« Il est très important de revoir le smig »

« Il est très important de revoir le smig »

Dr. Simon Bassilekin Ndomilep, économiste explique la nécessite d’augmenter le salaire minimum interprofessionnel garanti au Cameroun (smig). Selon l’économiste, il est très important que l’autorité publique comprenne la nécessité qu’il y a de revoir le smig. 

Quels serraient selon vous, les enjeux de la revalorisation du smig au Cameroun ?

Le smig au Cameroun est particulièrement bas comme d’ailleurs, l’ensemble des revenus salariaux des camerounais. Donc, si on pouvait profiter de la circonstance malheureusement douloureuse actuelle pour revaloriser le Smig, ce ne serait jamais qu’une bonne chose. Sauf qu’il s’agirait d’une revalorisation qui serait conjoncturelle.

Quand on le compare avec celui des pays de même niveau et de même culture que sont la Côte-d’Ivoire, le Gabon et le Sénégal, les salaires sont vraiment très bas. Donc, ce serait une très bonne chose de profiter de la crise actuelle pour revoir cet état de chose.

L’Etat n’a pas les moyens illimités, mais un effort s’impose à mon avis, de ce point de vue-là. Et je crois que ce n’est pas une mauvaise chose de revoir le smig à la hausse. Je rappelle que parmi les 3 pays suscités, le Smig est au-dessus de 100 000 F Cfa, alors que nous en sommes encore à 36 000 F Cfa. Je peux vous assurer de ce qu’en l’état actuel des choses, un citadin de Douala ou de Yaoundé ne s’en sortirait pas s’il avait ce salaire-là.

En quoi est-ce cette revalorisation sera-t-elle importante ?

Le niveau de vie actuel au Cameroun est particulièrement élevé. Qu’il s’agisse des salaires de la fonction publique ou des salaires que des entreprises versent à leurs salariés, ils doivent être augmentés. A peu près 60% de ce que nous consommons font partie des importations et ne pas tenir compte de ce détail, à mon avis est particulièrement délicat pour le confort et le bien-être des camerounais.  Surtout quand on sait que nous n’avons pas d’assurance sociale et que c’est avec ces 36 000 F Cfa que le salarié est supposé se nourrir, se loger, se soigner. Je vous assure que c’est un galure qui est difficile à tenir. Et pour cela, je reviens sur ma suggestion à savoir que le smig devrait effectivement être nettement au-dessus des 36 000 F Cfa sur lesquels il est assis aujourd’hui, parce qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de vivre avec un tel salaire.

Cette revalorisation est-elle envisageable dans un contexte comme le nôtre ?

C’est très difficile parce que non seulement l’économie est en baisse, malheureusement tout ce que nous devrions acheter, importer augmente. Par conséquent, envisager d’améliorer les revenus deviendrait quelque chose de particulièrement difficile à tenir pour les entreprises en particulier. Et par ailleurs, nous savons que notre pays est comme l’ensemble des pays francophones, privés de la capacité de gérer en autonomie sa politique monétaire et même économique.

Il y a un effort à faire et il est très important que l’autorité publique comprenne la nécessité qu’il y a de revoir le smig. Parce qu’un citoyen bien nourri, bien logé et qui se soigne convenablement est nettement plus utile à son pays, à sa patrie, que le citoyen famélique qui a du mal à soigner le paludisme où d’autres maux dont les coûts de traitements sont très élevés. Dans ces conditions, cette revalorisation ne doit pas seulement être envisageable, mais elle doit être envisagée et c’est à l’autorité publique de savoir comment le gérer. C’est le moment pour les pays africains de comprendre que l’indépendance factrice que la France leur a accordé en retenant leur économie monétaire n’est pas normale. Il est temps que je devis de ce problème de revalorisation du smig pour m’étendre sur l’indépendance et la souveraineté nationale pour que nos pays comprennent qu’on ne peut pas être indépendant en délaissant une partie de sa souveraineté à une puissance étrangère.

Comment est-ce les entreprises pourraient s’y prendre ?

Les entreprises se contenteraient de calculer leurs nouveaux prix de revient et de mettre leurs marchandises sur le marché. En ce moment-là, avec les revenus ayant sensiblement augmentés, on finira par trouver un point d’équilibre. C’est une politique inflationniste, mais quand on est un pays semi indépendant comme nos pays africains francophones, il faut faire feu de tout bois pour pouvoir permettre à ses citoyens de vivre et de s’épanouir chez eux.

Le grand problème de l’émigration des jeunes, c’est que, ce sont les plus capés qui vont à l’étranger parce qu’ils ne trouvent pas chez nous un niveau de salaire qui soit satisfaisant. Donc, le problème de la revalorisation de salaire est un problème qui est largement au-dessus de la simple politique monétaire, mais de la sauvegarde de la souveraineté nationale.

Les entreprises vont gérer comme toutes les entreprises dans le monde si leur prix de revenu augmente, ils augmentent conséquemment le prix de vente sur le marché. Et compte tenu de ce qu’à la source, les salaires ont augmenté, les entreprises pourront s’en sortir et continueront à vendre. Peut-être plus difficilement jusqu’à ce que les autres s’habituent de la situation. Mais on ne peut pas dire qu’accroitre les salaires dans la situation d’une économie comme celle du Cameroun, serait une aberration, il faut au contraire le faire.

Quels sont les préalables d’une bonne revalorisation ?

Les préalables de la revalorisation c’est tout simplement qu’au moment de confectionner son budget, l’Etat en tient compte. En gros, ce que je pourrais dire c’est qu’on ne peut améliorer les salaires, les revenus que si on prend des dispositions pour que les entreprises ne fassent pas banqueroute, pour que l’Etat lui-même soit en mesure de tenir à ses devoirs. Malheureusement, nous sommes dans un pays où la politique monétaire n’est que très minoritairement laissé à la disposition des autorités. C’est l’occasion ou jamais de demander à la France de rapatrier tout le pouvoir monétaire et économique qu’elle a insidieusement et méchamment gardé par devers elle en nous octroyant l’indépendance.

Le chiffre de 100 000 F Cfa est avancé. Est-ce possible de passer à cette somme ?

Si l’Etat dit aux entreprises que désormais les salaires les plus bas se situeraient au niveau de 100 000 F Cfa et bien les entreprises n’auront qu’à appliquer une telle situation dans leurs prix. Je crois que c’est ce qui va se passer. En tout état de cause, si les entreprises n’arrivaient pas à s’en sortir, bien que les organismes de Bretton woods soient venus interdire la moindre subvention d’un Etat aux entreprises, il n’y aurait qu’une solution, que l’Etat fasse des aides. Soit sous forme de remise d’impôt, de baisse de la pression fiscale, soit sous forme de subvention allouée à certains secteurs de l’activité économique qui serait particulièrement dans le besoin.

Quel serait le montant du smig le mieux indiqué pour un citoyen à revenu moyen ?

J’avoue que cette question est une statistique qui peut prendre le temps de préparer avant de répondre, mais ce que je sais c’est que les salaires chez nous sont vraiment bas.

Propos recueillis par Michèle EBONGUE

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