Infrastructure : Seulement 6 000 Km de routes bitumées sur 77 589 km prévus
Source_MINTP_DataViz by ADISICameroun

Plusieurs motifs pour justifier cette situation : retards dans le paiement des prestataires, lenteur des indemnisations, incapacité technique des adjudicataires. Pendant ce temps, aussi bien sur les routes principales que dans les villes, le Cameroun a mal à son réseau routier.

Le Cameroun est en chantier sur l’ensemble du territoire national, indique le ministère des Travaux publics (Mintp) qui conduit le Programme gouvernemental de développement infrastructurel. Ledit programme porte sur 3 234,403 km de routes et ouvrages d’art à construire. Si les différents projets étaient livrés, le pays serait certainement moins enclavé. En attendant, les Camerounais doivent se contenter des quelque 6 000 km de routes bitumées sur un réseau national qui mesure 77 589 km. Il reste au moins 71 000 km non revêtus qui, sur de bonnes distances, sont encore des chemins et des pistes.

Plusieurs chantiers ont pris du retard sur les 3 234,403 km engagés par le gouvernement. C’est le cas par exemple des projets routiers à financement conjoint entre l’Etat du Cameroun et ses partenaires techniques financiers internationaux, notamment la Banque africaine de développement, la Banque mondiale ou encore l’Union européenne. Ce portefeuille, qui existe depuis 2008, a été réformé en mars 2020.

Au dernier pointage effectué le 30 juin dernier, seuls deux tronçons étaient réalisés à 100%. Il s’agit des 103,98 km constituant le lot 1 de la route Kumba-Mamfe longue de 150,859 km et le tronçon Bamenda-Mamfe-Ekok, long de 145 km. Les 17 chantiers restants sont loin d’être achevés, avec des taux de réalisation compris entre 80% et 5%. La plus petite des performances est enregistrée par le projet de construction d’un pont sur le fleuve Logone de 14 km de route, confié à l’entreprise Razel.

Source- MINTP_DataViz by ADISI-Cameroun

Le ministère des Travaux publics se veut confiant, et assure que tous les chantiers seront livrés.  Emmanuel Nganou Djoumessi se satisfait d’ailleurs de ce qu’au terme de cette année 2020, près de 324 km de route seront déjà bitumés sur les 1 477 km compris dans le portefeuille à financement conjoint. Le Mintp brandit également les deux ouvrages d’art qu’il met à l’actif du Programme gouvernemental de développement infrastructurel. Il s’agit du deuxième pont sur le Wouri ouvert à la circulation depuis octobre 2017 et du pont sur la Sanaga à Nachtigal dont les travaux sont terminés cette année.

Difficultés

Au-delà de l’optimisme du ministre, les autres chantiers, qui sont plus nombreux, posent plusieurs défis à relever par le gouvernement. La raison qui revient souvent pour expliquer les retards est le non payement ou le payement irrégulier des décomptes dus aux entreprises. Face à un Etat mauvais payeur, ces dernières n’ont pas toujours la surface financière pour travailler sur fonds propres. A cela s’ajoute parfois l’incapacité technique de certains adjudicataires à réaliser les travaux. Les projets sont également plombés par les lenteurs et les blocages dans les processus d’indemnisations des populations. Celles-ci refusant alors de libérer les emprises des projets.

On en arrive à des résiliations de contrat. Comme avec le groupement d’entreprises chinoises (WEIHAI International Economic et Technical Cooperative CO Ltd) qui a été remplacé depuis décembre 2019 par le groupe Magil Construction pour l’exécution de la phase 2 de la pénétrante Est de la ville de Douala. Face aux retards enregistrés sur l’axe Ntui-Mankim (96,7 km), le Mintp avait retiré le marché à l’entreprise portugaise Elevolution Engenharia (Elevo). Le chantier est à l’arrêt depuis octobre 2019, et la procédure d’attribution n’a pas encore livré son verdict. En mai dernier, le gouvernement et ses partenaires financiers ont dû commander des travaux d’entretien en urgence pour contenir la dégradation de la route sous l’effet des pluies. Pour la reprise du chantier, le Mintp entend subdiviser le marché de sorte que celui-ci sera exécuté simultanément par deux entreprises.

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La même formule a opéré pour la relance des travaux de la route Soa Esse-Awae (74 km) qui avait été retiré à la société Atidolf Nigeria Ltd en octobre 2019. En avril 2020, le projet a été scindé et confié à deux entreprises qui travaillent simultanément. L’enjeu est de terminer cette route au plus vite car, elle devait être livrée depuis septembre 2019.

Le Cameroun coure après son retard sur la route internationale Sangmélima-Ouesso (environ 700 km) qui va le relier au Congo. Alors que le voisin a fini la partie du projet lui revenant (365 Km), le Cameroun a juste terminé le bitumage de 98 Km (section Djoum-Mintom) de ce projet intégrateur en cours depuis 2012. Il reste les sections Sangmélima-Bikoula (65 km), Bikoula-Djoum (38 km), Mintom-Lele (67,5 km) et Lele-Ntam-Mbalam (53 km). Les travaux ont repris sur le premier lot (Sangmélima-Bikoula) en mars 2020 après un arrêt d’environ 12 mois à cause de la suspension des décaissements par la Banque islamique de développement (Bid), de la non-libération des emprises et de la faible mobilisation de l’entreprise iranienne Kayson Inc.

Incertitudes

Dans la région du Nord-Ouest, la crise sécuritaire empêche la reprise des travaux sur le lot 1 de la Ring Road où les pluies avaient contraint à suspendre le chantier le 1er août 2018. L’année 2020 ne pourra pas satisfaire les espoirs placés en elle pour la fin de certains chantiers. C’est le cas notamment de la route Nsimalen-Mbalmayo-Ebolowa dont la livraison était attendue le 24 juillet 2020. Il y a aussi à craindre pour le respect des délais du projet de réhabilitation des différents tronçons de la route Yaoundé-Bafoussam-Babadjou.

Au-delà des situations conjoncturelles, comme l’insécurité ou la pandémie de Covid-19 qui ralentissent les chantiers, il existe des problèmes structurels qui doivent être réglés, croit savoir un ingénieur dans un cabinet d’études en BTP/Génie civil à Yaoundé. « Si le cabinet fait mal son étude, il y a de forts risques de se retrouver avec des avenants pour rattraper tel ou tel aspect oublié à l’étude, pour prendre en compte certains phénomènes nouveaux lors de l’exécution, etc. Si on te donne un projet où tu dois traiter un marécage et qu’à l’exécution il s’en trouve trois, c’est clair que l’enveloppe et les délais alloués ne pourront suffire. La passation des marchés tel que faite actuellement peut être aussi questionnée car, des entreprises non qualifiées sont aussi sélectionnées. Et ce sont souvent des aventuriers qui s’amusent avec les fonds reçus », explique l’ingénieur.

Si la corruption dicte parfois le choix de certains adjudicataires, plusieurs entreprises sont parfois imposées par l’Etat partenaire qui accorde les financements. Dans tous les cas, le dernier mot revient au gouvernement du Cameroun. Le 27 et le 30 décembre 2019, lors de la revue des projets routiers et autoroutiers du pays, le Mintp avait fait plusieurs recommandations. Entre autres, la tenue régulière des réunions de chantier, la célérité dans les procédures liées à la libération des emprises des projets, la délivrance par les entreprises de leurs chronogrammes d’achèvement des travaux assortis des difficultés rencontrées. Les délégués régionaux des Travaux publics avaient reçu instruction de suivre rigoureusement tous les chantiers routiers relevant de leur territoire de compétence.

Assongmo Necdem

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