectés ont été mars, avril, juin, juillet et août, où on a eu un nombre de visiteurs en deçà de la moyenne. En avril par exemple, on a eu 500 visiteurs, en juin 570 et en juillet 530 visiteurs. », indique le conservateur. « Naturellement, cela a aussi eu un impact sur nos revenus. On avait une moyenne de 250.000 Fcfa de revenus mensuels. Or, en temps normal, la moyenne est de 350.000 Fcfa voire 400.000 Fcfa ».

Des pertes énormes

Chez les hôteliers, la situation est encore loin de se stabiliser. A Tsaben Beach hôtel situé sur la route de Idenau, c’est le calme plat qui accueille le visiteur. Seuls le bruit des vagues et le chant des oiseaux perturbent la tranquillité des lieux. L’établissement qui compte 26 chambres et deux restaurants (un restaurant pour l’hôtel et un autre pour la plage) est vide. Seule l’une des chambres est occupée. « Actuellement, une seule chambre est occupée par un expatrié vivant ici à Limbe. Il vient ici de temps en temps pour se détendre. On ne le considère plus comme un visiteur. Il est ici comme à la maison », indique Georges Njang, le réceptionniste. Ce dernier affirme que l’impact de la Covid-19 y est conséquent. « Corona nous a beaucoup affecté. Et ça continue même d’ailleurs. On fait un mois, voire deux sans aucun client », révèle le réceptionniste.  « Corona est venu nous tuer complètement. On passe des semaines sans qu’aucun client ne se pointe à l’hôtel. A la plage, juste quelques personnes d’ici de temps en temps », se lamente Thomas Tsabo, promoteur de Tsaben Beach hôtel.

« Comme ça ne marche pas depuis, c’est trop de stress pour moi. Vous faites un investissement, et rien n’entre. Au contraire tu dépenses encore car il faut entretenir, payer le peu de personnel encore là parce qu’on a été obligé de remercier beaucoup d’employés, et on a fait beaucoup de prêts en banque pour entretenir l’établissement. J’avais 16 employés, j’ai dû en remercier 11 et là je ne tourne plus qu’avec 5 employés, juste pour la permanence. Vous allez faire comment quand vous restez pendant un mois, deux mois sans que personne ne vienne ? Sans qu’un client ne se pointe à l’hôtel ? C’est très grave. Je suis touché à 99%. Les pertes économiques sont énormes », rajoute-t-il.

Des hôtels fermés

Selon les acteurs de la filière, le secteur était déjà fragilisé du fait de la crise anglophone. « Et au moment où on commençait à trouver une certaine stabilité, la Covid-19 est arrivée et à réduit à zéro nos efforts et espoirs », se désole un restaurateur. A en croire Mosoke George Musonge, délégué départemental du Tourisme et des Loisirs pour le département du Fako, l’impact de la Covid-19 sur le secteur touristique est réel et assez important. « Dans le Fako et dans la région du Sud-Ouest en général, nous faisons face depuis 4 ans à une situation d’insécurité suite à la crise anglophone. Pendant que dans le secteur touristique on faisait tout pour sortir de cette situation et promouvoir nos destinations, nous avons encore subi un autre coup avec la survenance de la Covid-19. Le coronavirus ici chez nous a touché beaucoup de promoteurs des établissements hôteliers et restaurants. Des hôtels ont fermé. J’ai eu 35 hôtels fermés dans le département du Fako. Parce que non seulement ils ont subi les conséquences de la crise anglophone (parce qu’il n’y avait plus de clients qui venaient), maintenant la Covid-19 est venue s’ajouter », explique le départemental.

Ce dernier poursuit, « quand 35 hôtels ferment, il faut savoir que c’est plus de 100 personnes, je dirai même 200 personnes qui restent sans emplois. Donc, cela a eu un impact réel dans notre économie. Les restaurants c’est la même chose. Même quand on prend toutes les mesures prescrites par le gouvernement, c’est la même chose. Lorsqu’il n’y a pas de clients, les économies tombent ». Pour le délégué départemental, l’impact de la Covid-19 sur le secteur du tourisme se fera ressentir même des années plus tard.

D’après lui, peu de parents seront motivés dans l’avenir à encourager leurs enfants à faire des études dans le domaine du tourisme au regard de l’expérience qu’ils vivent avec la crise sécuritaire hier et aujourd’hui sanitaire. Avec des structures qui ferment et donc des enfants qui se retrouvent sans boulot du jour au lendemain. Pour l’heure, de nombreux acteurs de la filière avouent ne plus savoir à quel saint se vouer et ont depuis lors, leurs regards tournés vers le gouvernement qu’ils appellent à l’aide.

Travaux réalisés dans le cadre du projet « Accès à l’information en période de Covid-19 » avec le soutien de Free Press Unlimited.

Marthe NDIANG

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