Electricité : Près de 98 millions FCfa perdus chaque mois à l’Est

Selon Eneo, environ 20% de l’énergie distribuée dans cette région est détournée. Certains abonnés préfèrent des raccordements illicites que les procédures formelles d’accès à l’électricité.

« Les arrangements et négociations flous qui se font généralement sur le terrain entre les agents d’Eneo et certains abonnés ou avec leurs sous-traitants sont des facteurs qui concourent à cette situation regrettable », pense Serge Afana, un acteur de la société civile à Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est. Ici comme dans d’autres villes du Cameroun, l’importance de l’énergie électrique n’est plus à démontrer.

Au centre commercial de Bertoua, il suffit de lever les yeux pour constater les nombreux fils qui s’entremêlent. Pendant que certains sont accrochés sur des poteaux, d’autres traversent les toitures ou trainent entre les couloirs des boutiques. « Nous cohabitons avec la mort dans ce marché tous les jours. Ces raccordements informels et frauduleux que vous voyez surchargent les installations et sont à l’origine des baisses de tension et cour-circuits dans ce marché où nous avons déjà enregistré trois cas d’incendies par le passé », déplore Narcisse Noudem, propriétaire d’une boutique.

Que ce soit au cœur de la ville, dans les quartiers où en zone péri-urbaine, les branchements frauduleux prennent des proportions inquiétantes. « Le grand problème ici c’est que les populations tiennent mordicus à avoir l’énergie dans leurs boutiques où dans leurs maisons même sans remplir les conditions requises. La plupart recourent aux électriciens du quartier qui procèdent à des installations très dangereuses susceptibles d’incendier une maison ou d’entrainer la mort par électrocution de toute une famille », explique Prince Emmanuel Loumba, employé d’une société sous-traitante de l’entreprise chargée de la distribution de l’énergie au Cameroun.

Par contre, certains abonnés qui se sont conformés à la procédure normale affirment avoir attendu plusieurs semaines voire des mois avant de voir leurs ampoules s’allumer et ce, après s’être acquittés des frais de motivation des agents chargés du raccordement. « On se connecte d’abord pour se conformer après », tente de justifier Richard Fah, un habitant de la ville. Comme ce dernier, un autre abonné frauduleux renchérit : « le jour qu’une équipe d’Eneo atterrit chez-vous pour un contrôle, vous-vous entendez simplement avec eux pour qu’elle ferme les yeux ». A la question de savoir pourquoi s’adonne t-il à cette pratique à la fois illégale et dangereuse, il évoque « le coup élevé de l’abonnement, le temps et le manque de moyens financiers ».

Réseaux mafieux

Dans une logique purement mercantile certains abonnés officiels fournissent de l’électricité aux voisins devenus leurs propres abonnés clandestins. Ceux-ci s’acquittent des frais dont une partie couvre les factures officielles, tandis qu’une autre est destinée à la survie de l’abonné-fournisseur. A cette situation s’ajoute une autre forme de mafia. Des négociations entre les agents recouvreurs et les abonnés en retard de paiement de factures. « Lorsque j’accumule plusieurs factures impayées, je négocie généralement avec les agents qu’on envoie sur le terrain pour qu’ils n’exécutent pas leurs avis de coupures », confie un chef de ménage sous anonymat.

Un manque de célérité qui fait perdre d’énormes recettes à l’opérateur du secteur de l’électricité à l’Est. « Nous enregistrons des pertes énormes dues aux installations non conformes, clandestines, frauduleuses et au non paiement de nos redevances par certains abonnés qui ont choisi des voies illégales. Environ 20% de l’énergie distribuée à l’Est est détournée. Ce qui représente des pertes de 98 millions F Cfa par mois, qui impactent chaque client réglo. Toutes choses qui font partie des principales causes de la mauvaise qualité de service technique tant décriée par les clients dans la région de l’Est », a déploré dans un communiqué, Luc Mayawad, le délégué régional d’Eneo, le 12 juillet 2021. Il met donc en garde les acteurs de ces basses manœuvres, et se réserve le droit de démanteler ces réseaux mafieux, et de les poursuivre sans répit.

12 unités commerciales

Dans toute la région de l’Est, Eneo compte un peu plus de 35000 clients. « Mais si vous fêtes le ratio par rapport au nombre d’habitants de cette région, vous allez déduire que nous avons peu d’abonnés malgré le fait que nous essayons d’améliorer l’accès à l’électricité. En 2018 nous avons réalisé 2000 branchements, 2250 en 2019 et 2590 en 2020. Ce qui nous a permis de passer de 30000 clients à 35000 clients », a expliqué Issou Baba, l’ancien délégué régional, il y a quelques mois. Dans l’ensemble de la région, cette structure ne compte que 12 unités commerciales. « De façon concrète, sur 100 Kw/heure émis, nous ne facturons que 68. Le reste est perdu dans la fraude. Maintenant, sur les facturés, nous encaissons combien ? À peu près 80% de ce qui doit nous revenir par mois. Hors, si l’on prend l’exemple de la centrale thermique de Bertoua, elle a besoin de 50.000 litres de Gas-oil par jour pour fonctionner 24h/24h. Ce qui coûte 25.000.000 F Cfa par jour et presque 75.000.000 F Cfa à Eneo qui encaisse 250.000.000 F Cfa par mois », a relevé l’ancien délégué régional d’Eneo.

Ange-Gabriel OLINGA BENG à l’Est

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués avec *.