Exploitation minière : plus de 155 morts enregistrés dans les sites miniers à l’Est en 7 ans

Parmi ces victimes recensées entre 2014 à 2021, on dénombre 69 artisans miniers et 38 enfants dont 17 âgés de 0 à 8 ans qui sont morts dans les éboulements de terre et par noyade dans les lacs artificiels abandonnés dans les sites miniers.

Le 30 mai 2021, 05 jeunes à la recherche de l’or sont morts dans un trou d’or à Kambélé, localité située à près de 7 kilomètres de Batouri, département de la Kadey à l’Est. Selon les artisans miniers du site et l’employé d’une ONG sur ce site, les victimes sont 2 Bororo, 2 originaires du village Kambélé et un jeune de Batouri. Ces morts rallongent la liste des victimes des chantiers miniers enregistrées dans cette région qui recèle une grosse partie des ressources naturelles du pays.

A Ngoura dans le département du Lom-et-Djerem, le village Ngoengoe est devenu tristement célèbre à cause du nombre élevé des décès enregistrés dans les trous d’or de cette localité entre 2014 et 2021. « Les chinois refusent de restaurer les sites. Ils ont abandonné des trous un peu partout. On a déjà enterré plus de 40 personnes mortes dans ces trous », déplore le chef de Canton Gbaya-Banginda, Sa Majesté Justin Bello. C’est avec les larmes aux yeux, que cette autorité traditionnelle présente les images et vidéos des 9 personnes mortes il y a trois ans suite à un éboulement de terrain survenu dans l’un des chantiers du campement Caillé.

A Colomine, une localité située à 30 kilomètres de Ngoura, plus de 22 décès ont été enregistrés depuis 2014. « Les exploitants détruisent les arbres, abandonnent les trous et prétendent que ce sont les propriétaires des titres d’exploitations qui doivent les fermer. Ils ont dévié le lit du fleuve Kadey », regrette Symphorien Haïto, chef de troisième degré de Colomine.

Dans le cadre de son projet Mines-environnement-santé et société (PROMESS), l’ONG, Forets et développement rural (FODER) récence depuis 2014, les décès survenus dans les chantiers miniers de la région de l’Est et de l’Adamaoua. Au 30 avril 2021, cette organisation a dénombré 155 morts depuis 2014. A ce chiffre, s’ajoutent les 5 morts enregistrés à Kambélé le 30 mai 2021. Parmi les victimes, on dénombre 69 artisans miniers et 38 enfants dont 17 sont âgés de 0 à 8 ans.

Dans le classement de ce drame, le département du Lom-et-Djerem est en tête avec 120 décès de 2014 à avril 2021. Dans les détails et selon le FODER, l’arrondissement de Ngoura a perdu 62 personnes dont 31 au seul village Ngoengoe et 22 à Colomine. Son voisin, l’arrondissement de Garoua-Boulaï a perdu 4 personnes depuis 2014. Dans le département de la Kadey, les sites miniers de Batouri, Kambélé Kétté et Ouli ont perdu un nombre cumulé de 34 personnes. Enfin, la migration des exploitants miniers dans la Boumba et Ngoko a aussi produit des effets car, un élève a perdu sa vie dans un site minier à Ouesso dans l’arrondissement de Gari-Gombo.

Causes

A l’origine de ces décès, 24 éboulements de terre, 12 noyades dans les lacs artificiels formés par les trous béants, relève FODER. Cette organisation souligne par ailleurs que la cause exacte de 78 décès toujours dans le site minier n’a pas été déterminée. D’après Justin Landry Chekoua, chef du projet PROMESS qui s’exprimait dans un mini-documentaire réalisé après une série de décès, « les principales causes de décès dans les sites miniers de l’Est sont constituées de noyade (56%), éboulements de terre (26%) et braquage à main armée (11%). »

Convention 182

En riposte à ce fléau qui fait des ravages au sein des communautés riveraines des sites miniers, le ministère des Affaires sociales (MINAS) et certaines ONG mènent des campagnes de sensibilisation et d’accompagnement psychologique des victimes. « Notre mission c’est de sensibiliser, accompagner et de veiller sur la prise en charge psychosociale des victimes. En 2018, nous avons mené une campagne avec l’UNICEF dans les sites miniers à Bindimba à Garoua-Boulaï pour mettre en garde les coréens et chinois qui employaient les enfants », affirme Hamadou Hamandjam, délégué département du MINAS du Lom-et-Djérem. Malheureusement, regrette-il, « nous avons constaté que même les parents droguaient leurs propres enfants pour les endormir afin qu’ils (les parents) puissent travailler convenablement dans les trous d’or. » 

Le Cameroun a pourtant ratifié la convention N°182 de l’Organisation internationale du Travail (l’OIT) sur les pires formes de travail des enfants, parmi lesquels le travail dans les trous d’or. Mais, dans les sites miniers de la région de l’Est, de nombreux enfants côtoient au quotidiennement des trous d’or mortels.

Sébastian Chi Elvido à Bertoua

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.