Les communes de Mandjou et ketté qui ont vu leur population triplée du fait de la crise socio-politique en RCA et plus récemment, la crise anglophone, sont les localités les plus touchées par cette famine latente.

« Le marché Deng-Deng », l’un des secteurs du marché Central de Bertoua réservé à la vente de la banane-plantain, n’a pas connu l’affluence habituelle, ce jeudi 30 juillet 2020. Environ 5 revendeurs seulement sont présents cette matinée et ne sont pas ravitaillés. « Il n’y a pas de plantain. Plusieurs plantations ont été brulées sur la route de Mbang et à Gbakombo en début d’année », déplore Alain Mopa, l’un des revendeurs.

Hamza Moussa, propriété d’un restaurant a fait le tour des autres marchés, pour trouver un petit régime à 3000 F Cfa, alors qu’il a l’habitude d’acheter la même taille à 1000 F Cfa. « Je veux juste satisfaire mes clients pendant la journée », indique-t-il. En plus du plantain, les vendeurs du macabo et manioc se plaignent aussi de leur rareté sur le marché. « C’est très difficile de trouver un sac de macabo ce dernier temps », affirme Solange Nyambon. La pénurie du manioc, a provoqué une flambée du prix des produits dérivés. C’est le cas de la farine de manioc dont la cuvette est passée de 5000 à  7500 F Cfa.

Enquête

Selon une étude menée par le Centre d’information, de formation et de recherche pour le développement (CIFORD), le Réseau d’appui au développement communautaire (RADEC) et Apdra pisciculture paysanne (APDRA), un consortium des organisations de la société civile, les Communes de Bertoua 1ère, Mandjou et Kétté ont été identifiées comme vulnérables à l’insécurité alimentaire à l’Est. Et pour cause, la croissance démographique due à l’arrivée massive des réfugiés centrafricains et des déplacés internes en provenance de l’Extrême-Nord et la zone anglophone. Au niveau de la Commune de Bertoua 1ère, sur une population d’environ 56.695 habitants, environ 406 sont des réfugiés. « Même s’il n’y a pas un site officiel des réfugiés, il y a des déplacés dans des familles d’accueil », affirme Lantin Ndongo, 2e   adjoint au maire.

A Mandjou, la population actuelle est estimée à 18.514 tandis que celle de Kétté est de 33.709. Dans ces deux Communes, la population a presque triplée depuis le déclenchement de la crise centrafricaine en 2013.

Sur un autre plan, la pénurie observée est la conséquence de la forte demande des produits agricoles par les commerçants pour ravitailler les villes des régions septentrionales et les pays de la sous-région Afrique Centrale. « Il y a des commerçants qui achètent les produits agricoles auprès des producteurs directement dans les champs avec des camions pour amener en Guinée Equatoriale, au Gabon, au Tchad et au Grand-Nord. Ce qui fait que rien n’arrive au marché local », témoigne Emmanuel Lembou, commerçant.   

En plus, note un statisticien, « la production agricole est restée stagnante face à la croissance démographique ». Plus grave, cette production est confrontée à de nombreuses contraintes. Il s’agit des difficultés d’accès à la terre cultivable et le fait que les femmes qui constituent près de 70% de la force agricole produisant 90% de toutes les denrées alimentaires ne détiennent que 2% des terres. Aussi, et selon les groupements des producteurs « la production agricole est butée à des nombreuses difficultés aux rangs des quelles, l’accès aux financements, aux intrants agricoles, aux semences améliorées, aux informations, l’absence des pistes agricoles, et la méconnaissance des techniques culturales ».

Riposte

Pour lutter contre la menace d’insécurité alimentaire, le Centre nutritionnel thérapeutique (CNT) a été créé à l’Hôpital régional de Bertoua à la suite de la crise centrafricaine avec l’appui de l’UNICEF. Ce Centre accueil les enfants camerounais et réfugiés malnutris avec complications médicales. Selon Houmpatou Fagni Lady, le responsable du CNT « depuis le début de l’année 2020, une dizaine d’enfants de 0 à 5 ans souffrants des pathologies liées à la malnutrition sont reçus chaque mois. Sur ce nombre, 90% sont traités avec succès et moins de 5% de décès enregistrés ».

Par ailleurs, le Projet d’Appui à l’autonomisation économique et la sécurité alimentaire par le développement des filières de production piscicole, manioc et bananier-plantain (PAAESA-Est) a été initié en 2017 et financé par la Délégation de l’Union européenne. Après trois années, PAAESA a laissé des traces dans les Communes de Bertoua 1er, Mandjou et Kétté. « Dans ces localités, nous avons contribué à la création d’une quatre-vingtaine d’hectares de manioc, appuyé la mise en place d’une soixantaine d’hectares de banane-plantain et contribué à la mise en place de trois hectares de pisciculture », affirme Salomon Soh, responsable administratif. Cependant, Samuel Tangou, le chef du projet, souligne qu’environ 600 paysans seulement ont été encadrés sur une population agricole estimée à environ 13 000 dans la zone du projet.

Structuration

Pour assurer la pérennisation des acquis, PAAESA et les Communes cibles ont mis en place, des cadres de concertation regroupant les acteurs de différentes filières, « afin de permettre aux acteurs d’être non seulement au même niveau d’information, mais aussi pour permettre aux différents producteurs de saisir toutes les opportunités ». Ces cadres sont des espaces d’échange d’information, de connaissance, de capitalisation des expériences et d’harmonisation des approches d’intervention. Présidée par le Maire de chaque Commune, cette plateforme regroupe outre les organisations et coopératives des producteurs de filières banane-plantain-manioc-pisciculture, les fournisseurs d’intrants agricoles, des semences et les sectoriels.

Sébastian Chi Elvido à Bertoua

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