Déguerpissement : Au quartier New-town aéroport, les débris attirent la foule

Au lendemain des casses des habitations construites aux alentours de l’aéroport international de Douala, le site sinistré fait l’objet des convoitises des habitats des quartiers environnants.

Vêtue d’une longue robe kaki, d’un voile sur la tête et d’une paire de sandale noire, Abiba, fouille les décombres de ce qui reste de leur maison familiale au lieudit New Town Aéroport, à proximité de l’aéroport international de Douala. La jeune fille débraillée d’environ 12 ans, espère récupérer quelques objets.  Depuis la casse de samedi 26 juin 2021, elle a été séparée de la quasi-totalité de sa famille.  « On s’est éparpillé, chacun est de son côté. Ma mère et mes frères ont trouvé un abri, mais moi je ne suis pas avec eux. Quant aux autres membres (25) de la famille, je ne sais pas où ils se trouvent », confie-t-elle. Et d’ajouter : « Je dors en route, sous une table et un parasole. Je veille sur nos planches, sur nos affaires qui sont encore dans les décombres ».

Loquace avec des allures d’adulte, Abiba ne craint ni les intempéries, ni les agressions. Désormais sans abri, le matériel récupéré lui permet à elle et à sa famille, d’avoir de quoi manger. « Il y a des gens qui viennent faire leurs achats sur place. Moi je leur vends les planches que je récupère à l’endroit où se trouvait notre maison », déclare la jeune fille. Depuis le déguerpissement, la jeune fille y vient chaque jour, comme ce lundi 28 juin 2021, sécuriser les restes de leur maison familiale.  Après deux nuits passées à la belle étoile, elle envisage passer la nuit pour la première fois avec sa famille ce jour.

Recyclage

Sur ce site détruit, la jeune fille n’est pas la seule enfant qui traine dans les décombres. Mais contrairement à elle qui est une victime, la plupart des autres y sont pour gagner de l’argent.  Le cas des collecteurs de ferrailles, qui pour la plupart, viennent des quartiers voisins.

Dans ces ruines, il faut s’armer de courage et de patience pour obtenir de quoi se faire un peu d’argent. Il faut fouiller, et parfois creuser, pour trouver les barres de fer incorporées dans du béton, puis les casser afin d’en tirer ce qui deviendra de la marchandise. Ahmadou mène cette activité depuis plus de trois ans déjà. Agé de 14 ans environ et accompagné de 3 autres jeunes de la même tranche d’âge que lui, Ahmadou a pris d’assaut le site depuis le sinistre. En ce 3e jour de fouille, sa clique et lui espèrent gagner 2 000 F Cfa chacun. « Nous sommes ici depuis 6 heures du matin, et notre poussepousse  n’est pas encore plein. Il n’y a plus beaucoup de ferrailles, nous sommes nombreux à mener cette activité sur le site », explique Ahmadou, dans un français approximatif.

Alexis Mouafo, un transporteur, a opté pour la collecte des planches. Détenteur d’un tricycle, il a pris une pause afin de ravitailler sa maison en bois. Contrairement à lui, Gervis Tchepseu les collecte à but lucratif.  « Nous collectons les lattes pour aller les vendre au marché. Mais si on tombe sur autre chose comme les carreaux cassés et les antivols, on en ramasse et associons cela à notre collecte du jour, et ça nous fait gagner plus d’argent », explique Gervis Tchepseu.

A en croire Robert Epée, l’une des victimes, plus de 5 000 personnes, qui avaient pourtant reçu un préavis un mois avant les casses, ont été déguerpies dans ce quartier. Mais, le délai imposé aux habitants du site, selon lui, était court pour préparer leur départ avant la démolition. Ces casses interviennent à la suite du déguerpissement qui a eu lieu en janvier 2021, soit 6 mois avant celui du samedi 26 juin 2021.

Michèle EBONGUE

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