Fistules obstétricales : Des centaines de femmes victimes à l’Est
Les victimes des fistules obstétricales après une opération

Cette problématique de la santé publique est la conséquence de la méconnaissance du planning familial, des grossesses précoces, l’ignorance des méthodes de contraception, la pauvreté, la carence de formations sanitaires et du personnel qualifié.

Agée de 21 ans, Clarice Ngolie Nguélé, jeune fille originaire d’Abong-Mbang, département du Haut-Nyong à l’Est souffre de fistules obstétricales depuis plus de 3 ans. « J’avais accouché à la maison. Puisque mon enfant était très gros, on m’a coupé en bas mais l’enfant ne parvenait pas sortir. C’est ainsi qu’on m’a opéré à l’anus pour sauver le bébé. Depuis ce temps, je souffre de cette maladie », raconte-elle.  Comme Clarisse, Corine Abem, âgée de 27 ans a subi cette maladie lors de son « accouchement à l’hôpital de Messok en 2018. »

Ces lésions dangereuses susceptibles de survenir lors d’un accouchement touchent toutes les femmes, quel qu’en soit leur âge. Qu’elles soient plus jeunes, comme Iti Mïamona, âgée de moins de 15 ans, originaire de Garoua-Boulaï, ou plus âgée, à l’instar de Marie Solange Nanga, 56 ans, originaire d’Angossas qui a porté cette maladie pendant plus de 10 ans. Arrivée en retard lors des opérations de Mercy Ship à Douala en 2017 dans l’espoir de bénéficier d’une opération chirurgicale gratuite, Marie Solange Nanga a malheureusement raté l’occasion de se soigner.

Source- UNFPA_DataViz by ADISi-Cameroun

 Les femmes citées font partie d’une série de 43 cas de suspicion des fistules obstétricales identifiés et prises en charge sur un objectif de 50 femmes à soigner. L’identification et le repérage de ces malades ont été fait selon Marie Georges Tema du Centre d’information, d’écoute et d’assistance psychosocial et juridique des femmes de Batouri (CIEAP-J), par les mobilisateurs communautaires et les radios communautaires de l’Est. Malheureusement, note-t-elle, « l’enclavement de la région, le manque des moyens de locomotion et le refus des femmes qui portent cette maladie à se présenter à cause de la honte, empêchent le recensement de toutes les victimes »

Pathologie

D’après les spécialistes de la Santé publique, la fistule obstétricale résulte généralement d’un travail prolongé en cas d’accouchement difficile souvent de plusieurs jours sans intervention obstétricale (césarienne) pratiquée en temps voulu. Dans ce cas, le fœtus exerce une pression excessive sur les organes internes (vagin, vessie, rectum) et endommage les tissus de la femme. Dans la plupart des cas, le bébé meurt. Par la suite, la femme soufre d’incontinence sévère qui conduit à des ulcères, des infections et parfois même la mort. Les femmes qui souffrent de cette pathologie sont souvent condamnées à l’isolement social, une aggravation de la pauvreté et à la dépression. Par ailleurs, cette problématique de la santé publique est aussi la conséquence de la méconnaissance du planning familial, des grossesses précoces, l’ignorance des méthodes de contraception, la pauvreté, la carence des formations sanitaires et du personnel qualifié.

Maternité  

A l’hôpital de district de Bétaré-Oya, Fadimatou, âgée de 27 ans a profité d’une campagne pour s’édifier sur le planning familial.  « J’ai déjà accouché 5 enfants dont 4 sont vivant. J’ai l’ambition d’accoucher jusqu’à 15 enfants si Dieu le veut bien » affirme-t-elle sans crainte. Cette dernière, couturière de profession est mariée à un enseignant. A côté d’elle, une jeune élève d’un établissement scolaire mais déjà mère d’un enfant. Malgré sa situation précaire, elle ambitionne d’accoucher jusqu’à 5 autres enfants même sans être mariée. Les deux filles n’ont jamais entendu parler du planning familial. « Nous ne connaissons pas le planning familial. C’est pour cette raison que nous sommes venues ici suite à l’invitation des autorités sanitaires », disent-elles.

Les victimes des fistules obstétricales après une opération 

Actions

Pour faire face à cette problématique, le ministère de la Santé publique en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) organisent depuis quelques années, des campagnes de réparation gratuite des fistules obstétricales. La dernière mini campagne s’est tenue entre le 07 et 11 septembre 2020 au complexe hospitalier catholique de Batouri dans le département de la Kadey. 19 victimes ont suivi avec succès les interventions chirurgicales menées par Dr Mekeme, urologue, Dr Jemia, anesthésiste et Dr Bissemou, gynécologue. En 2019 deux campagnes similaires menées respectivement à Batouri et Bertoua ont enregistré un total de 67 patients. Sur ce nombre, 30 cas sur 43 ont été guéris à Batouri et 09 cas sur 14 enregistrés, traités à Bertoua.

Outre la prise en charge des victimes, les plateaux techniques de l’hôpital régional de Bertoua et catholique de Batouri ont été renforcés par une dotation en équipement, 16 membres du personnel soignant formés afin d’améliorer leur compétence dans la prise en charge de cas de fistule. Par ailleurs, les communautés ont été sensibilisées à repérer et recruter les femmes porteuses de fistule et les diriger vers les hôpitaux concernés par le programme et rendre effective la pratique de chirurgie de routine des fistules simple dans les paquets d’activités des hôpitaux régionaux voire dans les districts.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués avec *.